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Justice et Aumônerie des Prisons
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Tombeau vide et prisons pleines

 

 

Le premier indice de la résurrection est un tombeau vide :
Là- bas un tombeau. Fermé. C’est terrible un tombeau fermé. Les femmes du Récit, qu’allaient-elles donc y faire, ce matin-là ? Embaumer le corps du cher défunt ? Ou, se cassant les dents sur la pierre, constater l’immense abîme mis par la mort au cœur de toutes les histoires humaines, même les plus belles ! Terrible le tombeau fermé mais indispensable pour marquer la limite, les limites, pour rappeler la mémoire et la structurer pour aider à commencer son deuil comme on aime le dire aujourd’hui… Terrible le tombeau fermé mais que dire d’un tombeau vide, la mort profanée, la pierre roulée qui ouvre sur du vide, bousculant les devoirs de mémoire et les deuils à accomplir !

Premier indice, bouleversement totalement paniquant et fondateur : le tombeau est vide, la mort ne sera plus ce qu’elle était.

 

 

Deuxième indice : N’ayez pas peur !
Surgit alors le deuxième indice qui recentre les femmes témoins de l’impensable. Deuxième indice de la résurrection, un cri. N’ayez pas peur ! La parole qui attaque la source de toutes les morts, de tous les enfermements mortels : les peurs. N’ayez pas peur ! Deuxième indice, deuxième déphasage, étincelle qui provoque l’explosion, la réaction en chaîne qui va se propager partout et à travers tous les siècles : Christ ressuscitant en faveur de tous les humains.

 

Prisons françaises, tombeaux fermés ?
Les prisons françaises aujourd’hui, comme autant de tombeaux, sont désespérément pleines. Les « grâces présidentielles » n’ont plus rien de gratuites. Elle purgent scientifiquement le trop plein d’une politique sécuritaire et aveugle du : toute sanction égale prison !
64 000 détenus en juillet 2004, une « grâce » pour ramener à 56 000 en septembre ce nombre explosif (pour 47 000 places) et 4 mois après les chiffres flirtent à nouveau avec les 60 0000. Les prisons nouvelles à peine construites la situation ne s’améliore pas car il y a toujours plus de peines de prison et, même à l’extérieur des prisons, des gens qui sont condamnés et qui attendent qu’on veuille bien leur signifier leur jugement pour effectuer leur peine. Plus rapide que les constructions nouvelles, les condamnations tombent. Oubliées les peines substitutives, toujours plus longues les longues peines et les peines incompressibles, impossibles les unités de vies familiales, limités les libérations conditionnelles et les bracelets électroniques !

La loi pénitentiaire, attendue par les parlementaires unanimes, qui doit changer les perspectives s’est engluée dans les discours répressifs et sécuritaires. La prison continue d’être plus le lieu d’un affichage public du pouvoir démontrant qu’il est capable de maîtriser ceux qui enfreignent la loi, plutôt que le lieu où les délinquants et les criminels peuvent espérer sortir d’aplomb pour la société une fois leur peine effectuée. Tant que la société pense à la prison comme un lieu où l’on se protège du mal en enfermant des personnes, tant qu’on ne pose pas la question de l’homme enfermé avec son mal, son malheur et qu’on ne se demande pas quel homme doit ressortir de là, la prison reste un tombeau fermé. A peine sorti, toutes les conditions sont à nouveau réunies pour la plus grande insécurité de la société et pour le plus grand malheur de celui qui ne peut qu’y retourner.

 

Chrétiens, témoins du Christ ressuscité, comment regardons-nous les prisons. ?
Qu’avons-nous fait du premier et du deuxième indice, de la vision du tombeau vide et du cri « N’ayez pas peur ! » ? Comment regardons-nous ces prisons où trop d’humains sont incarcérés, sans perspective aucune ?
Comment accepter cette porte sans cesse refermée sur les pauvres, les malades mentaux, les délinquants et les criminels ? Comment ne pas entrer dans la vision d’une porte ouverte sur une société qui sanctionnerait en vue de la réinsertion ?

Et nous, aumôniers et intervenants divers en prisons, comment comprenons-nous notre travail ? Allons-nous seulement par notre travail embaumer les morts derrière les murs ? Il est vrai qu’il y a une vraie joie à être témoin de ces retours à soi et à Dieu derrière les murs. Mais que faisons-nous pour que s’ouvrent les cœurs de la société apeurée dans laquelle nous vivons et qui s’enfonce chaque jour dans l’impasse de l’idéologie sécuritaire ?

 

Jean-Marc DUPEUX,
Aumônier général des prisons,
de la Fédération Protestante de France