Auteur(s) : CONSEIL D'EGLISES CHRETIENNES EN FRANCE;CECEF;CLERMONT Jean-Arnold de;BILLE Mgr Louis-Marie;JEREMIE Mgr
Oberin Christine GLEIXNER, FvB
Conseil oecuménique des
Eglises en Autriche
Severin Schreiber Gasse 3
A-1 180 VIENNE /
Autriche
Madame la Présidente, Chère Soeur,
Nous avons été très sensibles à votre démarche consistant à vous adresser à l'ensemble des Conseils d'Eglises chrétiennes en Europe. Comme vous le formulez si bien, il est important de "faire appel aux liens fraternels qui nous unissent" lorsque nous nous trouvons confrontés à des situations difficiles. Il est même souhaitable, qu'à l'avenir, ces Conseils puissent davantage assurer ce rôle de concertation et d'aide fraternel au discernement.
Nous ne pouvons pas vous cacher que la situation en Autriche nous préoccupe et nous soucie. Les orientations politiques de la nouvelle coalition gouvernementale nous effrayent et nous consternent. Nous savons également, qu'en de multiples occasions, les Eglises d'Autriche ont exprimé clairement leur ferme désapprobation de tout ce qui peut contribuer à la montée du racisme et de la xénophobie.
Aussi, n'est-il nullement question pour nous de nous engager dans une politique d'isolement et de suspicion ni à votre égard, ni même à celui de l'Autriche en général. Au contraire, nous sommes prêts à soutenir votre action par tous les moyens que vous jugerez utiles et appropries.
Sans être forcément solidaires de toutes les initiatives de l'Union européenne, nous estimons néanmoins qu'il est vital de continuer à exprimer notre inquiétude.
Appeler l'Autriche à "tourner la page" comme semblent faire certains membres de l'actuelle coalition gouvernementale nous paraît inacceptable. Assumer son histoire en la parsemant de "trous de mémoire" est la pire des solutions qu'un peuple puisse adopter. L'Union européenne s'est construite autant sur la réconciliation des mémoires que sur l'édification de règlements économiques et sociaux. Nous sommes bien placés pour savoir que l'Europe ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui sans les efforts délibérés et volontaires qui ont permis la réconciliation franco-allemande. Cette réconciliation n'aurait pas pu se faire en oubliant les horreurs de la période nazie, tant en Allemagne qu'en France. Bien au contraire.
Nous souhaitons que l'Autriche continue avec l'aide des Eglises de s'atteler à la poursuite de ce travail de purification de la mémoire et donc de réconciliation.
En vous disant cela, nous ne pensons pas aggraver la situation, et encore moins nous poser en donneurs de leçons : en France, ce travail sur la mémoire est loin d'être terminé. Les récentes déclarations de repentance, notamment à l'égard de la communauté juive, en témoignent.
Quoi qu'il advienne, nous souhaitons maintenir et même renforcer les liens d'amitié et de fraternité qui nous unissent. Si vous êtes en mesure de nous informer régulièrement de l'évolution de la situation, n'hésitez pas à le faire. Nous serons très attentifs à toutes vos suggestions et recommandations. Il nous semble important d'agir en concertation avec le Conseil des Conférences épiscopales européennes (CCEE) et la Conférence des Eglises européennes (KEK).
Recevez, Madame la Présidente et chère soeur, l'expression de nos encouragements les plus fraternels.
Pasteur Jean-Arnold de Clermont
Président de la
Fédération protestante de France
Monseigneur Louis-Marie Billé
Archevêque de
Lyon,
Président de la Conférence Episcopale de
France
Monseigneur Jérémie
Métropolite de
France
Président de l'Assemblée des Evêques
orthodoxes de France
Source(s) : FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE
Date de
parution : 25 février 2000
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org