Non à la peine de mort : déclaration du Conseil d'Eglises chrétiennes en France

Auteur : CONSEIL D'EGLISES CHRETIENNES EN FRANCE

Périodiquement, des voix s'élèvent dans notre pays pour demander le rétablissement de la peine de mort, peine abolie en France le 9 octobre 1981 selon un voeu de l'Assemblée générale des Nations Unies (8 décembre 1977, résolution 32,61)*. Comment ne pas ressentir l'émotion suscitée par des crimes particulièrement odieux ? Comment ne pas partager l'immense détresse des familles concernées ?

"A crime extrême, peine extrême". Mais faut-il en revenir à la peine de mort ? Les arguments en sa faveur sont habituellement les suivants

1° Châtiment. Seule la peine de mort est proportionnée à certains délits. La peine de prison n'apparaît pas assez sévère.

2° Expiation. Seule la peine de mort peut compenser le crime commis. Une mort pour une mort.

3° Exemplarité. Seule la peine de mort peut dissuader ceux qui sont tentés de commettre les mêmes actes criminels. Elle a fonction d'intimidation.

4° Protection. Seule la peine de mort peut assurer la sécurité des citoyens. Il s'agit de retrancher de la société les membres dangereux, finalement irrécupérables.

A ces arguments nous répondons

1° Châtiment ? Si une peine est nécessaire, dans l'intérêt même du criminel et de la société, elle ne doit pas viser l'élimination de l'individu mais, en dernière instance, sa réinsertion dans le corps social.

Chrétiens, nous croyons que la personne criminelle dépasse toujours l'acte criminel. Nous ne pouvons désespérer d'un être humain au point de le supprimer purement et simplement. Qui peut affirmer a priori qu'un individu ne pourra jamais changer ?

2° Expiation ? Comment une souffrance pourrait-elle réparer et compenser une autre souffrance ? La mort d'un assassin ne console pas de la mort d'un être cher.

Chrétiens, nous croyons que Jésus-Christ a pris sur Lui notre péché, donné sa vie pour que nous puissions vivre en plénitude, nous ouvrant ainsi le chemin de la résurrection, du pardon. Nous voudrions aider les victimes de la violence à bannir tout esprit de revanche en allant jusqu'au pardon.

3° Exemplarité ? Il est prouvé que la peine de mort n'a jamais été une forme de dissuasion efficace. Les pays qui l'ont abolie n'ont pas vu croître de manière significative la criminalité. La peur n'est pas le meilleur rempart contre les crimes.

Chrétiens, sans nier la responsabilité personnelle du coupable, nous croyons qu'une peine dissuasive doit toujours lui offrir la possibilité du repentir auquel Dieu appelle tout homme. Les crimes commis par un individu peuvent être conditionnés par son histoire familiale et son environnement social.

4° Protection ? La peine de mort entretient la spirale de la violence qui est la pente naturelle de toute société. On ne peut résoudre la violence par la violence. Une société ne peut se décharger sur des boucs émissaires de la gestion de sa propre violence. L'Etat doit certes protéger les plus faibles de ses membres et l'avenir même du vivre ensemble, le ferait-il efficacement en utilisant la violence de la peine de mort ?

Chrétiens, nous croyons que Jésus-Christ a pris sur Lui la violence des hommes, au point d'en être la victime, pour la désarmer. Tout disciple du Christ est appelé à devenir artisan de paix, à remplacer la haine et l'angoisse par la miséricorde et la confiance.

Certes, nous reconnaissons que dans le passé, même en régime chrétien, on a appliqué la peine de mort aux meurtriers et à d'autres criminels, et que les Eglises mêmes y ont recouru. Notre relecture actuelle du témoignage biblique et notre réflexion sur le Dieu de la vie nous conduisent à rejeter fermement ces pratiques antérieures. Fondamentalement, la vie humaine appartient à Dieu seul. C'est Lui qui nous appelle à être au service de la vie et non de la mort. Un Etat, dans lequel une justice humaine prononce une sentence de vie ou de mort sur des individus, ne s'arroge-t-il pas le droit à un jugement qui n'appartient qu'à Dieu ? Le Seigneur des vivants ne veut pas la mort des pécheurs mais leur conversion (Ez 33, 11). Il a envoyé son Fils non pour juger le monde, mais pour que, par Lui, il soit sauvé. (Jn 3, 17).

La foi chrétienne implique toujours une espérance pour l'homme que Dieu n'abandonne jamais. Dans le plus déchu des humains, elle discerne la présence de Dieu et le visage du Christ. Un homme ne se réduit jamais à ses actes. Et le Christ en croix ne cesse de dire à propos de tous les bourreaux du monde "Père pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font" (Lc 23, 24)

C'est pourquoi nous disons "NON" au rétablissement de la peine de mort.

* En décembre 1982, le Conseil de l'Europe a adopté le Protocole additionnel n° 6 à la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, appelée " Convention européenne des droits de l'homme"(1950). Ce Protocole n° 6 abolit la peine de mort en Europe. Il est entré en vigueur le 1er mai 1985, et le 18 février 1985, la France l'a, à son tour, ratifié.

Source : CHRISTIANISME AU XXE SIECLE, 332
Date de parution : 26 novembre1991


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