Auteur(s) : ENTRAIDE PROTESTANTE
Le conseil d'administration de la Fédération de l'Entraide Protestante appelle à une réflexion d'ensemble sur la consommation des substances psychoactives licites et illicites, fondée sur une nouvelle approche non plus centrée sur les drogues et produits considérés en eux-mêmes, mais sur les usages et les abus.
Il fonde son opinion sur :
l''importance et l'effet désastreux de la surconsommation de substances psychoactives dans la société en général et pour ceux qui en sont dépendants en particulier :
- les rapports scientifiques récents (rapport du Conseil Consultatif National d'Éthique, de la Commission Henrion, des professeurs Roques et Parquet pour ne citer que les principaux) qui montrent que la dangerosité de "drogues" socialement admises (tabac, alcool) est dans certains cas égale, voire supérieur, à celles de certaines drogues illicites ;
- la forte augmentation de la consommation de médicaments psychoactifs, en dehors de toute prescription médicale ou de réelle nécessité thérapeutique;
- le développement rapide et important de polytoxicomanies associant la consommation de drogues illicites à celles d'alcool et de médicaments psychotropes;
- la consommation irraisonnée de drogues de synthèse (type ecstasy) et l'apparition de nouvelles molécules;
- la prise en compte des personnes plutôt que des produits, et des comportements plutôt que du statut légal (licite, illicite) des substances psychoactives;
- le fait que la prohibition de certaines substances peut avoir pour les plus faibles un effet incitateur et qu'il convient de ne pas ajouter le trafic et la délinquance à la difficulté de vivre que connaissent les personnes dépendantes de substances psychoactives;
- le fait que la prohibition encourage le marché noir et une économie parallèle entraînant de graves désordres sociaux, et que le marché clandestin induit nécessairement le non-contrôle des produits proposés;
- le fait que le caractère interdit des produits largement consommés discrédite les actions de prévention et au-delà la loi sociale et que l'aspect nécessairement transgressif de toute consommation, même privée, de substances interdites parce qu'illicites peut avoir un effet de contre-socialisation.
Le conseil d'administration de l'Entraide Protestante souhaite que la législation permette une réelle politique de prévention des conséquences pour soi-même et pour autrui des effets de la consommation des substances psychoactives (drogue, alcool, tabac, médicaments) .
Il souhaite une réglementation protectrice de la santé, faisant appel à la responsabilité individuelle et qui permette une meilleure intégration de la loi sociale par les personnes qui sont en difficulté.
Il invite à considérer le comportement des personnes plutôt que les substances.
Le conseil souhaite que la législation permette d'éviter toute discrimination qui serait basée sur le statut légal d'une substance et non sur sa dangerosité.
Il souligne qu'il y a lieu de faire une distinction entre usage et abus, et considère que la consommation abusive de substances psychotropes est toujours le signe d'une difficulté, voire d'une souffrance qu'il convient de prendre en compte et de traiter.
Enfin, le conseil a apprécié l'évolution manifestée par le fait que le plan triennal de lutte contre la drogue et de prévention des dépendances, présenté par le gouvernement en juin 1999, ait élargi les compétences de la Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie (MILDT), afin qu'elle étende son action à la prévention et au traitement de l'alcoolisme.
Source(s) : FOE FLASH-INFO
Date de parution : 15 octobre 1999
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org