Imaginaire, mémoire et espérance : une espérance à vivre, une société à construire, texte de réflexion n°5

Auteur(s) : ABEL Olivier

"UNE ESPERANCE A VIVRE - UNE SOCIETE A CONSTRUIRE"
Assises d'Octobre 1999

Imaginaire et espérance

Il faut critiquer l'imaginaire de la convoitise ou de la superstition qui empêche de traiter avec sobriété des problèmes éthiques et politiques qui se posent à nos sociétés : cette sobriété est d'ailleurs bien en quelque sorte l'idéal de la société calviniste. Mais j'ai peu à peu découvert dans mon travail d'éthicien le caractère irrépressible de cet imaginaire social, et c'est ainsi que j'ai été amené à respecter l'obligation de faire avec cet imaginaire. Ce que peut l'espérance, plutôt que de laisser le monde en l'état et de répondre au besoin d'idolâtrie et de tabous de nos sociétés, c'est d'ébranler et de refaire cet imaginaire commun, cet horizon d'attentes. Rouvrir des métaphores que l'on croyait mortes. C'est un travail et une dimension poétique de l'espérance, qui déborde ce faux usage de la promesse, qui consiste à faire un programme de société seulement pour gagner les élections !

Espérance et mémoire

L'espérance a aussi à voir avec nos politiques de la mémoire et de l'oubli. Il est un point où le devoir de mémoire comprend dans son impératif de se souvenir qu'il faut oublier. Ne pas oublier d'oublier. Seuls ceux qui ont encore assez de mémoire, d'ailleurs, se souviennent qu'il fallait oublier, comme les Français au tournant du XVIIème siècle pour lesquels l'Edit de Nantes avait une signification vitale. Cette génération disparaissant, on quitte la longueur d'onde du choc, le bord fuyant sur lequel l'oubli et l'histoire se décident. La prescription, d'ailleurs, et peut-être le pardon, ne sont rien d'autre que ce "délai d'effacement" nécessaire à l'établissement de la paix sociale, comme à celui de la vérité historique. Et ce délai varie probablement selon les sociétés : il est plausible que les sociétés trop vieilles ne puissent plus pardonner, réparer, oublier aussi facilement. Refaire place à l'espérance ? L'oubli certes touche à l'irréparable du malheur, car comment se souvenir de l'irréparable ? Mais il touche aussi à l'oubli des promesses fondatrices, et ce qui fait que les fondations ont toujours le statut quasi-mythique de "l'oublié". L'oubli alors, c'est ce qui permet la mémoire du bon, délivrée du mal. Et l'oublié est ce qui revient du mal, la promesse du bon qui l'initiait.

Frontières et centre

Comment ne pas définir la société par les frontières, par l'exclusion, mais par ce qui la porte de l'intérieur ? Dans chacune de ces propositions il s'agit de comprendre ce que nous disons en disant "nous". A quelles conditions pouvons-nous dire nous : nous "protestants", mais nous "citoyens". Un nous épique, où chacun sente en lui de quoi dire nous.

Olivier ABEL

Source(s) : BIP
Date de parution : 15-30 avril 1999


Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org