A propos des sans-papiers, notre vigilance


 

Auteur : FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE


 L'assaut de l'Eglise Saint-Bernard, à Paris, par les forces de police, qui a mis un terme brutal à la grève de la faim de 50 jours d'une dizaine d'étrangers laisse, au-delà de la consternation devant l'ampleur démesurée des moyens de contrainte employés, une profonde impression d'échec et de gâchis.

Nombre de régularisations attendues ont été finalement prononcées par les instances juridiques et des solutions "humaines" sauvegardant les droits fondamentaux des personnes et des familles ont finalement aussi été trouvées, dans des délais extrêmement brefs alors que, pendant des mois, les mouvements errants des "sans-papiers" se sont heurtés à quantité d'obstacles au dialogue avec les autorités gouvernementales.

Les comportements de fermeture (remplaçant une fermeté crédible) auxquels nous avons assisté sont une atteinte à la dignité des personnes, des peuples et des cultures que ces personnes représentent dans notre pays. Ces comportements nuisent à la poursuite d'un objectif auquel nous sommes attachés une façon de vivre ensemble, Français "anciens", ou "récents", ou étrangers en cours d'intégration.

Le ressentiment et la division créés par la longue crise depuis l'occupation et l'expulsion de Saint-Ambroise, contribuent davantage à générer la xénophobie qu'à la prévenir. Comment rendre crédible notre volonté de tendre, en France et en Europe, vers un équilibre mondial ou chacun ait droit à ce qui est nécessaire à sa vie, à sa sécurité et à un environnement favorable, si nous offrons le visage d'un pays qui ne sait même pas, avec humanité et sagesse, parler à ses "sans-papiers" ?

Nous avons remarqué le généreux et patient accompagnement que des communautés paroissiales catholiques, des Associations et des Institutions (la Cimade, particulièrement) ont apporté au long des mois aux hommes, aux femmes et aux enfants représentant les familles des sans-papiers. Nous avons apprécié l'activité du Collège des médiateurs auquel participe le pasteur Louis Schweitzer . Nous avons partagé et soutenu leurs engagements et nous nous sommes attiré par là-même de vives critiques, y compris de la part de quelques membres d'églises nous accusant, par ce soutien, de mépriser la loi, les règles de la démocratie, et d'encourager inconditionnellement l'immigration d'étrangers sans travail, responsables de nos difficultés économiques et sociales...

Nous discernons, dans ces réactions, les signes d'une réelle désinformation entretenue par des discours propices à tous les amalgames. Le développement de la campagne œcuménique "vivre ensemble", le programme de réflexion "Etranger, Etrangers" de l'église Réformée de France nous paraissent d'autant plus nécessaires et importants aujourd'hui.

Nous appuyons le projet du Collège des médiateurs des sans-papiers d'organiser prochainement des Assises nationales sur l'immigration. Nous recommandons aux églises et Associations membres de la Fédération Protestante de France de s'associer à ce projet, en créant localement des occasions d'un débat public sur le même thème. Favorisons ces échanges pour que circule une parole qui fasse droit à la vérité des situations et des problèmes de l'immigration, une parole qui responsabilise et vide les slogans à la fois dérisoires et dangereux...

Le Bureau du Conseil de la Fédération Protestante de France

Source : BIP;1420
Date de parution : 11 septembre 1996