Déclaration finale de la Conférence d'IPCA-Europe, Ystad, 6-12 mai 1997

Auteur : CONFERENCE EUROPEENNE DES AUMONIERS DE PRISONS; ASSOCIATION INTERNATIONALE DES AUMONIERS DE PRISON

Commission nationale Justice et Aumônerie des Prisons de la Fédération protestante de France

Six représentants français, dont un catholique, le Père Jean-Hugues Vigneau, ont participé à la troisième Conférence européenne des Aumôniers de Prison (IPCA) à Ystad, Suède, du 6 au 12 mai derniers.

120 participants de 28 nations se sont retrouvés autour du thème "Sécurité en prison, Conférence sur la valeur de la vie humaine".

L'IPCA, association oecuménique, a été lancée en 1990 par des Aumôniers français avec l'appui du Conseil de l'Europe, à Strasbourg.

Son but essentiel est de mettre en place des jumelages inter-régionaux dans toute I'Europe, pour former et soutenir les Aumôniers de prison dans leur tâche. 14 jumelages de ce type sont actuellement en cours. Le dernier en date s'est tenu à Marseille, pour les pays latins, début juin.

Le pasteur Werner Burki a été désigné à Ystad comme représentant des pays latins au Comité européen. Il succède au pasteur Jean-Pierre Payot, démissionnaire.

Pour IPCA-Europe le travail des aumôniers est fondé sur l 'Evangile. Notre Seigneur Jésus-Christ s'identifie avec tous les êtres humains et plus particulièrement avec ceux qui sont en prison et il les assure de leur dignité. IPCA-Europe, en accord avec l'exemple du Christ veut prendre soin de tous, hommes, femmes, jeunes et enfants qui se trouvent en prison. Dans un même esprit de compassion nous souhaitons appuyer tous les efforts faits par et au nom des victimes de crimes pour restaurer leur dignité et leur intégrité.

La Conférence d'IPCA-Europe affirme que l'ultime sécurité dans la société ne dépend pas de la construction de murs plus hauts, de grillages barbelés, de régimes pénaux sévères ou de sentences plus longues, mais plutôt de programmes qui promeuvent le développement humain, personnel, intellectuel, social et spirituel de l'individu afin que la personne puisse être réintégrée avec succès dans la société.

Déclaration finale de la Conférence d'IPCA-Europe Ystad, 6-12 mai 1997

1. Nous reconnaissons qu'il y a un réel besoin de sécurité dans les prisons, mais la Conférence condamne le déséquilibre entre les sommes dépensées pour des mesures de sécurité sur le plan technique et physique et celles dépensées pour l'accompagnement des détenus sur le plan humain.

2. Nous reconnaissons l'augmentation au cours des dernières années de la population multi- éthnique dans les prisons de nos pays et en appelons aux autorités responsables afin qu'elles prennent en considération les besoins culturels, religieux ou autres, particuliers aux étrangers dans les prisons et les centres de détention. Nous demandons instamment aux gouvernements et aux sociétés d'être toujours plus sensibles au nouvel ordre mondial où les populations se déplacent avec une plus grande mobilité et à toujours prendre en compte l'étranger vivant sur leur territoire.

3. Nous sommes attentifs au désir de tous les peuples à vivre en paix et en sécurité. Le bien-être des nations dépend de la reconnaissance des droits de tout homme, toute femme, tout enfant. C'est pourquoi, nous en appelons aux nations d'Europe pour qu'elles acceptent et instaurent les Règles minimales pour le Traitement des Prisonniers et autres règles dans le domaine de la prévention des crimes telles que demandées par les Nations Unies et le Conseil de l'Europe. Dans ce contexte, la Conférence en appelle à toutes les nations d'Europe afin qu'elles s'entraident pour développer les lois fondamentales, pour améliorer l'exécution des peines, pour assurer l'installation d'aumôneries (là où il n'y en a pas encore) et pour continuer ainsi à développer des régimes pénitentiaires plus humains.

4. Nous sommes tout particulièrement concernés par le bien-être de tous ceux qui sont faibles et sans défense face au pouvoir de l'Etat, ceux que Dieu nous appelle à protéger avec une vigilance toute particulière. La Conférence presse toutes les autorités responsables à transférer hors des prisons les malades mentaux, les jeunes et les enfants et de les placer dans des établissements plus adaptés.

5. Nous accueillons avec intérêt les efforts de certains pays pour éviter l'emprisonnement, pour tenter la réconciliation et rétablir la justice entre victimes et délinquants. Ce qui évite la récidive et conduit à réduire peurs, tensions et divisions qui caractérisent nos sociétés comptant surtout sur l'emprisonnement comme sanction principale et moyen d'assurer la sécurité.

6. Nous condamnons en termes extrêmement fermes l'usage de la peine de mort, la considérant comme une pratique barbare. Nous condamnons également l'utilisation de la torture ou de tout traitement dégradant.

7. Nous nous élevons contre l'insistance des médias à se focaliser sur certains crimes violents, ce qui fausse la perception du public quant au niveau de criminalité dans la société.

8. Nous soutenons et encourageons les réseaux de relations humaines créés entre les visiteurs, les bénévoles, les aumôniers, le personnel et les Eglises réduisant l'isolation et le rejet des délinquants.

Adopté en Assemblée Plénière à Ystad, Suède, le 11 mai 1997.

Source : BIP;1441
Date de parution : 11 juin 1997