Première tentative de synthèse
Auteur(s) : BONNET Christian;
"UNE ESPERANCE A VIVRE - UNE SOCIETE A
CONSTRUIRE"
Assises d'Octobre 1999
1 - Dimensions religieuse de l'espèrance
- Max Weber, au début du siècle, a proposé l'idée d'un polythéisme des valeurs. Nous vivons dans une société morcelée, dans des sphères distinctes (travail, consommation, loisirs, monde des affaires, politique) obéissant chacune à une logique propre. Nous développons une éthique de situation dans chacune de ces sphères, qui a pour résultat une croyance "molle" et l'absence d'engagement fort. La foi de type monothéiste au contraire est unificatrice, elle place au dessus de tout l'exigence d'une justice universelle. L'espérance peut-elle provenir d'autre chose que d'un idéal de "type monothéiste" ?
- L'espérance a-t-elle obligatoirement une dimension universelle ? Produit-elle toujours une forme d'engagement ou un militantisme ? Dans quels domaines ?
- Dans ses engagements sociaux, le chrétien côtoie des hommes et des femmes animés eux aussi d'une certaine espérance. Existe-t-il une espérance commune ? Sur quoi s'appuie l'espérance lorsque Dieu n'est pas nommé comme tel ? Sur la foi en des valeurs universelles : responsabilité, solidarité, citoyenneté ? Sur la vision d'un objectif à atteindre ? Sur le postulat que l'homme est capable de progrès ? Les chrétiens partagent-ils cette "foi minimale" qui les rend solidaires des hommes et des femmes d'espérance ?
- Que signifie espérer en Dieu pour le chrétien ? Jusqu'où accompagne-t-il ses concitoyens dans la réalisation de leur espérance ? A partir d'où s'en dégage-t-il ?
- L'espérance, même laïque, court-elle le risque de générer de nouvelles catégories religieuses et de nouveaux clivages : les purs et les impurs, les sauvés et les perdus, les éclairés et les aveugles, les spirituels et les pragmatiques ? L'espérance peut-elle réunir ? Peut-elle aussi diviser ?
2 - Dimension prophétique de l'espérance
- La peur est souvent ce qui génère la violence et le rejet de l'autre. Comment l'espérance peut-elle guérir de cette peur ? Comment peut-elle a nouveau construire des ponts entre les générations, entre les cultures, entre les peuples ?
- L'espérance aujourd'hui doit nous permettre de bâtir un imaginaire commun. Elle a une dimension poétique avant même sa fonction mobilisatrice. Elle doit transmettre une vision, donner du sens.
- En plus du morcellement de l'espace social évoqué au point 1, nous assistons aujourd'hui à un morcellement du temps. Peut-on encore espérer dans un monde dominé par l'éphémère et l'inconstant ? Comment bâtir une espérance dans la durée ?
- Quel est le lien entre l'espérance et la mémoire ? Sur quels éléments du passé s'appuie l'avenir que vous voulons préparer ? Dans quel domaines, au contraire, l'oubli est-il nécessaire pour bâtir une espérance ?
- Si l'espérance est à vivre, doit-elle aller jusqu'à dénoncer certaines pratiques dans le domaine social, économique, politique, religieux ? Quels sont ses moyens d'action ? Quel doit être son mode de contagion ? Lui faut-il poser des actes symboliques ?
3 - Dimension éthique de l'espérance
- Les affaires sont les affaires !" "On ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs !" Nous nous satisfaisons assez facilement d'un cloisonnement éthique entre nos différents lieux de vie. L'espérance est-elle de nature à unifier nos règles de vie et nos comportements ? Croyons-nous encore à des valeurs universelles ? Lesquelles ? Justice, paix, respect de la personne humaine . . . ?
- Mondialisation, désinformation, concentration des pouvoirs, toute-puissance de l'économie. L'individu se sent perdu et impuissant devant des mécanismes qu'il ne maîtrise plus. L'espérance rend-elle plus responsable ? Comment retrouver un enthousiasme constructif, une dimension plus horizontale de la relation sociale ? Comment passer d'une désespérance radicale à une logique de responsabilité et de participation ?
- Les frontières sociales : l'exclusion, les minorités. Comment ne pas définir une société par ses frontières, c'est-à-dire par l'exclusion, mais par le projet positif qui la porte de l'intérieur ? Quelle est notre espérance pour l'Europe ?
- Quelle est la part de l'idole dans notre relation à l'argent et à l'économique ? Comment témoigner d'une espérance libératrice dans ce domaine ? Quelles sont les alternatives ? Le partage équitable et le don sont-ils pour nous des signes d'espérance ? A quel niveau voulonsnous le vivre ? Est-il légitime de demander au système bancaire mondial d'annuler la dette du Tiers-monde ? A quoi sommes-nous prêts à renoncer nous-mêmes ?
- Porter secours, dénoncer les injustices, colmater les brèches sociales sont des attitudes dictées par un sentiment d'urgence ou de révolte. Mais l'espérance ne se situe-t-elle pas davantage dans une logique de prévention, c'est-à-dire commencer à construire aussi justement que possible, au lieu de toujours avoir à réparer ?
- Quels sont les équilibres à construire et à respecter sur le plan individuel, social, et international pour que l'édifice soit solide et durable ?
- Avec qui sommes-nous prêts à construire ?
4 - Dimension chrétienne de l'espérance
- Nous ne serons présents au monde que si nous sommes présents nous-mêmes. Cet équilibre entre l'identité personnelle et l'altérité, c'est dans notre face-à-face avec le Christ que nous le recevons. Comment la contemplation du Christ, vrai homme, vrai Dieu, nourrit-elle notre espérance ?
- La vie spirituelle : l'esprit se tient en arrière de nos pratiques. C'est lui qui nous pousse et également qui donne sens à nos engagements. Qu'est-ce que la vraie spiritualité ? Quels fruits de l'Esprit devons-nous rechercher ? Que veut dire aujourd'hui "marcher selon l'Esprit" ?
- La vie d'Eglise. Attention ! Beaucoup de chrétiens, influencés par l'air du temps, ont adopté une attitude consumériste par rapport à l'Eglise. Ils y viennent comme au supermarché et n'hésitent pas à changer d'enseigne si la marchandise ne leur plaît pas. Mais l'Eglise n'est-elle pas plus qu'un distributeur de bonnes paroles ? Quelle est notre espérance pour l'Eglise ? Pourrait-elle être un terrain d'expérimentation où se met en oeuvre l'amour fraternel entre personnes en principe opposées dans la société ? Comment pouvons-nous avancer dans l'oecuménisme protestant, et au nom de quelle espérance voulons-nous le faire ?
Christian BONNET
Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : juin 1999
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org