Un séminaire sous-régional sur " le renforcement des capacités sur la dette en Afrique Centrale et le jubilé " s'est déroulé à Yaoundé au Cameroun du 10 au 12 Janvier 2 000. Il s'inscrit dans le prolongement des rencontres d'Accra, Rome, Gauteng et de Lusaka.
Ce séminaire était organisé conjointement par le Conseil OEcuménique de Eglises (COE), la Conférence des Eglises de Toute l'Afrique (CETA), la Fédération des Missions et Eglises Evangéliques du Cameroun (FEMEC) et le Service OEcuménique pour la Paix (SeP).
Outre les ressortissants des pays de l'Afrique Centrale et de l'Ile Maurice, étaient présents des personnalités ressources appartenant à diverses organisations du Nord et du Sud militant pour l'annulation de la dette (EURODAD, Uganda Debt Network, Jubile 2 000 Africa, Jubilee 2000 Africa Initiative).
Un consensus s'est dégagé autour des idées forces suivantes:
La dette des pays pauvres doit être annulée, en totalité ! C'est un préalable majeur pour la lutte contre la pauvreté, la misère et pour la reconquête de leur dignité.
Le combat pour l'annulation de la dette est un combat pour la justice sociale. Il vise à libérer la personne humaine du joug de la domination économique et de l'esclavage à perpétuité. C'est le combat de tous. La société civile doit y contribuer dans toutes ses composantes, sans exclusive.
La dette n'est pas simplement un problème économique. C'est fondamentalement un problème moral et éthique qui fait appel à des solutions diverses notamment d'ordres politique, juridique et social.
La situation des pays pauvres très endettés est plus que préoccupante. Ces derniers se recrutent pour la plupart en Afrique subsaharienne et aucun pays de la sous-région Afrique Centrale n'y échappe. Des données de la Banque Mondiale, il ressort que la totalité de la dette extérieure cumulée en 1995 des pays concernés (Burundi, Cameroun, Congo Brazzaville, Gabon, Guinée Equatoriale, République Démocratique du Congo, République Centrafricaine, Rwanda et Tchad) avoisine le faramineux montant de 40 mille millions de dollars US.
Cette concentration de la panade dans ce point du globe n'est pas le fait de la malédiction ou de la fatalité, mais la résultante des méfaits du capitalisme à outrance, de l'arbitraire des termes de l'échange, de l'égoïsme des gouvernements, et de la supercherie des créanciers.
40 à 50% des recettes budgétaires desdits Etats est consacré au remboursement de la dette, auxquels s'ajoutent les dépenses engagées dans l'achat des armes ; les programmes d'ajustement structurel (PAS) engendrent des coupes sombres dans les budgets sociaux destinés à la santé et à l'éducation, la surexploitation des ressources naturelles ne profite pas aux populations qui en subissent plutôt les dramatiques consequences sociales et écologiques. La mort de millions d'individus pourrait être évitée si les sommes destinées au remboursement de la dette étaient utilisées à des fins plus justes et humaines.
C'est pourquoi le maintien, sous quelque forme que ce soit, de la dette des pays pauvres est inacceptable !
Tel est notre point de vue. Nous, participants à la rencontre de Yaoundé, inspirés de la tradition jubilaire de la Bible (Lévitique 25 : 10-17; Néhémie 5 :11 ; Luc 4 :16-20 ) et de l'action de nombreuses organisations et personnes à travers le monde, militons en faveur d'une annulation totale de la dette et soutenons le Mouvement du Jubilé.
La tenue du séminaire à la suite du dernier sommet du G7 de Cologne en Allemagne, aux résolutions mitigées, s'est avérée une occasion intéressante de faire le point sur la lutte contre l'endettement, d'évaluer les actions du " jubilé 2000 ", d'explorer les stratégies et orientations d'avenir. Il fallait dans cette optique, s'interroger sur le retard qu'accusent les pays francophones par rapport aux pays anglophones et réfléchir sur les voies et moyens de sortir la sous-région Afrique Centrale de sa léthargie.
C'est fondamentalement en vue d'aboutir à un renforcement des capacités de la sous-région en matière de connaissance des problèmes de l'endettement, que la rencontre de Yaoundé s'est entre autre assignée pour objectifs:
Outiller les ressortissants de la sous-région en vue d'une plus grande mobilisation des masses et les aider à promouvoir des actions et initiatives constructives, en tenant compte des réalités propres de leur pays respectif;
Impulser l'intégration de la sous-région dans la coalition mondiale du jubilé;
Définir les modalités d'une participation plus efficiente à l'échelon global tout en examinant dans un perspective plus large les problèmes spécifiques de la sous-région.
A l'issue des travaux, il a été, solennellement et à l'unanimité convenu de ce qui suit:
La nécessité d'aller au-delà des objectifs du Jubilé pour situer le débat sur la dette dans le cadre plus large de la lutte pour la justice économique et sociale;
La structuration dans l'espace et dans le temps des actions du jubilee dans la perspective d'un combat de longue haleine;
La construction de coalition nationale et d'un réseau sous-régional fort et bien organisé;
La mobilisation effective de tous les acteurs sociaux: Etats, ONG, Syndicat, Associations religieuses, Partis politiques;
L'instauration d'un dialogue et d'un partenariat critique entre la société civile et le gouvernement;
Le renforcement de la participation de la société civile aux négociations sur la dette;
La démystification de la question de l'endettement par une large diffusion des informations;
L'éducation et la sensibilisation des masses avec des moyens didactiques appropriés;
La mise sur pied d'une organisation et d'un réseau destiné à oeuvrer au rapatriement rapide des fonds publics illégalement expatriés;
L'intensification de la lutte contre la pauvreté, les inégalités sociales et la corruption;
La conception et la mise en oeuvre d'un plan d'action adéquat;
L'élaboration d'une stratégie et d'une plate-forme commune dans la perspective des échéances prochaines; notamment le sommet de l'OUA de juin 2000 à Lomé et celui du G7 au Japon en Juillet 2000.
La finalité de cet ensemble de mesures est d'aboutir à une annulation totale et à brève échéance de la dette des pays pauvres, des pays en développement dans leur totalité. Ce n'est pas une question de charité, c'est une question de justice.
Fait à Yaoundé, le 12 Janvier 2000
Source(s) : CONSEIL OECUMENIQUE DES EGLISES;COE
Date de parution : 12 janvier 2000
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org