Le Conseil Permanent des Eglises Luthériennes et Réformées ou Conseil Permanent Luthéro-Réformé (CPLR)

Auteur(s) : JURGENSEN Werner;

Origines et organisation.

Les Eglises luthériennes et réformées françaises ont de longue date conscience d'une vocation commune dans le contexte social et religieux de leur pays. Du fait d'être toutes issues du mouvement de Réforme du 16è siècle, et de par leur histoire, qui fut longtemps celle d'une coexistence difficile avec un catholicisme numériquement et politiquement dominant, elles se sont senties appelées à une solidarité entre elles, en même temps qu'à un commun témoignage original de leur foi.

Cette vocation commune constituait - et constitue encore - un double défi à relever:

1. nous sommes en présence, essentiellement, de deux traditions différentes de la Réforme du seizième siècle, la calvinienne (qui a pris le nom de "réformée") et la luthérienne (souvent référée à la Confession d'Augsbourg);

l'histoire politique de notre pays a façonné différemment les réseaux de relations, le droit, et l'ensemble de la culture en Alsace et Lorraine (plus précisément le département de la Moselle) d'une part, et dans les autres régions de France d'autre part.

Dès 1905, la nécessité de rapprochement se fit sentir au sein d'un protestantisme très divisé et dispersé, et conduisit à la création de la Fédération Protestante de France. Mais au fur et à mesure que celle-ci s'ouvrit à la diversité d'autres courants protestants, une proximité plus grande, permettant et appelant une coopération plus étroite, devenait manifeste entre les Eglises luthériennes et réformées. Dans les années 1960 à 1968, un travail théologique en commun aboutit à la rédaction de "thèses sur l'ordination" (1961). Il aboutit surtout à l'adoption des "Thèses de Lyon" qui expriment l'accord de ces Eglises sur la Parole de Dieu, le baptême et la cène, et trouveront un peu plus tard leur consolidation et leur élargissement européen dans la Concorde de Leuenberg (1973).

En 1969, l'idée de rassembler ces Eglises en une seule fut proposée dans une "Esquisse pour l'union des Eglises évangéliques en France" et fit l'objet d'une large consultation des Eglises à tous les niveaux. Cette consultation ne permit cependant pas d'aller jusqu'à une telle union, et on parla longtemps de l' "échec de l'Esquisse". Mais ce ne fut pas un échec, en vérité. Ne voyant pas l'intérêt de certains rêves fusionnels, les Eglises luthériennes et réformées allaient se montrer déterminées à se tenir en rapport mutuel étroit et à développer leur coopération comme signe de leur communion effective. Dans un premier temps, les comités directeurs des quatre Eglises impliquées (Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace et de Lorraine ou ECAAL, Eglise Evangélique Luthérienne de France ou EELF, Eglise Réformée d'Alsace et de Lorraine ou ERAL, Eglise Réformée de France ou ERF) assuraient eux-mêmes le contact entre eux (on parlait de la réunion des "Quatre Bureaux").

En 1972, un Conseil Permanent Luthéro-Réformé ou CPLR, fut chargé de manière permanente de cette mission de concertation et de coopération, ce qui donna à cette tâche une consistance nouvelle, à la fois au sein et à côté de la Fédération Protestante de France. La raison d'être du "CPLR" est de manifester la communion entre les Eglises membres.

L'éventualité d'un élargissement de cette communion à une cinquième Eglise, l'union des Eglises Réformées Evangéliques Indépendantes, mise à l'étude et appuyée par un cheminement commun, n'a pas trouvé, pour l'instant, sa réalisation. Le Synode national et général de cette union d'Eglises, réuni pour en statuer en mars 2000, en a rejeté la proposition, sans pour autant "couper les ponts", si bien que la participation de deux observateurs aux réunions du CPLR leur reste ouverte.

Au Conseil proprement dit, qui siège normalement trois fois par an, chaque Eglise est représentée par quatre délégués issus, pour la plupart, des comités directeurs des Eglises. Une Assemblée Commune réunit tous les quatre ans des délégations plus fournies (au total 72 délégués à voix délibérative) pour faire le point de la communion vécue et débattre d'un sujet d'importance.

Un nouveau pas a été franchi par la création, en juin 1996, d'une "Association de Soutien", qui confère au CPLR la personnalité juridique dont il était jusqu'alors dépourvu, et le conduira à gérer directement les personnels, finances, et champs de travail confiés à sa responsabilité par les Eglises membres. En même temps, cette nouvelle constitution juridique allait permettre la déclaration du CPLR comme organisme de formation, avec obtention d'un numéro d'enregistrement. Ce fut chose faite en février 1998.

Le travail au quotidien est dirigé par un Bureau de quatre à sept membres (actuellement ils sont sept) qui prépare les réunions du Conseil et met en oeuvre les décisions. C'est une structure très légère aujourd'hui entièrement assumée par des personnes bénévoles, y compris, notamment, son Président, mais dont les attributions se sont développées par la multiplication des domaines de coopération entre les Eglises membres.

Les axes majeurs de la coopération.

Les relations oecuméniques - en particulier avec le catholicisme français - et la formation permanente des pasteurs furent dès l'origine deux axes essentiels et visibles de la coopération interecclésiale ainsi structurée.

Celui des relations oecuméniques s'est concrétisé notamment par la constitution du Comité Mixte catholique-protestant, lieu de partage pastoral et de travail théologique entre les Eglises du CPLR et l'Eglise catholique en France. Le Comité Mixte est un précieux outil pour une commune réflexion théologique et pastorale entre catholiques et protestants (du moins luthéro-réformés). Outre le travail théologique et pastoral proprement dit, c'est là aussi que se partagent joies, espoirs et interpellations critiques au fil des "avancées" et des "raidissements" qui se succèdent parfois dans l'actualité oecuménique.

Cette vocation oecuménique du CPLR a été confirmée, en particulier par la constitution, en janvier 1993, de la Commission pour le dialogue anglican / luthéro-réformé chargée, au nom des quatre Eglises, de préparer l'Accord de Reuilly entre les Eglises anglicanes de Grande Bretagne et d'Irlande et les Eglises luthériennes et Réformées de France. La Déclaration Commune de Reuilly a été adoptée par toutes les Eglises partenaires en 1999/2000, et signée officiellement lors de célébrations publiques à Cantorbéry et à Paris, le 16 juin et le ler juillet 2001. Cet accord ouvre de nouvelles perspectives dans les relations entre les Eglises signataires: accueil des membres des unes chez les autres sous diverses formes, vie cultuelle (y compris eucharistique) commune, accueil réciproque de ministres à titre ponctuel ou pour des périodes déterminées - même si l'on n'a pas atteint, pour l'instant, la pleine "interchangeabilité" des ministres.

Après le dialogue avec les Eglises anglicanes, c'est un dialogue avec la Fédération des Eglises Evangéliques Baptistes de France qui vient d'être mis en route. Les enjeux n'en sont pas encore clairement établis, mais il vise au minimum une meilleure compréhension réciproque en profondeur et une meilleure qualité de relation entre Eglises de types très différents, mais appelées à vivre dans une grande proximité "sur le terrain" et dans le cadre - plus vaste mais aux liens moins serrés - de la Fédération Protestante de France.

Une autre manifestation de la vocation oecuménique du CPLR réside dans la concertation dont il est chargé pour maintes formes de participation à la vie et au travail des organisations oecuméniques telles que le Conseil Oecuménique des Eglises (avec une attention particulière à la Commission "Foi et Constitution"), la Conférence des Eglises Européennes, et, à plus forte raison, la Communion Ecclésiale de Leuenberg (c'est une française, Mme Elisabeth Parmentier, qui est depuis l'assemblée plénière de juin 2001, Présidente du Comité exécutif de la CEL). L'attention du CPLR y est toujours tournée particulièrement vers la coopération ou le dialogue entre les Eglises comme telles, vers la recherche de communion entre elles, et vers l'approfondissement de leur mission commune.

L'axe de la formation permanente des pasteurs est soutenu par le ministère à mi-temps d'un coordonnateur (actuellement Mlle Anne-Laure Danet, pasteur de l'Eglise Réformée de France. Elle est complétée par une Formation Pastorale à l'Ecoute et à la Communication (branche française de "Clinical Pastoral Training") et par certaines sessions communes dans la formation initiale des ministres. Cette formation commune est un facteur important de contact entre les corps pastoraux des quatre Eglises et du renouvellement de leur ministère.

Depuis 1988 la dimension catéchétique est devenue une nouvelle responsabilité du CPLR à travers la création d'une plate-forme catéchétique commune aux quatre Eglises, puis, en 1990, par l'insertion de cette dernière dans la Société des Ecoles du Dimanche, restructurée et réorientée au service explicite des Eglises du CPLR. Ce processus a abouti en 1999 à la création du Service Catéchétique du CPLR et à une refondation de la SED, "Société des Ecoles du Dimanche" en "Société d'Edition et de Diffusion" du Service Catéchétique. Ces discussions ont été parfois difficiles, car c'est le lieu, plus que d'autres, où les conceptions, situations et sensibilités propres à chaque Eglise doivent se conjuguer avec la visée de communion générale et de collaboration pratique. Nous avons pu nous accorder dès 1989 sur des "orientations communes pour la catéchèse". Il nous reste à analyser encore un important problème financier et à prendre début 2002 des décisions en conséquence - de financement renforcé ou de remaniement de l'activité.

Autres domaines de coopération

L'Assemblée Commune réunie en octobre 1993 à Dole sous le mot d'ordre: "Grandir dans la communion", a demandé que soient ouverts ou poursuivis sept chantiers dont il faut citer, en plus de ce qui est dit ci-dessus:

- multiplication de signes de communion à l'échelon local et régional
- coopération plus étroite dans le domaine liturgique
- réflexion et débat sur l'ecclésiologie, nos structures et l'exercice de l'autorité au sein de nos Eglises
- contribution théologique à la recherche d'une plus grande communion au sein de la Fédération Protestante de France
- développement d'une meilleure information à tous les niveaux de nos Eglises

La dernière Assemblée Commune réunie à Glay en octobre 1997, particulièrement consacrée à la question de la formation, a également recommandé de faire émerger une mémoire commune aux Eglises du CPLR et d'étudier en commun les traditions propres à chacune d'elles.

La spécificité de la communion luthéro-réformée

Deux types de relations peuvent réunir des Eglises entre elles. La Fédération Protestante de France est une association d'Eglises, institutions, oeuvres et mouvements dont le lien fédératif est très large et la diversité croissante. Le Conseil Permanent Luthéro-Réformé est le lieu de rapports de communion entre les Eglises qui le composent, rapports qui permettent et appellent des coopérations dans des domaines aussi sensibles que la catéchèse et la formation des pasteurs, la liturgie et les accords théologiques, le statut des ministres et leur"interchangeabilité" (un ministre dûment reconnu par l'une des quatre Eglises peut poursuivre son ministère dans l'une des trois autres), la pleine reconnaissance mutuelle comme Eglises authentiques de Jésus-Christ et, par conséquent, la pleine reconnaissance mutuelle et célébration commune des sacrements du baptême et de la cène.

Pourquoi pas "plus" ?

Du fait de cette communion, il n'est pas de domaine dans lequel la coopération des Eglises serait impossible a priori. Aussi nous est-il toujours à nouveau demandé pourquoi ne pas aller "plus loin", jusqu'à une union (fusion) d'Eglises effective, jusque dans leurs structures ? La question reçoit deux types de réponses.

Avec une certaine impatience, motivée par l'absence d'obstacle spirituel fondamental et par la situation des Eglises dans le temps présent, certains estiment que les questions d'identité et de structures qui distinguent encore nos Eglises sont secondaires et dépassées. Ils appellent des pas courageux dans le sens d'une union.

D'autres soulignent le caractère décisif des acquis déjà obtenus: nous sommes en communion, l'unité nous est donnée. Devant cette réalité fondamentale, ils estiment que la subsistance d'identités et de structures distinctes ne posent pas problème. Ils appellent, par des formes de collaboration plus étendues et par des signes évidents de reconnaissance mutuelle, la manifestation et la croissance en profondeur de l'unité qui nous est donnée.

L'une et l'autre approche contribuent à avancer dans le chemin de l'unité. Elles sont concrètement en débat actuellement entre les deux Eglises luthérienne et réformée d'Alsace et de Moselle, où un "projet de rapprochement" est engagé depuis 1992.

Pour l'heure, la réponse pratiquée au CPLR correspond plutôt à la seconde approche. L'expérience ancienne et récente a montré que le respect de l'identité, des sensibilités et de la capacité de coopération de chaque Eglise favorise au mieux la confiance réciproque et pose les jalons les plus sûrs pour de nouveaux progrès sur le chemin de l'unité.

L'Assemblée Commune de Strasbourg (Oct. 2001)

La question de certaines structures d'unité entre les Eglises du CPLR s'avère cependant de plus en plus brûlante. La lenteur avec laquelle nous aboutissons à certaines décisions d'envergure manifeste, bien sûr, le besoin de réflexion et de maturation de problèmes qu'il n'est pas bon de résoudre dans la précipitation. Mais cette lenteur manifeste aussi quelquefois la difficile articulation entre des besoins ou propositions ressortant du travail du CPLR, et les visions et approbations de quatre comités directeurs se sachant chacun, dans ses débats et décisions, responsable devant sa propre Eglise et ses propres instances synodales ou assimilées. C'est la raison pour laquelle la question d'une plus grande visibilité et efficacité de notre communion à l'horizon de notre témoignage commun dans le temps présent sera au coeur des débats de l'Assemblée Commune de Strasbourg, du 12 au 14 octobre 2001.

Werner JURGENSEN, Président du CPLR
1er Octobre 2001

Annexes:

1° Les membres actuels du Bureau du CPLR

Président: Pasteur Werner JURGENSEN (Bischheim, ECAAL)
Vice-Président: Professeur Marc LIENHARD, Président du Directoire de l'ECAAL
Vice-Président: Pasteur Marcel MANOËL, Président du Conseil National de l'ERF
Secrétaire: Pasteur Alain BACCUET (e.r., Montpellier, ERF)
Trésorier: Monsieur Pierre-Michel RINCKENBERGER (ERAL)
Assesseur: Pasteur Jean-Paul HUMBERT, Président du Conseil Synodal de l'ERAL Assesseur: Pasteur Marie-France ROBERT, Inspecteur ecclésiastique de l'EELF (Paris)

Sont régulièrement invités aux réunions du Bureau: Pasteur Anne-Laure DANET (ERF), Coordonnatrice de la Formation Permanente des Pasteurs
Pasteur Gill DAUDÉ (ERF), Responsable du service des relations oecuméniques de la FPF

2° Les Assemblées Communes depuis les origines des relations luthéro-réformées en France

1. 1975: L'Arbresle
2. 1978: Le Chatelard (Francheville-le-Haut, 69) Vivre ensemble
3. 1981: Le Liebfrauenberg (67) Le repas du Seigneur
4. 1985: Francheville (69) Baptême, Eucharistie, Ministère(document de Lima, COE)
5. 1989: Le Liebfrauenberg (67) Eglises et Droits de l'homme
6. 1993: Le Mont-Roland (Dole) Grandir dans la communion
7. 1997: Glay (25) Former pour témoigner
8. 2001: Strasbourg (67) Nos paroles et nos actes dans l'espace public

Source(s) : CONSEIL PERMANENT LUTHERO-REFORME;CPLR;
Date de parution : 01 octobre 2001