Projet de loi sur l'immigration "Qu'as-tu fait de ton frère ?"


 

Auteurs : CONSEIL D'EGLISES CHRETIENNES EN FRANCE; CECEF; JEREMIE Mgr; STEWART J.; BILLE Mgr


 Paris, le 24 février 1997

Le débat relatif au projet de loi sur l'immigration, projet actuellement en discussion, prend un tour nouveau.

Des femmes et des hommes, de convictions et de cultures différentes, lancent des appels qui s'adressent à la conscience de tous. Nous souhaitons que ce débat puisse s'approfondir dans un véritable respect mutuel. Ce sera un signe de la vitalité démocratique qui a souvent marqué l'identité de notre peuple.

Dans une société en crise, lorsque la peur guette de nombreuses personnes, il y a un urgent besoin d'échanges et de communication honnête sur ces problèmes qui touchent l'essentiel de notre "vivre ensemble" :

- Le respect fondamental dû à toute personne humaine qui, quelle que soit son origine, a des droits et des devoirs essentiels.

- La volonté de voir en l'autre, en l'étranger, un frère plutôt qu'un concurrent, un partenaire plutôt qu'un suspect.

Chacune pour leur part et ensemble nos Eglises ont depuis longtemps et régulièrement appelé l'attention sur ces nécessités.

Nous constatons, avec satisfaction, que plusieurs articles du projet de loi mettent un terme aux souffrances de certaines catégories de sans-papiers, caractérisés jusqu'ici par la situation paradoxale de n'être ni expulsables ni régularisables. C'est là un acquis important.

Mais nous ne pouvons pas nous résigner à ce que d'autres sans-papiers soient laissés dans une situation de "non-droit". Beaucoup ont une vocation à rester sur notre sol, soit par leurs attaches familiales, soit par crainte justifiée que leur inspire un retour éventuel aux pays. La sagesse demande que leur situation soit examinée, selon des critères définis, au lieu de les laisser sans réponse et sans droits.

Si la volonté de réprimer l'immigration illégale aboutissait à laisser désigner tout demandeur d'asile comme un suspect, le risque serait grand de rendre plus précaire le statut de tous les étrangers même en situation régulière, d'attiser les peurs et de compromettre les équilibres nécessaires au "vivre ensemble" dans notre société.

Pour nous chrétiens, attachés comme tant d'autres à la solidarité et à l'hospitalité, le migrant n'est pas un individu à respecter selon les seules normes fixées par la loi. Il est une personne qu'en conscience, nous voulons considérer comme telle, prenant en compte ses droits et devoirs inaliénables, qui ne peuvent être ni violés, ni ignorés.

La grande question que Dieu pose à l'homme dans la Bible demeure : "Qu'as-tu fait de ton frère ?" {Gn 4,9}. La réponse est un test pour notre droiture de conscience et notre identité de chrétiens.

Les co-présidents du Conseil d'Eglises Chrétiennes en France

Mgr JEREMIE, Pasteur Jacques STEWART, Mgr Louis-Marie BILLE

Source : OECUMENISME INFORMATIONS; 273
Date de parution : 24 février 1997