La caméra nous chahute dès le départ nous faisant vivre "physiquement" le désarroi et la douleur de Geneviève, qui ne peut se résigner à participer à la cérémonie du cimetière et court chercher dans la nature un endroit où crier sa douleur. Ces images chaotiques et agitées nous accompagneront tout au long de son périple vers l'Angleterre. Et c'est peut-être un reproche que l'on peut faire à F. Dupeyron : n'avoir pas suffisamment varié sa manière de filmer, au risque de faire perdre peu à peu leur signification à ces images heurtées. Il s'en dégage tout de même et dès le début un grand pouvoir de suggestion de l'état émotionnel dans lequel se trouve la jeune femme, à la suite de son deuil, et dans la confrontation à cette situation inédite et questionnante : que faire pour ce clandestin que le hasard d'un accident de la route lui a fait rencontrer.
Dupeyron choisit aussi de nous déranger par l'absence totale de sous-titres, aussi bien lorsque s'exprime en kurde le clandestin, qu'en Angleterre lorsque Geneviève et son compagnon cherchent les contacts. Comment mieux faire vivre une situation de non communication qu'en nous confrontant nous-même à cette incompréhension dans laquelle se trouve la jeune femme vis-à-vis de l'homme qui lui parle avec insistance mais sans effet... Peu à peu vont s'instaurer d'autres modes de communication.
Le deuil de Geneviève commence avec ces quelques vêtements d'homme qu'elle lui donne. Il se poursuit dans ce long voyage vers le nord et les brumes de l'Angleterre. Il se confirme comme inéluctable dans cette image où elle bute sur une pancarte "voie sans issue", alors qu'elle suit en voiture le kurde qui s'éloigne. Elle peut alors retourner chez elle et reprendre sa vie avec sa petite fille.
Par ses caractéristiques formelles et son sujet, ce film mérite l'attention du public, ainsi que par son mode non traditionnel de distribution. (Maguy Chailley Profil).