Le père "biologique" de la douce Dolly a déclaré
la semaine dernière qu'il travaillait actuellement sur le clonage
humain. Et pour lever nos derniers doutes, il a ajouté qu'une société
américaine était en cours de négociations avec lui
pour le financement de ses travaux. Comme lui, de nombreux chercheurs s'avouent
tentés par l'expérience, à tel point que dans certains
pays, la législation s'assouplit en jouant sur les mots pour contourner
l'obstacle de l'interdit.
La législation change selon les pays. Bien que l'Europe se
soit fermement prononcée contre l'an dernier, certains pays de ce
périmètre, comme d'autres ailleurs autour de la planète,
ont du mal à résister au chant des sirènes. Pourquoi
ne pas se prendre pour Dieu, comme le disait le physicien Richard Reed
l'an dernier, pourquoi ne pas essayer de répondre aux attentes de
malades cruellement éprouvés par des maladies incurables,
pourquoi ne pas donner aux couples stériles la joie d'un enfant
commandé sur catalogue ? Pourquoi, surtout, renoncer aux bénéfices
juteux d'un marché qui promet déjà de dépasser
celui, colossal, de la procréation médicalement assistée
? Le 16 décembre, une équipe asiatique a tenté le
diable avant de reculer. Pour cette fois...
Et l'homme recréera l'homme...
Comme il était logique de s'y attendre, le clonage pourrait bientôt concerner l'embryon humain. De nombreux chercheurs s'avouent tentés par l'expérience à tel point que dans certains pays, la législation s'assouplit en jouant sur les mots pour contourner l'obstacle de l'interdit. Tour d'horizon.
Le 19 janvier, Ian Wilmut a déclaré tout de go sur les ondes de la BBC qu'il travaillait sur le clonage humain. Vous avez bien compris: il y travaille déjà et serait en négociation avec une société américaine, Geron Corporation, qui devrait financer ses travaux et ceux de son équipe ainsi que ceux d'un professeur de l'université de Californie. Le projet est déjà connu et médiatisé: il s'agit d'une expérience de clonage sur un embryon qui aura lieu dans les prochaines semaines. Histoire de mettre à l'aise ses auditeurs, Ian Wilmut a avoué qu'il n'avait pas d'états d'âme puisque de tels travaux permettront de combattre beaucoup de "maladies effrayantes".
La législation anglaise permet ces travaux puisque l'embryon n'est considéré personne humaine qu'au terme du 13° jour. Du coup, les deux comités britanniques qui ont été créés après la "naissance" de Dolly, le 23 février 1997, ont proposé récemment que les chercheurs soient autorisés à produire des embryons humains à des fins médicales. Le gouvernement britannique n'a pas encore rendu son avis.
Aux Etats-Unis, la recherche avance dans le secteur privé car la loi n'interdisait jusqu'alors ces travaux que dans le secteur public. Depuis peu, I'administration américaine a autorisé le financement de la recherche publique sur les cellules embryonnaires indifférenciées.
Sonnette d'alarme
En France, la loi sur la bioéthique votée en 1994, est formelle: elle interdit tout clonage humain. Néanmoins, elle sera réexaminée dans les mois à venir. En France, comme ailleurs, les chercheurs sont impatients de trouver et de démontrer qu'ils peuvent faire reculer l'impossible: aussi une partie des décideurs, et notamment le Pr Jean-François Mattéi, député et président de la commission santé au Conseil de l'Europe, tirent la sonnette d'alarme. Ils craignent que les interdits d'hier ne soient plus tabous dans un avenir proche. Ce qui reviendrait à considérer l'embryon comme de la matière première. Une fois épuisées les ressources issues des fécondations in vitro, où trouver de nouvelles cellules embryonnaires ? Qui osera dire que cela reviendrait à créer des usines de cellules humaines prêtes à servir ? En Belgique, déjà, la porte est entr'ouverte puisque dans son article 5, la loi prévoit que "la création des embryons in vitro à des fins de recherche scientifique est interdite sauf... après décision de la commission, si l'objectif de la recherche ne peut être atteint ni effectivement ni scientifiquement par la recherche sur les embryons surnuméraire".
La loi du marché
Si de telles craintes s'avéraient fondées, la raison du "crime" n'en serait pas moins noble. On peut comprendre qu'aussi bien les chercheurs que les malades estiment par trop réducteur de refuser l'avancée de recherches qui pourraient mettre en échec des maladies jusqu'ici incurables. Les chercheurs estiment qu'en respectant un certain nombre de règles éthiques, il serait possible de cultiver des cellules embryonnaires humaines pour constituer un stock de cellules souches qui serviraient ensuite à corriger des défauts génétiques. Mais ne risque-t-on pas d'encourager une médecine à deux vitesses, deux poids deux mesures ? En Europe, certains pays ne sont pas opposés à ces pratiques que la France refuse. A l'ère du tunnel sous la Manche et des charters à prix cassées, qu'est-ce qui empêcherait un Français d'aller se faire soigner de l'autre côté du Channel ? Et même si l'anathème reste jeté sur qui voudrait utiliser une telle technique à des fins de reproduction, qui peut dire qu'un Etat ne finira pas par l'autoriser à des couples stériles ? D'autant que l'économie rejoint trop souvent les grandes causes humanitaires. Le marché de la fécondité assistée représente un budget colossal qui serait encore dopé par le clonage humain à fins de reproduction. Qu'on nous pardonne notre cynisme, mais dans ce bas-monde, on a rarement vu reculer les gros sous devant les principes éthiques. La morale contre l'industrie pharmaceutique, la lutte est par trop inégale. L'an dernier, l'Europe se mobilisait contre le clonage des êtres humains et promettait de réfléchir durant quelques années aux enjeux et aux risques inhérents au clonage. Mais les progrès scientifiques fulgurants de ces deux dernières années ont déjà provoqué un certain relâchement dans les rangs des bien-pensants.
Premiers pas vers l'interdit
Scénario catastrophe ? Pas tant que ça. Depuis la naissance
de Dolly, la technique du clonage par transfert de noyaux de cellules adultes
n'a cessé d'évoluer. Six mois après la première
planétaire que fut la naissance de Dolly, ses "géniteurs"
refaisaient la "Une" de l'information avec la première brebis clonée
porteuse, au sein de son génome, d'un gène humain. Polly
devrait ainsi produire par son lait une protéine humaine thérapeutique.
Aux U.S.A, c'est à partir du transfert du noyau réalisé
à partir de cellule embryonnaire en culture que sont nés
deux veaux jumeaux en janvier 1998. Les Français ne se feront pas
attendre. Marguerite, première génisse obtenue en France
à partir de cellule musculaire prélevée sur un fotus
de 60 jours, ne bravera l'interdit et les tabous que durant quelques semaines.
Mais ce n'est sans doute que partie remise. Et ainsi va la vie des laboratoires:
au Japon, à Hawaï, on annonce de nouvelles techniques, de nouvelles
réussites. A quand le clonage humain ? Pour hier, ou presque ! Le
16 décembre dernier, une équipe sud-coréenne a annoncé
avoir réussi pour la première fois à créer
un embryon humain en s'inspirant de la technique Dolly. Une fois l'embryon
divisé en quatre cellules, ils auraient arrêté l'expérience.
Pour cette fois...
Pourquoi les Raëliens sont pour ...
Ils croient aux extra-terrestres notamment à ceux à côté
desquels nous ferions figure d'hommes préhistoriques en matière
de connaissance scientifique. Ils croient que la vie a été
créée dans un laboratoire par les Elohim dont parle la Bible.
D'ailleurs, la résurrection du Christ ne serait qu'un clonage réussi.
Des doux dingues ? Pas tant que ça.... Ou alors des doux dingues
qui ont beaucoup de sous, ce qui a pour effet de leur faire perdre ce paisible
qualificatif. Car les Raëliens ont annoncé vouloir financer
très sérieusement les recherches sur le clonage. Ils ont
pour cela créé une société, Valiant Venture
Ltd, basée aux Bahamas. Et après, bonjour les dégâts...
Il a osé le dire... "Le clonage humain est une technique qui permettra de prolonger la vie humaine. Nous allons devenir comme Dieu. Nous allons avoir presque autant de savoir et de pouvoir que Dieu". (Le physicien Richard Seed).
Point de vue ...
Le grand rabbinat d'Israël ne s'oppose pas au clonage humain à
des fins thérapeutiques, pas plus que les autorités religieuses
musulmanes. Quant aux Eglises chrétiennes, elles se sont toutes
prononcées contre le clonage humain quelles qu'en soient les finalités.
Source : CHRISTIANISME AU XXE SIECLE; 674
Date de parution : 31 janvier - 6 février 1999
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org