L'aumônier vu par un directeur de prison

Auteur(s) : SALVADORI Sergio

Plus de 150 aumôniers protestants vont se retrouver à Francheville (69) pour leur première rencontre nationale depuis 20 ans. Dans ce contexte, il nous a paru intéressant de publier le texte écrit par le directeur de la prison de Fleury-Mérogis sur l'espérance qu'apporte dans ce lieu clos, l'aumônier.

Contrairement à la représentation que l'on pourrait en avoir à l'extérieur, l'aumônerie constitue une ressource essentielle dans la vie de la prison. En effet, la discrétion qui caractérise son expression ne doit pas tromper les observateurs : les aumôniers sont des acteurs à part entière de l'organisation que constitue l'établissement pénitentiaire.

Investis d'une mission spirituelle, ils contribuent de manière efficace au repérage des personnes traversant des situations individuelles difficiles, et apportent un soutien irremplaçable aux personnes connaissant des moments de souffrance psychologique trop pénible.

La confiance est le maître mot qui régit les rapports entre le directeur et l'aumônier. Ce dernier représente une «valeur sûre» en terme de respect d'une déontologie très forte et peu susceptible de «dérapages». Il faut souligner que la qualité de cette relation concerne également les rapports qu'entretiennent l'aumônier et tous ses interlocuteurs dans la prison. L'aumônier représente, à ce titre, un catalyseur de relations authentiques entre les êtres humains dans un milieu artificiel. Le signe institutionnel traditionnel de la confiance accordée à l'aumônier n'est-il pas l'attribution d'un trousseau de clés, symbole très fort.

Qu'ils soient bénévoles ou rémunérés (statut d'ailleurs assez original dans une Administration de l'Etat) les aumôniers jouent, précurseurs bien avant l'heure des propositions de la Commission Canivet, le rôle de médiateurs et se présentent comme des vecteurs incontestables pour la résolution des problèmes humains rencontrés en détention.

Ils ne sont pas vécus par le personnel et la direction comme exerçant un contrôle sur le fonctionnement ou les situations mais plutôt comme apportant une aide dont personne n'ose avouer l'institutionnalisation. S'il est un acteur de terrain, le directeur souhaite en général que son rôle dépasse celui du simple apport spirituel et il n'est pas rare qu'un aumônier soit présent dans les différentes commissions ou groupes de réflexion pluridisciplinaires visant à mieux travailler ensemble (commissions d'indigence, par exemple).

Aumônier des détenus, il l'est aussi des personnels dont certains trouvent en lui une aide morale inespérée dans l'exercice de leurs métiers difficiles.

L'évolution «implicite» de leurs missions fait qu'aujourd'hui les aumôniers se structurent (aumôneries nationales, régionales) et l'évolution semble conduire vers des partenariats de plus en plus actifs dans les modes d'intervention retenus par les équipes d'aumônerie pour offrir une assistance spirituelle aux détenus entrants. Ce besoin de structuration signe l'objectif de réaliser un «travail» en prison, travail accepté et compris par tous. Plus que les autres intervenants dans le groupe chargé de la prise en charge des personnes incarcérées, l'aumônier est celui qui peut déceler le désespoir profond et muet de la personne qu'il reçoit en entretien.

Le fait est qu'aujourd'hui, certains directeurs associent les aumôniers voire les équipes d'aumôneries à des groupes de travail sur le fonctionnement de la prison (ex.: Fleury-Mérogis, groupe de travail sur les suicides).

Le directeur apprécie l'aumônier qui ne se bat pas contre un système mais essaye d'apporter un peu plus de chaleur humaine au sein d'une collectivité qui tend à dépersonnaliser les hommes qui la composent. Si la présence de la religion a toujours été très forte au sein des établissements (historiquement parlant), l'aumônier mérite presque aujourd'hui l'appellation d'auxiliaire de justice. Outre le fait que son action participe directement aux indispensables questionnements auquel se confrontent les personnes incarcérées quant à leur histoire personnelle, sa présence et son soutien montrent clairement que la religion n'exclut pas ses fidèles lorsqu'ils sont détenus. Ces effets consolident les efforts d'insertion qui peuvent être entrepris.

Cette volonté de ne pas rompre les liens avec le tissu extérieur se manifeste aussi par l'élargissement des équipes d'aumônerie qui comprennent de plus en plus des personnes extérieures participant aux activités organisées à l'intérieur de la prison. Je ne m'appesantirai pas sur l'interface que l'équipe d'aumônerie constitue au regard de l'articulation des besoins exprimés par les détenus, et les aides apportées via les réseaux caritatifs dans lesquels ils sont investis dans l'environnement de la prison.

En un mot, l'aumônier est porteur d'espérance. Sa mission me paraît immense. Son action n'a pas de limites, elle est infinie.

Sergio SALVADORI,
Directeur de la Maison d'Arrêt de FLEURY-MEROGIS

Source(s) : BIP
Date de parution : 15-30 avril 2000

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