"Aujourd'hui, à Paris, comme dans d'autres villes de province, des étrangers en situation illégale sont entrés dans des églises pour manifester leur souffrance et en appeler à l'opinion publique.
"Certains l'ont fait en concertation avec les responsables des paroisses. D'autres ont placé la communauté paroissiale devant le fait accompli.
"Ce recours aux églises témoigne de la confiance et de la solidarité qui, depuis longtemps, se sont forgées dans les engagements qui ont placé côté à côte des étrangers, des chrétiens et leurs partenaires associatifs, pour qu'en toutes circonstances, les droits de la personne humaine soient respectés.
"Cependant nous nous posons la question dans une société laïque et sécularisée, les églises ont-elles à devenir les seuls sanctuaires où se réfugient tous ceux qui veulent exercer leurs responsabilités ?
"Aujourd'hui, nous constatons que, malgré les appels à la médiation relancés par de nombreuses personnalités soucieuses de trouver une issue humaine à ce drame, les négociations restent en panne - ce qui ne fait qu'accentuer le désespoir de ces étrangers.
"Nous savons que dans le contexte actuel d'amplification des flux migratoires, il est impossible que tous ceux qui le demandent obtiennent une régularisation.
"Nous prenons acte de la volonté affirmée dans un communiqué du ministère de l'intérieur d'accéder enfin à la demande de régularisation des parents étrangers d'enfants français.
"Mais notre préoccupation s'étend à d'autres catégories
de sans-papiers qui répondent à des critères conformes
aux droits humains et aux engagements internationaux de la France
- les déboutés du droit d'asile qui expriment des craintes
justifiées pour leur sécurité en cas de retour dans
leur pays d'origine.
- les étrangers qui ont noué des attaches familiales
durables dans notre société et qui ont vécu leur scolarité
en France
- les étrangers pouvant justifier d'une longue durée
de séjour en France et qui, par leur travail et leur insertion,
se sont souvent acquis des droits qu'il nous faut reconnaître.
"Nous entendons aujourd'hui l'appel angoissé de ces hommes et de ces femmes qui vont jusqu'à faire la grève de la faim pour attirer l'attention sur leur sort.
"Dans ces circonstances, il nous apparaît urgent qu'un nouveau processus de médiation puisse être ouvert entre les autorités compétentes de l'Etat et ceux qui apportent leur soutien aux démarches des étrangers en vue d'une régularisation".
Métropolite Jérémie,
Président du Comité
interépiscopal orthodoxe en France.
Pasteur Jacques Stewart,
Président
de la Fédération protestante de France.
Mgr J. Duval,
Président
de la Conférence épiscopale de France.
Source : BSS;953
Date de parution : 17 juillet 1996
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org