Le mariage et le divorce : considérations bibliques et théologiques

Auteur(s) : JOHNER Michel;

Exposé de Michel Johner
professeur d'éthique à la Faculté de Théologie Réformée d'Aix-en-Provence

Sommaire

La formation du couple est un sujet qui n'a jamais laissé la théologie chrétienne indifférente. Celui-ci a toujours été, à ses yeux, le lieu d'une promesse, le lieu privilégié dans lequel hommes et femmes sont appelés à vivre et à manifester une partie significative de l'amour de Dieu.

L'Ecriture Sainte, elle-même, est loin d'être muette sur la question du mariage. Même si elle s'exprime peu sur le mariage en tant qu'acte (la formation du mariage), elle est très prolixe, par contre, sur le mariage en tant qu'état (l'alliance conjugale qui en résulte). Le thème de l'alliance est présent à tous les stades de l'histoire de la Révélation: c'est continuellement en termes d'alliance conjugale que le Seigneur parle du lien qui l'unit à son peuple.

Dans le prolongement d'Ephésiens 5, c'est aussi à l'école du Christ (se remémorant la façon dont il s'est livré pour son Eglise) que les époux sont appelés à découvrir la portée de l'amour conjugal: amour gratuit, qui ne s'exerce pas nécessairement à cause des qualités du conjoint ou du bénéfice qu'on en reçoit, mais aussi parfois en dépit de ses défauts et de ses torts, en dépit du prix qu'il peut en coûter ! L'exemplarité du Christ est déterminante en la matière.

Sont aussi à prendre en considération, les nombreux discours bibliques qui parlent du mariage par voie de négation! Parfois, il y a certaines évidences qui s'explicitent mieux par la négative que par la positive, et peut-être que le mariage est de celles-là. La Bible est sans doutes plus explicite, plus directe, sur la question de l'adultère, du divorce et de la répudiation (cf. les précisions du Christ sur les modalités juridiques de la répudiation) que sur celle du mariage lui-même. Mais, ce faisant, c'est toujours du mariage dont elle nous parle!

La fondation et la clé de voûte

La pierre fondatrice de la théologie biblique du mariage se trouve, sans aucun doute, en Genèse 2:24 "L'homme quittera son Père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair". Ce sont là les paroles (dites "de l'institution du mariage") auxquelles Jésus lui-même s'est référé à plusieurs reprises dans les Evangiles, lors de ses controverses avec les pharisiens, dans le but de rappeler à ses interlocuteurs oublieux quel est le sens et la portée du mariage. C'est également en référence à ces paroles que Jésus a fait cette autre déclaration, extrêmement importante sur le plan théologique: "que l'homme, donc, ne sépare pas ce que Dieu a unit" (Mt 19:6 Mc 10:9)....expression de l'ordre immémorial du mariage, dont le Seigneur ordonné, dans l'Epître aux Hébreux, "qu'il soit honoré de tous"(13:4).

Maintenant où trouver la clé de voûte de cet édifice ? De toutes évidences, ce sont les paroles de Paul aux Ephésiens: "Maris, aimez chacun votre femme comme le Christ a aimé l'Eglise et s'est livré lui-même pour elle, ...." (Eph. 5:25 à lire en entier jusqu'au verset 33 !) lesquelles sont certainement les paroles les plus riches qui n'aient jamais été prononcées, dans la Bible, à propos du mariage. C'est elles qui dévoilent de la façon la plus explicite toute l'amplitude de son relief, et énoncent aussi les différentes implications théologiques et morales qui sont les siennes.

La notion clé qu'exprime l'apôtre, ici, c'est celle d'une continuité, ou d'une analogie, entre l'union du Christ à son Eglise et celle de l'homme et de la femme au sein du mariage. C'est l'idée que les époux sont appelés à s'aimer et à s'unir de façon analogue à celle dont Dieu a aimé son peuple en Jésus-Christ !

Cette analogie ne saurait être considérée comme une invention de l'apôtre Paul ou du christianisme tardif. La "métaphore conjugale" (ainsi qu'on la désigne) est présente en réalité à toutes les étapes de l'histoire de la Révélation, que ce soit dans la Genèse, chez les Prophètes (grands et petits), dans l'Evangile (le symbolisme des noces), dans les Epîtres apostoliques, comme aussi dans l'Apocalypse. Des livres entiers, comme celui du prophète Osée, sont construits sur ce thème.

Cette analogie est, à mon sens, une des clés les plus importantes de la théologie chrétienne du mariage. C'est elle qui permet notamment d'en articuler les différents paramètres, comme l'exigence monogamique, l'engagement à vie, la nature non incestueuses de l'union, sa dimension hétérosexuelle, son ouverture à la transmission de la vie ou encore sa dimension sociale et publique (autant de paramètres qui pourraient faire l'objets d'exposés spécifiques).

La portée du lien conjugal

A. L'amour se donne où il n'est pas

Certains des arguments allégués aujourd'hui en faveur de l'union libre peuvent paraître assez séduisants, et se réclamer d'une certaine moralité ou spiritualité, dans la mesure où ils revendiquent une vision du couple d'apparence plus élevée et exigeante pour les partenaires que celle du mariage traditionnel. Est à relever, par exemple, l'intérêt porté à un engagement qui ait besoin de se réaffirmer constamment, qui ne puisse dissimuler ses affaiblissements derrière l'écran d'une institution, quelle qu'elle soit. L'amour dit-on, est libre, ou il n'est pas!

Aussi respectable soit-elle, il subsiste néanmoins dans cette idée du couple une faiblesse importante, sur laquelle l'Evangile vient mettre le doigt: c'est qu'au coeur de l'amour authentique, et tout particulièrement au coeur de l'union conjugale, se trouve le don de soi ! Or, ce don ne peut être authentique que s'il est total et sans réserves. Là où le don est partiel ou limité, il n'est plus, ou menacé de devenir un calcul, une relation "économique" dans laquelle les partenaires ne se "donnent pas" (à proprement parler) mais se "prêtent" l'un à l'autre de façon momentanée ! On passe rapidement, dans ce domaine, de la perspective évangélique du don, à la perspective économique du prêt !

"Maris, aimez chacun votre femme, comme le Christ a aimé l'Eglise, et s'est livré lui-même pour elle ! (Eph 5:25). Dans cette perspective, lorsqu'on aime d'un amour authentique, on n'éprouve pas le besoin de "se réserver des portes de sorties au cas où". Il y aurait là une contradiction dans les termes. En tous les cas, ce n'est pas de cet amour-là que Dieu nous a aimé ! Au défenseur de l'amour libre qui disait plus haut "l'amour est libre ou il n'est pas", l'Evangile rétorque: "l'amour se donne ou il n'est pas" !

Ce don de soi se manifeste dans l'espace: il exprime l'indisponibilité des époux à l'égard d'autres partenaires éventuels, il ferme la porte (en principe définitivement) aux autres choix potentiels.

Ce don de soi se manifeste aussi dans le temps: le mariage est la volonté d'inscrire le choix amoureux dans la durée: de donner à cette union une continuité, une pérennité historique ("jusqu'à ce que la mort nous sépare..." dit la liturgie du mariage). Le mariage, parce qu'il est promesse de fidélité, établit un certain rapport entre l'amour et le temps. Il inscrit l'espérance conjugale dans la durée. Il manifeste la patience d'une histoire commune. Le propre du mariage, c'est de poser, au départ, un rapport entre le désir et la durée nécessaire à son accomplissement. Il est beaucoup plus que la réunion libre, provisoire et révocable de deux consentements amoureux.

Comme l'a écrit un prédicateur protestant: "Il n'y a pas d'alliance vraie, ni d'amour véritable, si on les met au pluriel et si on ne sait pas offrir à celui ou celle qu'on aime, non seulement son passé, son présent, mais surtout son avenir, c'est-à-dire son devenir et sa liberté !"

B. Une alliance qui engage la vie

Il est dans la nature-même du mariage d'engager la vie de ceux qui le contractent. Il est conclu pour les bons et pour les mauvais jours. Il est comme un chemin dans lequel les époux s'engagent pour ne plus revenir en arrière.

Les Prophètes, en particulier, ont été très prolixes dans l'Ancien Testament pour souligner le caractère indéfectible du mariage de Dieu avec son peuple. A plusieurs reprises, Dieu a bien été "tenté" de répudier son épouse indocile et infidèle ! Il va même, dans un mouvement de colère, jusqu'à la menacer de divorce (Jér 3:8). Mais cette déclaration est tout de suite corrigée dans le même chapitre (vv 12 ss): "Reviens, inconstante Israël, je n'aurais pas pour vous un visage sévère car je suis bienveillant, reconnais seulement ta faute". Le coeur de Dieu saigne. Il ne peut prendre parti de la séparation: "Parce que je t'aime d'un amour éternel, je te conserve ma bienveillance" (Jér 31:3) "L'Eternel te rappelle comme une femme abandonnée dont l'esprit est affligé. La compagne de jeunesse peut-elle être répudiée? dit ton Dieu. Un court instant je t'avais abandonnée, mais avec une grande compassion je te recueillerai. Dans un instant d'indignation je t'avais un instant dérobé ma face. Mais avec un amour éternel j'aurai compassion de toi, dit ton Rédempteur, l 'Eternel" (Esaïe 54: 6 -10)

Cette conviction des prophètes eut également des retombées sur leur vision du mariage, appelé à en être le reflet, comme par exemple en Michée 2:16: L'Eternel a été témoin entre toi et la femme de ta jeunesse, celle (...) avec laquelle tu avais contracté alliance. Je hais la répudiation, dit l'Eternel. Prenez garde à vous-mêmes, et ne soyez pas infidèles".

C. Afficher une espérance commune

Il est certain qu'aucun individu n'est maître de sa vie. Le seul fait de se marier, et même de se marier religieusement n'apporte pas au couple de garantie de pérennité ! Mais il n'empêche que se marier, c'est afficher au départ, dans la foi, la volonté de partir gagnant ! Il n'est pas dans l'intention des époux de se séparer à la première difficulté, ni à la deuxième ! Quels que puissent être les aléas de leur existence ultérieure, ce que les époux expriment par leur mariage, devant Dieu et devant les hommes, c'est leur espérance commune de les surpasser.

Par contre, en union libre, même si la durée de la vie commune installe progressivement l'évidence du lien, la réversibilité du choix du partenaire reste à tout instant possible. Jusqu'au terme de leur histoire commune, les partenaires garderont ouverte la possibilité de se retirer de l'union

Les limites du lien conjugal

A. L'enseignement des Evangiles

Ceci dit, dans l'Ecriture, un certain nombre de limites seront également reconnues au lien conjugal. Il s'agit notamment de la clause d'exception évoquée à deux reprises dans l'Evangile de Matthieu (Matth. 5:32 et 19:9), lorsque Jésus interdit le divorce (et donc le remariage) "sauf pour cause d'infidélité".

Sur la portée exacte de cette clause d'exception se sont exprimées une très grande diversité d'opinions parmi les exégètes et moralistes. La difficulté tient essentiellement au fait que le mot grec utilisé par l'Evangéliste (porneia) conserve une grande imprécision (traduit généralement par inconduite ou infidélité). Ce qui reste indubitable, c'est que par rapport à la pratique juive de l'époque et à la morale laxiste des interlocuteurs de Jésus, la clause d'exception qu'il énonce correspond à un accroissement de rigueur, à une limitation de la légitimité de la séparation à un cas très particulier et spécifique.

Jésus réprouve ici la conduite du mari volage qui en prendrait à son aise avec la loi sacrée du mariage, en prenant prétexte d'un "plat brûlé" (selon le Talmud) pour répudier son épouse.

De même, en Marc 10:1-12, aux juifs qui s'autorisent de Moïse (Deut 24) pour répudier leurs femmes, Jésus oppose que Moïse, en formulant cette permission, s'est tenu sur le terrain du relatif, et non de l'absolu de la Loi de Dieu. Il souligne que cette disposition légale n'est pas l'expression de la volonté originelle de Dieu, mais est à situer dans l'ordre de la chute. Sa seule motivation fut de limiter les effets pervers de la corruption.

Il est également nécessaire de rappeler que l'histoire de la Révélation et de la Rédemption ne s'arrête pas à ce compromis fait à la faiblesse des hommes. (Matthieu 5:31-32: il a été dit par les anciens....mais moi je vous dis....). Dans l'esprit du Christ, les fils de l'alliance ne sauraient se contenter de ce compromis ou lui laisser avoir le dernier mot.

De plus, faut-il préciser que ce n'est qu'à la partie lésée que Moïse puis Jésus reconnaissent cette "permission". En aucune façon ils ne donnent au mari volage l'autorisation de se séparer de sa conjointe à cause de ses propres infidélités.

Et même lorsqu'il s'agit de la partie lésée, la permission de Moïse (reprise par Jésus) ne fait pas pour autant du divorce un commandement. Le divorce est ici permis, mais pas rendu obligatoire Et il est de nombreuses autres attitudes auxquelles la foi veut/peut appeler en situation d'infidélité conjugale.

Faut-il aller jusqu'à dire que l'adultère d'un des conjoints ne suffit pas forcément à briser un ménage? Nous savons quelle a été l'attitude de Jésus face à une personne reconnue coupable d'adultère (Jean 8:1-11), qu'il a renvoyée dans son foyer, relevée, pardonnée, et disposée à redonner force, par la grâce qui lui a été faite, à son devoir de fidélité. Faire de l'infidélité une cause obligatoire de divorce, ce serait faire mentir la miséricorde infinie de Dieu.

Lorsque le conjoint trompé sera porté, dans la foi, à accorder son pardon et poursuivre la vie commune, la permission évoquée par Jésus n'est pas faite pour lui couper l'herbe sous les pieds, bien au contraire! L'Evangile sera là tout entier pour le soutenir ! Ce qui importe, ainsi que l'Apôtre Paul le soulignera, c'est que chacun, dans une telle épreuve, puisse "marcher selon la part que le Seigneur lui a faite, selon l'appel qu'il a reçu de Dieu !"(1 Co 7:17)

B. La première Epître aux Corinthiens

C'est en I Co 7:15 que se trouve la seconde limite posée dans le NT à la portée du mariage. Le cas qui est évoqué par l'apôtre est celui d'une personne qui se convertit à la foi chrétienne tout en étant déjà mariée (situation qui est évidemment fréquente en situation missionnaire) et dont le conjoint n'accepte pas les nouvelles orientations religieuses.

En telle situation, le croyant est-il toujours lié par son engagement conjugal ? Réponse de l'Apôtre: oui ! L'initiative de la séparation ne saurait venir de lui. Par contre, si c'est le conjoint incroyant qui demande la séparation, ou fait obligation à son conjoint de choisir entre la vie commune et son engagement religieux, c'est alors que se présente la seconde clause d'exception. L'Apôtre prend alors sur lui - ce n'est pas le Seigneur qui parle - d'autoriser le conjoint croyant à s'incliner devant cette demande de rupture, et considérer la séparation comme étant préférable à la prolongation de la vie commune; "Si celui qui n'est pas croyant veut se séparer, qu'il se sépare. Dans ce cas le frère ou la soeur ne sont pas liés" (verset 15).

Lorsque le devoir de fidélité à son conjoint vient en conflit avec le devoir de fidélité au Christ, le premier ne saurait prévaloir sur le second (cf Luc 14:26 et autres textes sur la vocation des disciples), et la rupture est alors envisagée, dans cette situation, comme étant le moindre mal (entre deux maux le moindre), non pas comme un péché, mais comme la réponse éthique à une des situations complexes de l'existence croyante. "Dieu vous a appelés à vivre en paix" conclut l'Apôtre (verset 16), il ne vous a pas appelés à soutenir des épreuves qui dépassent les limites du soutenable.

Même une fois séparés ou divorcés, il y aura des croyants qui vont adopter, vis-à-vis de leur ex-conjoint, une attitude d'espérance ouverte. Dans la foi, ils seront portés à ne pas vouloir se remarier, pour ne pas fermer la porte à un pardon possible, à une réconciliation éventuelle. C'est pour eux une manière de manifester que demeure en Dieu, pour leur mariage, une espérance, malgré l'échec ou le péché qui l'a mis à mal.

D'autre chrétiens vont, par contre, cheminer vers un remariage, ou tout au moins tendre, dans la grâce, à pouvoir "refaire leur vie", une attitude qui doit être tout autant respectée que la précédente, et sur laquelle les paroles bibliques citées ne jettent aucun discrédit.

Conclusion

L'esprit du temps fait de nous des hommes et des femmes, qui, devant l'épreuve, sont devenus extrêmement peu combatifs, peu persévérants, très vite défaitistes ! Et il est certain que la foi chrétienne portera celui qui l'embrasse à manifester dans ses engagements conjugaux une persévérance et une espérance beaucoup plus grande que celle à laquelle il aurait été naturellement porté.

Constamment, dans l'annonce de l'Evangile, nous aurons à parler d'espoirs, de réconciliations et de possibilités de reconstructions, au-delà des limites que les hommes se donnent ou se croient.

Aix-en-Provence le 14 juin 2000

Pour un regard protestant, proposition de synthèse par Michel Johner

La section du Rapport Dekeuwer-Defossey consacrée au mariage et au divorce appelle, de notre part, un certain nombre de remarques, non pour nous opposer au Rapport, dont nous partageons les orientations générales et apprécions les nuances, mais pour souligner quelles sont, parmi les idées exprimées, celles qui nous paraissent les plus importantes dans ce domaine de la législation.

La portée du mariage

Le mariage, par nature, n'est pas un contrat dans lequel les époux se prêteraient momentanément l'un à l'autre, mais une alliance, dans laquelle l'homme et la femme se donnent mutuellement l'un à l'autre. Il n'y a pas d'alliance vraie, ni d'amour véritable, si on les met au pluriel et si on ne sait pas offrir à celui ou à celle qu'on aime, non seulement son présent, mais aussi son avenir, c'est-à-dire son devenir et sa liberté.

Telle est la portée du mariage: il est conclu pour la vie, pour les bons et les mauvais jours. Il est comme un chemin dans lequel les époux s'engagent pour ne pas revenir en arrière. Et comme c'est de cet amour-là que le Christ nous a aimés, le mariage est aussi un choix qui, dans la foi, est porteur d'une formidable espérance.

La banalisation du divorce

C'est pourquoi, il nous semble important que le divorce soit toujours présenté dans la législation civile comme l"'ultime recours", dont il ne peut être question qu'après l'épuisement de toutes les formes possibles de médiation et la constatation de la faillite "irrémédiable" du projet conjugal.

Notamment, il est important de veiller à ce que les mesures proposées pour dédramatiser le divorce et assouplir ses procédures ne puissent être interprétées comme la banalisation du divorce, ou induire l'idée que le mariage serait révocable par nature.

Le divorce non judiciaire

Le mariage est aussi un acte social: il est l'engagement du couple vis-à-vis de la société à laquelle il appartient. Pour cette raison, il nous paraît essentiel que la société reste partie prenante dans la procédure de dissolution de l'alliance matrimoniale autant que dans sa procédure de formation.

L'idée d'un divorce sans contrôle judiciaire (divorce civil ou administratif) nous semble dommageable, car celle-ci, outre le fait qu'elle affaiblirait la protection des droits des plus faibles', représenterait un pas supplémentaire dans la direction de la désinstitutionnalisation du mariage, et sa relégation dans la sphère privée. Elle ferait régresser l'idée de couple de l'idée d'alliance contractée devant les tiers à celle de contrat purement privé. La suppression du rôle du juge dans la dissolution du mariage le rapprocherait des différentes formes de concubinage ou du pacte civil de solidarité.

Le divorce pour faute

Il est souvent reproché à la procédure de divorce pour faute d'exacerber l'animosité des époux divorçants dans une épuisante et stérile recherche de griefs. D'où la volonté de favoriser le divorce par consentement mutuel (divorce à "torts partagés", voire divorce "sans "torts").

Il nous semble cependant important que (dans l'éventail des procédures possibles) à côté du divorce par consentements mutuels, soit maintenue la possibilité de divorce pour faute, afin de souligner la réalité/le sérieux des engagement du mariage. Ne plus faire de la violation des obligations conjugales une cause possible de divorce porterait préjudice au sens du mariage.

Au reste, du point de vue évangélique, la désignation de la faute n'apparaît pas comme une démarche nécessairement négative. Cette mise en mots n'est-elle pas nécessaire pour permettre aux (ex-)conjoints de se resituer et de se reconstruire (personnellement et conjugalement) ? La grâce qui libère ne passe jamais par la négation de la faute, mais au contraire par la désignation et la reconnaissance lucide de celle-ci.

Dissocier la faute et la prestation compensatoire

Idée intéressante exprimée par la Commission: limiter les incidences financières de l'attribution des "torts", afin d'éviter des débats stériles sur les torts qui seraient motivés par des intérêts strictement financiers. Que la prestation compensatoire soit fixée sur la base des besoins et des ressources des deux conjoints, et non sur la base de l'attribution de torts, de telle sorte qu'il ne soit plus possible, à fin de subsides, de charger son conjoint de tous les torts (réels ou imaginaires) Ainsi, la désignation de la faute ne serait plus prise en otage par des intérêts financiers et servirait plus exclusivement la réparation morale.

"Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni" Matthieu 19:6

"L'amour pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout" I Corinthiens 13:7

1 En effet: quelle serait la liberté réelle des époux divorçants face aux pressions, voire violences, que permettrait un divorce non judiciaire ? Qu'adviendrait-il des intérêts des enfants ? Les accords "libres" entre époux peuvent être profondément injustes, soit qu'ils ayent été arrachés au conjoint en état de faiblesse par rapport à l'autre, soit que les époux ne se soient pas bien rendus compte de leurs conséquences au moment de leur accord.

Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 11 mars 2000


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