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Rencontre nationale des aumôniers protestants de prison
Lyon (Valpré) 20-22 septembre 2007
Lettre 1 : L’aumônier, un ami qui vous veut du bien
Pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de s’interroger sur son rôle, l’aumônier suggère l’image d’un prêtre allant porter la religion dans des lieux d’où elle a été écartée par la séparation de l’Église et de l’État : prêtre au milieu des soldats, prêtre catéchisant les lycéens, prêtre apportant les sacrements aux malades des hôpitaux… Loin de tous ces clichés, l’aumônier de prison est pour le détenu un ami qui vient apporter un peu d’humanité dans un univers impitoyable. Parmi les rares personnes que les prisonniers ont le loisir de rencontrer, l’aumônier est le seul, hormis le personnel de l’administration pénitentiaire, à bénéficier d’une clé des cellules et, de ce fait, à pouvoir visiter le détenu sur les lieux mêmes où il vit jour et nuit. Il est ainsi le seul, en dehors des surveillants, capable de se rendre compte de la situation matérielle des prisonniers et de témoigner de ce qu’est leur vie quotidienne.
Au fil des rencontres, il écoute les confidences, apprend à déceler les failles, à découvrir les drames de ces naufragés qui, même lorsqu’ils reconnaissent leurs fautes, vivent souvent très mal leur emprisonnement. Contrairement aux autres personnes qui croisent leur parcours, l’aumônier ne juge pas ces détenus dans lesquels il voit des hommes et non des délinquants. Il sait que dans le cœur des plus grands criminels il reste au moins une étincelle d’humanité qui peut encore jaillir. Périodiquement, l’aumônier vient s’asseoir au milieu d’eux, partager avec eux un moment de cordialité. Aux détenus plus ou moins coupés du monde, il apporte des nouvelles de l’extérieur et même celles de la prison, où les informations circulent mal. Aussi la visite de l’aumônier est-elle attendue et reçue avec joie par la plupart des détenus. Doit-il prêcher la bonne parole, parler de la religion qu’il représente ? Pas forcément. Il le fera s’il détecte une attente, un besoin. Mais souvent il se contente d’offrir sa présence, sa disponibilité, en se souvenant des paroles du Christ « J’étais en prison et vous êtes venus me voir » (Mt 25,36). Mais « sans acception de personne », il rend visite à l’athée autant qu’au protestant, au musulman autant qu’au chrétien. Ceux qui partagent sa foi, il les retrouvera le dimanche à l’office religieux ou lors
des réunions d’étude biblique. L’important n’est pas de recruter des fidèles, mais d’être auprès de ceux qui ont besoin d’une présence. C’est un souffle d’air pur qui chasse les miasmes de la prison, un peu de lumière au cœur des ténèbres, une main tendue à ceux que la société a tendance à rejeter inconsidérément
« Ce n’était rien qu’un peu de miel
Mais il m’avait chauffé le corps
Et dans mon âme il brûle encore
A la manière d’un grand soleil »
La détresse et l’abandon dont souffrent certains détenus peuvent les rapprocher d’une religion qu’ils avaient oubliée et qui apportera dans leur vie la lumière de l’espoir. Elle leur donnera la sensation d’être accueillis dans une grande famille compréhensive. Les plus touchés par la grâce reviendront peut-être un jour témoigner de leur parcours et tendre la main à ceux qui se sont égarés.
Jean-Pierre, détenu
9 janvier 2007
Lettre 2 : Un autre aumônier, mais Dieu ne change pas
L’aumônier a un rôle très important : il est l’ami, le confident, le donneur de conseils, et il est aussi le représentant de Dieu et peut réconforter avec des prières, même si tu n’es pas chrétien.
L’aumônerie peut être un espace de culte, de réunion, de prières, c’est surtout une bouffée d’air, de rencontre, et de réconfort. Quand on sortira, si on a un problème, il y aura l’aumônier, même dehors ; c’est très important et peut s’appeler de la réinsertion.
C’est quand on arrive en maison d’arrêt que la main tendue et l’écoute de l’aumônier sont très importantes pour un détenu, quand il n’est pas habitué à ce système. On ne sait pas où l’on va, pour combien de temps, et souvent la seule relation avec l’extérieur ainsi que la compassion viennent de l’aumônier. Dans ces moments-là, on est fragile, et l’on pense souvent à faire des bêtises, l’entourage y fait beaucoup ! Quand tu es condamné, tu es rodé, tu as pris tes habitudes. L’aumônier est toujours là si tu es transféré, tu auras un autre aumônier mais Dieu ne changera pas.
Il était sans foi ni loi, fiché au banditisme sans jamais se faire avoir ; ça a duré 20 ans. Il est rentré en prison avec l’envie de mourir, il était blasé. Ça va faire 2 ans qu’il fait des études de théologie, 1 an qu’il est marié. Il a tout oublié, il bavarde souvent avec Jésus. Ceci est le travail en particulier de Lise et Catherine, son 1er et son 2e aumônier, quoiqu’il en ait eu d’autres entre temps.
Texte écrit par un détenu (région de Marseille)
Lettre 3 : Lettre d’un détenu à un aumônier
Il est 2 h 10 du matin et, une fois de plus, la nuit n’a pas voulu de mon sommeil. Je vous écris en fait parce que j’ai pensé et repensé aux mots que nous avons échangés au cours de votre visite.
Je tenais à vous dire, avec toute la force qu’il me reste, combien je vous remercie d’avoir été là, en cette fin d’après-midi.
Souvent, je ressens ces moments de souffrance au point de les comparer à des ivresses… Quand je suis comme ça, ivre de détresse, vous n’imaginez pas à quel point je voudrais dégriser, et retrouver les couleurs qui se sont effacées, et ne sont désormais plus que des ombres… D’avoir vu ces clichés m’avait replongé dans des moments d’insouciances… Ces instants où, cette fois-ci, j’aurais été ivre d’espérance, de sorte que j’aurais volontiers repris une gorgée pour me pardonner mes déboires, histoire de les oublier, carrément les chasser de ma mémoire.
C’est toujours aussi étranger de se refaire le film d’une vie dont on ne perçoit guère plus que les plaisirs, ces ivresses de bonheurs dont on savoure le goût intense, et qui envahit le palais. J’ai tellement envie qu’à tout jamais il y trouve résidence. C’est ça l’illusion du paradis perdu dont je vous avais parlé.
De penser à des plaisirs, des tendresses qui se transforment en chaînes, en pics… à celle-ci, le flot des larmes a envahi mon âme, elles se sont transformées en lames qui lacèrent ce qu’il me reste de cœur.
Cette peur de sortir est avant tout liée à la peur de laisser cours à cette colère qui est en moi. Colère contre moi, contre cette institution qui broie les gens sans sourciller… Colère parce que j’aime encore une femme qui est en train de me torturer avec le sourire. J’avais déjà peur de ce que je pourrai trouver au fond de moi, parce qu’en analysant les causes et les mécanismes qui m’ont conduit ici, je découvre petit à petit l’étendue des dégâts qu’il y a en moi et qu’il y a eu hors de moi.
Maintenant, j’ai peur de ce que cette machine, qui a pour combustible ceux qu’elle juge et emprisonne, va faire de moi. J’espère que ce qui sortira de la chrysalide ne sera pas un papillon de nuit, vorace et sournois.
Texte écrit par un détenu (région de Paris)