Déclaration concernant le débat ouvert sur la "sécurité intérieure"

Texte adopté par le Conseil de
la Fédération protestante de France
des 12-13 octobre 2002


Le gouvernement français a souhaité frapper fort dès son entrée en fonction en inscrivant à l’ordre du jour de la représentation parlementaire des projets de loi pour répondre à une question majeure, celle de l’insécurité croissante dans notre pays.
En tant que chrétiens, protestants, attachés à vivre notre foi dans la société, partageant les inquiétudes de nos concitoyens, nous pensons que le débat public que suscitent le projet de loi sur la sécurité intérieure et la loi d’orientation et de programmation pour la justice sont d’une grande importance, et nous souhaitons y participer.

Dans cette perspective, nous souhaitons qu’au projet de loi sur la sécurité intérieure ne soit pas appliquée une procédure d’adoption en urgence qui frustrerait la représentation parlementaire et, au-delà, le pays tout entier d’une occasion de réflexion approfondie.
Une autre légitimité serait, en effet, donnée au renforcement de la sécurité intérieure, si une attention semblable était apportée aux évolutions de notre société, et particulièrement au développement du lien social qui fonde les solidarités, affermit le sentiment d’appartenance, et permet à chacun de trouver sa place. Une politique de répression ne peut être qu’un volet d’un travail en profondeur qui portera sur les valeurs autour desquelles s’organise la société ; qui développera une politique de prévention, d 'éducation, et de protection sociale ; qui définira une politique de l’immigration.

Or ce débat public nous semble mal engagé s’il doit stigmatiser des catégories de populations qui le plus souvent sont déjà des victimes ;

- jeunes en difficultés ;
- prostituées victimes de réseaux ;
- mendiants victimes de la paupérisation ;
- gens du voyage pour qui la loi républicaine n’est pas appliquée.

La lutte nécessaire contre les réseaux mafieux, contre les réseaux de prostitutions ou de mendicité doit pouvoir être menée sans faire de leurs victimes des boucs émissaires.

Nous invitons les Eglises et associations membres de la Fédération protestante de France, à participer à ce débat de société. La politique de sécurité en est une dimension. Elle prend tout son sens, pour notre République fondée sur les valeurs d’égalité, de liberté et de fraternité, dans le cadre d’une justice sociale renforcée.

Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 12-13 octobre 2002