La culture religieuse et l'école : une prise de position de la Fédération protestante de l'Enseignement

Auteur(s) : FEDERATION PROTESTANTE DE L'ENSEIGNEMENT;FPE;KOHLER Janine;WIDMANN Jean-Claude;MONTSARRAT Violaine;GUENEAU Maurice;BOYER Anne-Marie

La Fédération protestante de l'Enseignement (FPE) se reconnaît dans les deux déclarations suivante :

- "L'attachement du protestantisme français à la laïcité de l'Etat et de l'école constitue une des sauvegardes de la liberté religieuse." (Synode national de l'ERF, 1983, Foi-Education n° 47)

- "Les tabous d'une laïcité mal comprise doivent disparaître: il n'est plus possible d'ignorer le fait religieux qui marque les sociétés et les hommes. Le respect des autres passe d'abord par la connaissance des autres et la religion fait partie de l'identité culturelle, en particulier chez de nombreux immigrés. Les élèves doivent aussi connaître le christianisme qui a profondément marqué notre civilisation et sans lequel des pans entiers de notre culture restent incompréhensibles". (Déclaration remise le 01.10.84 à M. Chevènement, ministre de l'Education nationale par M. Maury, président de la Fédération protestante de France. Foi-Education, n° 51).

Pourquoi la culture religieuse à l'école ?
- Elle est dans la tradition de l'école laïque à ses débuts.
Cf. en particulier, déclarations de Ferdinand Buisson et de Jules Ferry "ce que le gouvernement combat, ce n'est pas le catholicisme religieux mais le catholicisme politique".
La notion de laïcité ne s'oppose pas à la notion de spiritualité.
- Inculture religieuse partagée par élèves et professeurs en raison de la sécularisation de la société, de la désaffection des pratiques religieuses. A l'école d'assurer la transmission culturelle du christianisme: histoire, art, littérature, vocabulaire, mythes fondateurs, questions existentielles (la souffrance avec Job, par exemple).
- Même incroyants, nous sommes les héritiers de traditions religieuses qui représentent des richesses spirituelles, artistiques, morales.
- Présence d'élèves musulmans. La connaissance de leur culture passe par celle de leur religion.
- L'ignorance religieuse peut être facteur d'intolérance et de préjugés envers les autres. Une mauvaise connaissance de la religion peut aussi être source d'intégrisme et d'obscurantisme quand l'esprit critique fait défaut.
- Dans l'histoire, les religions ont été des facteurs politiques porteurs de guerres et d'injustices d'où notre tradition laïque. Aujourd'hui, les religions jouent un rôle important dans la politique mondiale soit comme facteur de résistance et de libération, soit comme sources de conflits. Leur connaissance est indispensable à une bonne compréhension de notre actualité.

Ce qu'elle n'est pas
- Ce n'est pas l'introduction d'ecclésiastiques dans la classe.
- Ce n'est pas le catéchisme qui est l'affaire des familles et des églises.
- Ce n'est pas un cours obligatoire en plus.
- Ce n'est pas l'impérialisme d'une religion: le christianisme majoritaire ou le catholicisme et le silence sur les minorités.
- Ce n'est pas le repli sur une identité religieuse pour se défendre contre les autres, islam en particulier.
- Ce n'est pas l'oubli de tous les courants de pensée qui ont façonné notre histoire: les Lumières par exemple.
- Ce n'est pas une mise à l'écart de l'héritage gréco-romain.
- Ce n'est pas un cours de morale.

Ce qu'elle devrait permettre
- Combattre les préjugés par la connaissance.
- Mieux se situer dans une société, avoir des repères symboliques, pouvoir donner sens à ce que l'on voit (édifices religieux, tableaux, événements politiques).
- Acquérir une vision pluraliste des expériences humaines et des croyances.
- Mieux comprendre les valeurs symboliques dont vivent certains hommes: les rites, le sacré, les interdits, les traditions.
- Redonner à des textes leur richesse fondée sur l'intertextualité. La Bible a marqué notre imaginaire même chez des écrivains non-croyants.
- Mieux voir comment les civilisations qui se succèdent transmettent leurs mythes, leurs images. Mieux saisir les métamorphoses qui s'opèrent au cours des siècles.
- Ouvrir la culture scolaire à d'autres dimensions que celles de la raison, de la science.
- Faire percevoir, deviner la signification existentielle des textes de la Bible, du Coran ou d'autres spiritualités pour des communautés entières ou pour des hommes célèbres (Bonhoeffer, M.L. King, Gandhi).

Que faire ?
- Respecter les programmes officiels.
Histoire de 6e et de 5e: judaïsme, naissance du christianisme, islam.
Dans le second cycle: les grandes religions, sans oublier les religions orientales.
Etudier les extraits de la Bible, du Coran ou autres textes fondateurs, qui se trouvent dans les manuels de français.
Proposer des recherches sur toutes les allusions bibliques trouvées dans les textes littéraires et philosophiques.
- Utiliser les foyers pour organiser des débats et inviter des spécialistes des questions religieuses.
- Visiter les lieux de culte de l'endroit: synagogues, temples, mosquées, églises.
- Examiner les faits religieux à travers toutes les disciplines: arts plastiques, musique, biologie, philosophie, lettres, histoire. Montrer qu'ils font partie de la culture générale, ne pas les isoler.
- Ne pas refuser le débat sur des questions religieuses avec les élèves (affaire dite des "trois foulards").
- Savoir entendre les convictions des autres. Rester à distance de ses propres convictions. Donner les éléments pour enrichir le débat. Ne pas faire la synthèse pour les autres.
- Etre très attentif au vocabulaire employé, qu'il soit respectueux de chaque conviction. Etre rigoureux dans les termes utilisés, bien noter ce qui est fait historique et affirmation d'une foi.

Et la Bible ?
- Il est normal qu'elle occupe une place majeure dans notre tradition judéo-chrétienne.
- Présenter le texte biblique comme tout autre texte, avec les mêmes exigences critiques. En faire une approche littéraire, le comparer à d'autres. Accepter que le matériau biblique ne soit pas sacré.
La Bible n'appartient à personne en propre, de nombreuses approches et interprétations sont possibles.
- Ne pas négliger les problèmes de tradition. Se tenir au courant des découvertes de l'exégèse biblique.
- Respecter dans la présentation des extraits bibliques la sensibilité du croyant et de l'incroyant. Faire comprendre, deviner ce que peut être pour certains l'expérience religieuse la notion de foi.
- Accepter le mystère, tout ne peut être expliqué: les miracles.
- Montrer, faire découvrir les exigences éthiques du texte étudié.
- Il serait utile de définir les éléments de culture biblique nécessaires au cursus scolaire aujourd'hui.

Evolutions souhaitables
- Inclure la culture religieuse dans la formation des maîtres, à l'Université, en I.U.F.M.
- Dans le cadre de Missions académiques à la formation, multiplier les stages proposant aux enseignants une formation aux religions.
- Que les manuels de littérature proposent plus de textes des cultures religieuses diverses.
- Que les programmes d'histoire du second cycle fassent une place légitime à la présentation des faits religieux dans le monde y compris en Orient et en Extrême-Orient.
- Parmi les modules d'histoire en seconde, offrir au choix des professeurs un module concernant les cultures religieuses.
- Encourager la production de documents pédagogiques destinés aux enseignants en ce domaine.
- Mettre à la disposition de enseignants et des élèves dans les bibliothèques: Bible, Coran, morceaux choisis de ces ouvrages, dictionnaires et études critiques en permettant un accès plus aisé.

Janine Kohler, président de la FPE avec la collaboration de J.C. Widmann, V. Monsarrat, M. Guéneau, A.M. Boyer.

Cette réflexion a été menée dans le cadre d'un colloque organisé à Strasbourg, les 26 et 27 novembre 1992, par le Groupe de recherche sur le droit français des religions.

Source(s) : BIP
Date de parution : 27 novembre 1992


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