Un couple se retrouve après des années de séparation, et même de reniement, on peut l’imaginer. Le film repose sur l’utilisation systématique d’une technique cinématographique : le « split screen », ou en français « double cadre ». L’histoire qui se déroule est donc divisée en deux parties simultanées (et rigoureusement égales sur l’écran !), car deux caméras ont tourné des scènes, soit celles qui concernent le même temps et le même lieu (ainsi, une scène pour l’homme, une pour la femme, mais à des angles légèrement différents), soit au contraire des scènes où le récit dysfonctionne (souvenirs, fantasmes, imaginations …). En permanence, nous subissons une discontinuité entre l’homme et la femme, qui vivent des retrouvailles amoureuses, et qui ne sont qu’éphémères…
Ce qui pourrait apparaître comme un procédé fastidieux, un exercice de style d’un jeune diplômé d’une école de cinéma, produit en fait sur le spectateur l’impression de ce qu’il y d’irrémédiable dans ce dialogue homme-femme, qui après leur rupture ont choisi une autre vie. Il n’y a pas, ou plus, recouvrement dans l’histoire de ces êtres, qui n’ont pas su trouver les bases d’un amour durable. A de rares moments (la scène de sexe dans le lit, et surtout dans le taxi, à la fin du film), le « split screen » du cinéaste un peu masochiste, s’efface pour laisser le plein écran s’installer… mais, tout cela, n’est qu’illusion, qu’erreur de perception ! À ces moments-là, le couple n’a jamais été aussi éloigné.
Film intéressant. (Alain Le Goanvic)