Auteur(s) : COLLANGE Jean-François;
Exposé de Jean-François COLLANGE
professeur d'éthique à la Faculté de Théologie de Strasbourg
J'ai, en fait, eu plus de mal que je ne l'imaginais à organiser un propos pertinent. Vous jugerez vous-mêmes du résultat. Je vous propose tout d'abord d'essayer de cerner la ou les questions. Face au champ de réflexion ouvert, on pourrait évoquer bien des éléments, tant d'un point de vue juridique, sociologique que théologique. Il me faudra donc tenter de cerner les questions en un premier temps. Dans un deuxième temps, j'essaierai d'élaborer très schématiquement un modèle théologique pour travailler ces questions. Et, dans une troisième partie, j'évoquerai un certain nombre de conséquences de l'application de ce modèle théologique au rapport DEKEUWER-DEFOSSEZ.
1. Les questions en cause
I1 faut partir du texte qui nous est présenté, à savoir le rapport DEKEUWER-DEFOSSEZ, portant le titre Rénover le droit de la famille. Propositions pour un droit adapté aux réalités et aux aspirations de notre temps. Il s'y agit de réfléchir aux rénovations possibles du droit, relatives à la famille face aux mutations de notre temps. Quelles sont ces mutations ? Le rapport lui-même s'appuie notamment sur un rapport précédent, présenté un ou deux ans auparavant par Irène THERY portant sur Couple, filiation et parenté aujourd'hui. Le droit face aux mutations de la famille privée, synthèse d'un certain nombre d'autres études qu'il n'est pas utile de détailler ici.
Les mutations auxquelles nous sommes confrontés aujourd'hui sont de deux ordres et, de façon conséquente, le rapport DEKEUWER-DEFOSSEZ essaie d'y faire face. Tout d'abord, nous nous trouvons face à des familles que, selon les appréciations et les jugements, on pourra appeler à "géométrie variable" ou "éclatées". D'où une prolifération de modèles et des réaménagements plus ou moins lâches entre les personnes formant cette ou ces familles. Cette nouvelle donne s'exprime ne serait-ce qu'au niveau du vocabulaire, inventant de nouvelles expressions qui n'existaient pas il y a peu. On parle ainsi de "familles recomposées", terme qui aurait été tout à fait incompréhensible il y a 30 ou 40 ans; de "familles monoparentales", ce qui exprime bien la réalité d'aujourd'hui, mais se présente de façon tout à fait inédite, etc.
Par ailleurs, la réalité de ces familles à géométrie variable se complexifie par le recours à l'Assistance Médicale à la Procréation, du fait que les "parents" ne sont pas les parents. Qui sont les vrais parents dans ces cas-là ? Prenons encore un autre modèle (éventuel certes mais encore troublant): celui des familles d'homosexuels. On est donc passé d'une famille une (même si on pouvait imaginer quelques variations relatives aux liens qui l'unissaient) à des familles, à une série de modèles, quasi infinis, en tout cas, extrêmement diversifiée et aux liens très distendus. C'est la première grande mutation sociologique à laquelle nous sommes conduits à faire face, en tant que citoyens, puis en tant que chrétiens et théologiens.
La deuxième grande mutation (c'est peut-être la grande originalité ou une particulière originalité du rapport THERY de l'avoir mise en lumière) tient dans le fait que la famille est le croisement de deux réalités: à savoir une réalité de type horizontal, entre deux personnes (un mari - une femme, c'est la conjugalité) et une ligne d'ordre plus vertical, qui est celle de la descendance et de la filiation. Cette réalité appartient à la nature même de la famille. Mais, et c'est ce que met bien en lumière Irène THERY, nous sommes passés d'un accent, disons traditionnel, mis sur le mariage, c'est-à-dire sur l'aspect horizontal de la famille, à une accent porté sur la ligne verticale de la filiation et de la parentalité. Aujourd'hui, on se veut beaucoup plus libéral en matière de liens de couple, alors que la morale spontanée, populaire (qui est la nôtre aussi) est beaucoup plus soucieuse de la protection des enfants.
Un exemple de ce basculement est particulièrement bien mis en avant par Jean-Claude GULLEBAUD dans son livre
La tyrannie du plaisir.
Il y montre de façon frappante que notre société, si libérale (au moins imaginairement) au niveau des relations sexuelles de type conjugal ou entre adultes responsables, se montre moralisante à l'extrême en ce qui concerne les relations avec les enfants. "Touchez pas aux enfants !" est son mot d'ordre et il ne souffre aucune mise en cause.De ce fait, les atteintes de type pédophile apparaissent spontanément comme le crime par excellence que rien ne peut excuser.La question que l'on pourrait se poser, de façon distanciée évidemment, serait d'essayer de comprendre pourquoi dans des sociétés traditionnelles le crime des crimes pouvait (ou peut encore dans certaines cultures contemporaines) être l'adultère, alors que la façon, dont sont ou étaient traités les enfants ne soulevait pas de passions particulières. Or actuellement justement, les relations de type horizontal sont abordées avec une grande ouverture, un grand laxisme (sans doute une trop grande ouverture et un trop grand laxisme), mais tout ce qui touche à la relation à l'enfant apparaît comme sacré.
Voilà, me semble-t-il, les deux grandes mutations auxquelles notre société doit faire face. Elles ont forcément des implications au niveau du droit: d'une part pour ce qui est de la multiplication des modèles familiaux et, de façon mécanique, de la distension des liens qui y règnent. (Lorsque vous avez un seul modèle les liens sont très forts; plus il y a de modèles, moins les liens sont fermes - c'est presque de la physique). Il y a, ensuite, le basculement de l'accent horizontal vers l'accent vertical.Les questions qui se posent alors, au point de vue moral, sont les suivantes: comment évaluer ces mutations ? Quelle valeur leur donnons-nous ? Sont-elles acceptables et dans quelles mesure ? Et puis, deuxième type de questions: quelles en sont les conséquences ?
Il est clair qu'avec des bouleversements de cette ampleur le problème des repères se pose. Cette question ne concerne pas seulement les jeunes, comme on a trop facilement tendance à le dire; elle concerne tout le monde. I1 suffit de regarder dans nos propres familles la façon dont on apprécie ou dont on gère certaines évolutions et certaines situations. Selon quels repères ? Et puis, les repères vacillant et n'étant plus fermement définis, des questions se posent, liées au désarroi, parfois même à la violence qui n'est souvent qu'une des manières de répliquer à la perte de repères. Voilà pour les questions morales.
2. Une approche théologique protestante
J'en viens à ma deuxième partie: comment, face aux questions évoquées, prononcer une parole théologique relevant de la tradition protestante ? Là encore les choses ne sont pas simples.
Claude GRELLER vient de rappeler la tradition populaire mal intentionnée et fausse qui fait de LUTHER un Réformateur poussé par le désir d'assouvir je ne sais quel "Eros" sexuel particulier. C'est évidemment absurde, mais quelque chose de juste se cache derrière cette présentation fausse: en perspective protestante le mariage est "désacramentalisé".
C'est là un point fort de la théologie du mariage des réformateurs: désacramentaliser ou désacraliser. L'élément décisif tient en ceci: le mariage appartient, en perspective protestante, à l'ordre de la création et non pas à celui de la rédemption ou du salut. (La distinction entre ces deux ordres correspond, d'une certaine manière, à la distinction complexe et importante pour les Réformateurs entre Loi et Evangile, mais je ne poursuivrai pas plus longtemps dans cette voie). Disons ici que le mariage est effectivement, dans la perspective des Réformateurs, de l'ordre de la Loi et du donné créationnel. De ce fait, il doit bénéficier, à l'aune théologique, d'une certaine autonomie, d'une certaine mise à distance.
Dans cette perspective, en ce qui concerne le mariage et la famille, le théologien n'est pas immédiatement à son affaire. Le mariage et la famille appartiennent à l'ordre de la création et bénéficient de ce fait d'une autonomie qui conduit à une certaine " laïcité ". Pourtant, si l'appartenance d'une réalité humaine (en l'occurrence la famille ou le mariage) à l'ordre de la création "décléricalise" cette réalité et lui donne une autonomie relative, cette autonomie n'est pas totale. Pourquoi ? Parce que, lorsqu'on parle d' ordre créationnel, on continue à parler d' ordre et de création. La création est ordonnée; elle n'est pas le chaos, tout et n'importe quoi.
Les théologiens protestants au long des quatre siècles d'histoire du protestantisme, avec plus ou moins de bonheur et plus ou moins de variété, se sont efforcés d'imaginer des théories relatives aux "ordres de la création", en vertu desquels, il fallait que la création, toute autonome qu'elle soit, ne se défasse pas, ne se "décrée" pas, ne se suicide pas, ne sombre pas dans l'entropie.
Traditionnellement, les quatre grands ordres de la création, repérés au cours des quatre siècles de l'histoire du protestantisme, sont respectivement:
1/ Le travail. On pourrait parler aujourd'hui de l'ordre socio-économique. Une conception trop étroite du travail paraît désuète et contestable, mais il est indéniable qu'un ordre socio-économique structure le processus créationnel.
2/ L'Eglise. Cette évocation paraît complètement ringarde, mais si on élargit le terme traditionnel dans une perspective qui inclut la spiritualité et la culture, on comprend mieux de quoi il peut être question. Il n'y a pas d'ordre créatural sans une certaine organisation spirituelle, religieuse et culturelle.
3/ Evidemment, l'Etat et la vie civique et politique.
4/ Le mariage et la famille.
Le droit lui-même s'intègre à ces ordres, dans la mesure où il est appelé à structurer la réalité humaine et la société, à sa manière et selon l'équité.
Les conséquences de cette approche créationnelle (inscrivant théologiquement les problèmes de la famille, du couple, de la filiation, de la parentalité dans l'ordre de la création) sont alors de deux ordres:
. d'une part, il faut reconnaître à ces réalités, par rapport à la parole prêchée, à l'Evangile et à la foi, une réelle autonomie
· mais d'un autre côté, il convient de soutenir et de maintenir que toute réalité de la création demande à être cultivée. Il vaut la peine d'insister sur ce point, là où l'on a l'habitude d'opposer (comme en d'autres domaines) nature et culture. Cette tendance est particulièrement renforcée lorsque l'on se trouve face aux positions marquées par le catholicisme, qui insistent beaucoup sur la nature, notamment celle de la sexualité ou du mariage.
Or il faudrait sortir de cette manière de poser les problèmes et insister sur le fait que famille, parentalité et conjugalité, relevant de la création et non simplement de la nature, ne sont pas vraiment des données "naturelles". Elles relèvent de ce qui est donné (elles sont des données ou un donné), qui demande - comme tout donné (en tous les sens du verbe) de la création - à être cultivé. Dès lors, la véritable question éthique tient dans le fait de fixer les modalités de la culture de ce donné-là.
Il est vrai que, toujours selon un modèle d'approche théologique protestante, il ne suffit pas de dire que la famille est une réalité qui appartient à la création. Si l'on se réfère aux Epîtres de Paul - et notamment à propos des questions de mariage ou de rapports enfants-parents -, Paul insiste sur la nécessité d'accomplir ce que la morale courante exige (même païenne, "naturelle" ou, plus exactement, "cultivée"). Mais il ajoute qu'il faut se plier à ces exigences "en kuriô", "dans le Seigneur". Ce que le christianisme et la foi chrétienne peuvent apporter à ce niveau-là, c'est l'accent mis sur cette espèce de brèche, de coin, qui vient se ficher dans le donné créationnel et qui porte le nom de "en kuriô". Le "en kuriô" ("dans le Seigneur") confirme et assume le donné créationnel, l'approfondit et le subvertit à la fois, mais ne le détruit pas.
En résumé, on peut dire que l'éthique protestante exige que l'on cultive le donné de la création, culture qui demande à être éclairée, approfondie et subvertie -si besoin est - par l'Evangile.
3. Le rapport Dekeuwer-Défossez au regard d'une éthique protestante
Comment appliquer la rencontre entre les mutations de notre société relatives à la famille et le modèle théologico-éthique présenté ci-dessus à grands traits ? C'est là la tâche de l'ensemble de notre journée de travail. Je me contenterai pour ma part d'évoquer 9 axes de réflexion ou de recherche.
1/ I1 faut admettre que le donné créationnel est susceptible, comme le monde créé et a fortiori le monde des humains, d'évolution et de plasticité. I1 n'y a, théologiquement, aucune raison de s'effrayer ou de réagir a priori négativement face à ces évolutions. Par contre, ces évolutions et cette plasticité demandent à être cultivées, selon l'ordre de Genèse 2/15. La famille - donné social entre bien d'autres - peut être assimilée au "jardin d'Eden", confié à " la garde et à la culture " de l'être humain. Pour être éthique cette exigence de culture du donné de la création doit être de la responsabilité de la société toute entière. Il ne peut pas y avoir d'éthique imposée par un magistère de spécialistes, d'experts ou de clercs; ce que tend trop à devenir l'éthique aujourd'hui. L'éthique ne peut être l'éthique que dans la mesure, où elle est l'affaire de tous, ou en tout cas du plus grand nombre. Nous n'avons donc pas, en tant que Fédération Protestante de France, ou en tant que famille spirituelle du pays, à nous approprier l'éthique et à prétendre en avoir le monopole. Notre tâche consiste plutôt à aider à la culture du donné, mais non pas à nous l'approprier et à nous faire les défenseurs du bien de tous.2/ L'exigence de culture consiste, en l'occurrence, tout d'abord dans l'attention à accorder au donné. On aurait intérêt à substituer ce terme de donné aux réflexions traditionnelles sur la nature. BONHOEFFER avait senti le problème, lorsqu'il mettait en avant le terme de "naturel" (et non de "nature").
Mais il faut faire un pas de plus et abandonner la terminologie de la "nature", contestable et piégée.(Sous réserve de vérification, il m'étonnerait beaucoup que le terme de "nature " joue un rôle éthique dans la Bible). La création est un donné. Qu'est-ce que cela signifie ? Réfléchir sur les données du monde et de la vie en termes de don revient à voir que ceux-ci s'imposent à qui les reçoit et s'apprête à les cultiver en fonction d' une logique du don. On en trouve une analogie dans le fait que la présence d'une personne (donnée s'il en est !) impose un certain nombre de limites et de contraintes, pousse au respect et à la sollicitude. Savoir être attentif au donné consiste dès lors à l'accueillir en tant que donné et à le respecter. Cultiver ce même donné consiste à en faire émerger toutes ses potentialités de liens. En fait, le donné de la création est moins structuré que relié, c'est une potentialité de liens. Cultiver le donné de la création ,c'est cultiver des liens. Ainsi doit-il en aller tout spécialement pour la famille, dont le droit se doit de protéger les liens qui s'y tissent et qui la constituent.3/ La famille se définit par la rencontre de la conjugalité et de la parentalité. C'est ce qui fait son originalité et sa richesse. C'est par le lien particulier entre conjugalité et parentalité que commence la culture du donné créationnel. La famille constitue une matrice toute particulière pour l'articulation de ce que j'ai appelé tout à l'heure l'axe horizontal et l'axe vertical des rapports interpersonnels. En ce qui concerne le droit, tout laïque qu'il doive être, il lui appartient de protéger et de stimuler ce lien à la croisée des deux axes. Tout ce qui tend à un découplage entre conjugalité et parentalité est contestable et appelle le rejet. Tout ce qui permet d'adapter, de rendre plus pertinent ce lien-là, doit être soutenu et promu.
4/ En ce qui concerne la protection de l'enfant, on ne peut que vouloir qu'elle s'affirme et se développe au mieux. Oui à l'égalité des statuts des enfants. L'évolution actuelle rend obsolète la distinction entre enfants naturels et légitimes.
5/ La question est plus complexe en ce qui concerne les liens de parentalité. A cet égard, il faudrait accorder une importance toute particulière au couple père-mère. La culture du donné créationnel conduit à insister sur l'importance de cette liaison-là. C'est une bonne liaison ! I1 convient ici d'insister sur la dualité décisive et structurelle entre un père et une mère: le donné est tel ! Pour peu que la famille soit comprise comme culture de liens entre des différents, il n'est pas indifférent qu'à l'origine se trouvent bien un père et une mère différenciés sexuellement. De la même façon il faut souligner - le rapport le fait à sa manière - la nécessité de la présence du père. Nous sommes face à une évolution, qui tient de la dérive, à savoir l'effacement des pères. Est-ce ma propre subjectivité qui s'exprime ? Mais pourquoi n'aurait-elle pas le droit de parler ? A tous égards les problèmes de violence, qui sont une question récurrente actuellement, sont largement liés à l'effacement des pères. L'évolution du droit s'apprête-t-elle à redonner au père toute la place qu'il doit avoir ? Certes, celle-ci ne saurait être supérieure à celle de la mère, mais pourquoi devrait-elle s'effacer au point de devenir souvent nulle ?
Relativement à la culture des liens de parentalité, il faudrait encore évoquer la question de la parentalité homosexuelle et celle des origines de l'enfant. La technique permet actuellement une multiplication des origines, distinguant le père naturel, le père légal, le père adoptif, etc. Selon le rapport D.D., le caractère problématique de ces questions se trouve renforcé du fait que l'on ne traite pas de la même façon l'accès à l'origine du côté de la mère (accouchement sous X maintenu) et du côté du père (possibilité de lever le secret relatif au donneur de gamètes). Pour le bien de l'enfant, s'il devait y avoir nécessité pour lui de connaître son père (biologique), ne serait-il pas tout autant nécessaire de connaître sa mère ? On voit comment la culture des liens de parentalité se révèle complexe et délicate.
6/ I1 convient de réaffirmer sans complexe la nécessité du lien entre plaisir, jouissance et sexualité, d'une part, tendresse, affection et fidélité, de l'autre; comme entre vie affective et institution. L'espèce d'éclatement et de morcellement, qui semble être celui de l'air du temps, consiste à dissocier ces éléments. I1 n'y aurait aucune ringardise, pourvu que l'on choisisse les termes, à réaffirmer qu'il appartient aussi à l'exigence de culture du donné créationnel que d'établir des liens entre ces divers éléments.
7/ N'étant pas juriste, je suis incapable d'entrer dans le détail des propositions du rapport DEKEUWER-DEFOSSEZ, mais faciliter le divorce ne me paraît pas une mauvaise chose pour encourager le mariage. J'ai l'intuition que pas mal de jeunes ne s'engagent pas dans l'institutionnalisation de leur couple, en partie parce que les difficultés de sortie les dissuadent d'y entrer. A priori, je ne suis pas effarouché par l'idée de faciliter le divorce pour encourager le mariage.
8/ Un élément m'a frappé à la lecture du rapport D. D.: l'importance considérable qu'y jouent les biens matériels. L'éthicien a tendance à trouver cette importance disproportionnée, mais il faut bien reconnaître que la vie est faite de cela. Si l'homme ne vit pas seulement de pain, il vit bel et bien de pain aussi. Et les questions de partage des biens, de prestation compensatoire (on parlait autrefois de pension "alimentaire") sont incontournables et - comme bien des affaires matérielles - demandent une minutie nécessaire, mais parfois démesurée. D'où l'opportunité du rappel du principe mis en avant par Jésus: "La loi est faite pour l'homme et non pas l'homme pour la loi." Rappeler les questions des biens, c'est bel et bien, mais pas au détriment de la qualité des liens et du respect de la dignité et de la sensibilité de chacun .
9/ Placer le mariage dans le domaine du donné créationnel, ne retire rien à l'importance et à la force du "èn kurio", présenté comme " coin " qui vient s'insérer au coeur de la réalité humaine. Nous n'avons pas à mettre ce "dans le Seigneur" dans notre poche. Mais l'exigence qu'il recèle s'ajoute à l'exigence de la culture du donné créationnel, l'assume, l'approfondit et - éventuellement- le subvertit. Certaines exigences peuvent fort bien ne pas relever de la Loi/loi (de la morale sociale laïque) et demander à être approfondies "dans le Seigneur", voire subverties, si cela s'avérait nécessaire. Se poserait alors la question de la détermination du point de rupture, des conditions et des formes de la subversion. Mais c'est là un autre débat qui ne ressort pas directement de l'étude du rapport qui a sous-tendu la présente réflexion.
Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 11 mars 2000
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org