Message du Président de la Fédération protestante de France prononcé à Lourdes le 6 novembre 2004

à l'occasion de l'Assemblée plénière de la Conférence des Evêques de France

Lourdes, 6 novembre 2004.

Monsieur le Président, Monsieur le Nonce Apostolique, Messieurs les Cardinaux,
Chers Pères et Frères,
Chères Sœurs…

Je vous salue au nom de la Fédération Protestante de France, du Conseil d’Eglises Chrétiennes en France, et de la Conférence des Eglises Européennes, trois organismes qui sont aujourd’hui mon cadre de travail et qui, chacun, porte une attention très fraternelle aux travaux de votre Conférence des Evêques de France. Et particulièrement, vous vous en doutez bien, à ce qui concerne la transmission de la foi, ou l’évangélisation, dans notre société française, ou européenne, si largement sécularisée. J’entends cette même préoccupation dans toutes les Eglises, et je crois que bien des pistes de travail œcuménique devraient s’ouvrir dans ce domaine. Nous pouvons compter sur l’expérience de lieux pilotes qui depuis quelques décennies ont tenté une catéchèse œcuménique. Mais je crois qu’il nous faut viser plus large encore. Je crois que l’annonce de l’Evangile ne peut plus être une compétition ; elle doit être œuvre commune, en raison même du pluralisme des spiritualités. Je crois la démarche œcuménique indispensable à la crédibilité de l’évangélisation, dans une société qui cherche un sens à sa vie et ne le trouve plus auprès des institutions jusque là structurantes. C’est le sens même de la Charte Œcuménique signée à Strasbourg en 2001 par le Conseil des Conférences épiscopales en Europe et la Conférence des Eglises européennes. Elle doit rester un moteur pour notre action commune.

Nous nous apprêtons à vivre une année chargée de « laïcité » ! Les travaux que nous avons conduits dans nos diverses instances, et vous ici même, nous ont permis de nous savoir très proches les uns des autres, pareillement soucieux de défendre un cadre laïc garant de la liberté de conscience, du libre exercice des cultes, et de la liberté d’expression. C’est sur ce dernier point que nous sentons les plus vives tensions. Vous soulignez vous-mêmes des mises en question d’aumôneries scolaires ; nous nous battons contre les suppressions de bons vacances par les Caisses d’Allocations familiales pour certaines associations d’éducation populaire au motif de non neutralité confessionnelle, et maintenant nous constatons des refus répétés de Compagnie d’Assurances pour assurer en responsabilité civile des associations cultuelles…. C’est dire la vigilance commune qui doit être la nôtre. Les mois qui viennent nous donneront l’occasion de dire et redire en plus d’une dizaine de colloques sur la laïcité auquel la FPF est invitée que nous appelons de nos vœux une laïcité véritablement neutre à l’égard des religions mais une laïcité qui connaisse une réelle intelligence du fait religieux, un refus de sa négation, une réelle liberté pour les religions de prendre leur place dans la société française, toute leur place et non celle dans laquelle certains voudraient les enfermer, dès lors qu’elles respectent les lois de la République et ne troublent pas l’ordre public.

J’aimerais encore partager avec vous une préoccupation du protestantisme français quant à la manière caricaturale dont sont traités les protestants « évangéliques ». Je me considère et je vous considère comme « évangéliques » en ce sens que nous plaçons au cœur de notre foi le message évangélique, et ce qui en fait le noyau central la passion et la résurrection du Christ. Je vois bien d’où vient le problème. Malgré les mises en garde et les dénégations, le protestantisme français est assimilé, ou risque de l’être, à certains mouvements de la majorité morale américaine qui ont soutenu le Président Bush dans sa « croisade » contre le mal et ses visées impérialistes. La question est d’autant plus complexe pour le protestantisme français, qu’il connaît un véritable rapprochement entre Eglises protestantes autrefois concurrentes sinon opposées. Notre souci d’unité interne, au service d’un témoignage commun, risque de se retourner contre nous qui avons toujours souhaité et vécu un dialogue fructueux avec la culture. Si je partage cette crainte devant vous c’est pour vous demander que nous soyons ensemble attentifs à refuser une vision caricaturale de la diversité des Eglises et des sensibilités spirituelles. Je sais les multiples contacts qui s’ouvrent entre différentes Eglises évangéliques et des paroisses, des diocèses et votre Conférence épiscopale. La FPF est prête, dans le cadre de sa responsabilité œcuménique, à encourager et faciliter ces contacts.

En tout cela, j’espère que vous entendez ma forte conviction que le travail œcuménique est plus que jamais nécessaire dans la perspective de l’annonce de l’Evangile. Nous venons de recevoir pour cela un cadeau longtemps espéré, « la Bible expliquée », cette édition préparée de manière pleinement œcuménique pour permettre à ceux qui la prennent en main de franchir les distances qui les séparent de ceux qui l’ont écrite, et cela loin de toute compréhension confessionnelle ou idéologique du texte. Ce signe d’œcuménisme doit être pour nous un encouragement à aller plus avant.

Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 06 novembre 2004

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