Dossiers > Le ministère du pape vu par les protestants
Marc LIENHARD, doyen honoraire de la Faculté de Théologie protestante de Strasbourg, ancien président du directoire de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace et de Lorraine
Les dialogues cuméniques récents ont aussi abordé la question de la papauté.
Les participants non catholiques ont rejeté l'idée de fonder la papauté actuelle sur le Nouveau Testament, en particulier sur les passages relatifs à Pierre. Ils ont aussi écarté l'affirmation que la papauté serait une institution de droit divin, et donc objet de la foi. Par ailleurs, toute prétention de la papauté à l'interprétation infaillible de l'Ecriture et de la Tradition, et à la proclamation de dogmes non fondés dans l'Ecriture, ne pourrait qu'être rejetée.Cela dit, bien des théologiens protestants sont prêts aujourd'hui à parler d'une fonction pétrinienne au service de l'unité de l'Eglise. Une telle fonction ne serait ni pour le salut, ni pour l'ecclésialité de l'Eglise, mais utile, voire nécessaire, pour l'unité de l'Eglise.
Il s'agirait d'un ministère oeuvrant pour la réconciliation entre les Eglises, pour une communion renforcée entre elles, pour une unité fondée sur l'Evangile. Ce serait un service pastoral. Tout en bénéficiant de l'autorité d'un ministère de direction, il ne pourrait pas s'agir d'un pouvoir de juridiction et d'enseignement au sens du concile de Vatican I.
Ce ministère ne pourrait s'exercer qu'en respectant la collégialité avec d'autres ministères ou instances synodales. Il ne devrait pas être placé au-dessus des évêques et des conciles, ni tendre vers la centralisation et l'uniformisation de la vie ecclésiale. Il devrait reconnaître la diversité légitime des formes de la piété, de la théologie, de la liturgie et du droit.La question des formes d'un tel ministère pétrinien au service de l'unité demeure ouverte. Au cours de l'histoire, ce ministère s'est développé selon diverses possibilités : conciles, dirigeants d'Eglise individuels, Eglises locales, confession de foi et papauté. Toutes ces formes ont servi l'unité de diverses manières. Et le pouvoir papal d'un service universel n'a pas toujours été lié à un appareil juridique centralisé. Si la papauté a succombé, au cours de l'histoire, a bien des faiblesses, elle a, à d'autres moments, notamment face à l'emprise des pouvoirs politiques, joué un rôle positif au service de l'unité. Et aujourd'hui encore, le rôle symbolique d'un tel ministère est loin d'être négligeable.
Mais seul un dialogue libre entre les Eglises pourrait déterminer quelle pourrait être aujourd'hui la forme du ministère pétrinien, et, dans la mesure où l'on vise le ministère particulier d'un pape, quels pourraient en être le rôle et la configuration ?Les Eglises protestantes ne peuvent envisager de se soumettre à la forme actuelle de la papauté, et à ses pouvoirs dogmatiques et juridiques. Comprise comme service de l'unité, la papauté devrait, dans la rencontre des Eglises non romaines, renoncer aux prérogatives qui ont fait de son ministère un sujet de division. Le droit canon ne pourrait pas être la base de l'unification. Une éventuelle reconnaissance de la papauté comme ministère d'unité pourrait seulement viser une unité des Eglises avec le pape - et non pas sous le pape - une unité de type conciliaire sous le signe de la diversité réconciliée.