Depuis 1916 (date de l'entrée des Eglises baptistes dans la Fédération), les Eglises protestantes, au sein de la FPF, ont des théologies et des pratiques du baptême différentes. L'Assemblée Générale de la FPF qui s'est tenue en 1987 à Strasbourg a demandé de mettre à l'ordre du jour des préoccupations de la Fédération la question du baptême dans le but d'éclairer les situations et si cela est possible d'avancer sur la voie de la communion entre les Eglises. Dans ce but, le Conseil de la FPF a constitué un groupe de travail qui a élaboré ce rapport.
INTRODUCTION
Une situation paradoxale
En France, catholiques, luthériens et réformés reconnaissent mutuellement leurs baptêmes. En effet, le Comité mixte catholique-protestant a adopté le 3 janvier 1973 une déclaration commune sur le baptême ainsi formulée :
"Nous avons été conduits à reconnaître ensemble que, dans nos Eglises respectives, c'est bien un seul et même baptême qui est célébré, chacune se conformant à l'institution évangélique lorsqu'en sa liturgie elle baptise avec de l'eau au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Aussi reconnaissons-nous mutuellement les baptêmes célébrés dans nos Eglises dès lors qu'ils le sont par un ministre reconnu par son Eglise et en conformité aux dispositions liturgiques et pastorales propres à celle-ci. Ainsi, malgré les divisions qui subsistent encore entre nos Eglises, le baptême est bien le lien de notre unité et le signe par lequel nous sommes rassemblés dans une même foi, une même espérance et une même charité. En reconnaissant mutuellement nos baptêmes et en exprimant ensemble la signification que nous donnons à ce sacrement, nous acceptons en même temps la tâche et la responsabilité qui sont les nôtres : affermir et manifester toujours davantage l'unité qui nous est donnée, confesser ensemble notre foi et témoigner de l'espérance qui est en nous, en vue du jour où il nous sera donné de partager ensemble l'eucharistie."La situation est en fait inversée au sein de la FPF : il n'existe pas de reconnaissance mutuelle des baptêmes entre "baptistes" (*) (c'est à dire les Eglises baptistes proprement dites et les diverses Eglises de tendance pentecôtiste) et pédobaptistes (**) (diverses Eglises luthériennes et réformées). En effet, les baptistes récusent la validité d'un baptême qui ne serait pas précédé d'une confession de foi explicite et personnelle du baptisé, autrement dit la validité du baptême des enfants, tandis que les luthéro-réformés avec le baptême des croyants, reçoivent aussi le baptême des enfants. Ainsi apparaît une dissymétrie : les uns acceptant comme valable baptêmes d'enfants et baptêmes d'adultes, les autres ne recevant que le baptême des croyants.
(*) Tout au long de ce document, "baptistes" signifie personne ou Eglise pratiquant le baptême des croyants en opposition à pédobaptiste. L'adjectif baptiste (sans "") correspond à la confession protestante qui porte ce nom (semblable à réformé, luthérien, pentecôtiste...).
(**) Pédobaptiste : qui pratique le baptême des petits enfants.
Cette situation aboutit à la constatation suivante : au sujet du baptême une partie de la FPF est plus proche du catholicisme par la reconnaissance réciproque du baptême, que des autres membres de la Fédération qui ne reconnaissent pas le baptême des enfants. Et cette situation est d'autant plus paradoxale que la question de l'intercommunion est une condition d'appartenance à la FPF.
Désunis sur le Baptême, unis sur la Cène : telle est la situation interne des Eglises de la FPF. Unis sur le Baptême et désunis sur la Cène, telle est la situation oecuménique entre catholiques et luthéro-réformés.
Ce paradoxe montre de manière aiguë et évidente les limites actuelles de l'unité au sein du protestantisme français : nous n'avons pas "un seul baptême". Comment approfondir l'unité des Eglises qui, pour le moment, ne trouvent pas d'accord sur l'affirmation apostolique du baptême ?
Une situation nouvelle
Beaucoup d'éléments nouveaux favorisent une nouvelle réflexion au sein de la FPF.
1) Depuis le 16ème siècle, les Eglises qui pratiquaient le baptême des petits enfants et celles qui ne pratiquaient que le baptême des croyants n'ont guère dialogué que sous la forme de la polémique. C'est au 20ème siècle que de nombreux dialogues ont permis une compréhension meilleure et réciproque qui laisse envisager l'avenir de manière plus optimiste. Pour ne parler que des dialogues inter-protestants, il faut citer le dialogue entre Alliance Réformée Mondiale (ARM) et Alliance Baptiste Mondiale (ABM) (1974-1976), le dialogue luthéro-mennonite français (1981-1984), le dialogue entre la Fédération Luthérienne Mondiale(FLM) et l'ABM (1986-1989). D'autres dialogues existent entre baptistes et catholiques au niveau mondial ou national et il faut enfin citer les rencontres de Louisville organisées par Foi et Constitution qui ont rassemblé sur ce sujet du baptême, dans le cadre oecuménique, des Eglises de type "baptiste" et pédobaptiste.
2) Les contestations qui se sont élevées à l'époque de la Réforme entre luthériens et réformés d'une part et anabaptistes d'autres part n'ont plus la même acuité. En effet, dans un "corpus christianium" bien établi, la protestation "baptiste' pouvait prendre toute sa force étant donné la pratique généralisée et, indiscriminée du pédobaptisme. Il n'en est plus tout à fait de même aujourd'hui dans une société où toutes les Eglises ont acquis un certain aspect minoritaire et où l'appartenance à l'Eglise est devenue facultative.
3) Le redécouverte actuelle du caractère missionnaire de l'Eglise fait évoluer les situations : nous sommes tous appelés à "faire des nations des disciples" et la pratique baptismale de certaines de nos Eglises s'en trouve transformée.
4) L'évolution des pratiques confessionnelles dans le monde entier mérite réflexion
a) Du côté "baptiste" certaines Eglises acceptent comme membres, sur profession de foi mais sans les rebaptiser, des chrétiens issus d'autres Eglises protestantes et baptisés enfants. De telles Eglises existent en Grande-Bretagne depuis le 17ème siècle, plus récemment, en Suède ou aux Etats-Unis. Les contacts fraternels entre confessions différentes ont développé ce type de pratique qui pourrait être soutenu par certains baptistes jusque dans notre pays.Pour un dialogue renouvelé
Par ailleurs certaines Eglises américaines, attachées au baptême des croyants accueillent au baptême des enfants très jeunes (5 ou 6 ans).b) L'Eglise Réformée de France (ERF), à la suite du synode national du Chambon sur Lignon (1951) a adopté ce que l'on appelle la "double pratique". Fidèle à ses origines, elle pratique le baptême des enfants, mais elle admet que, par motif de conscience des parents, le baptême puisse être différé jusqu'au moment où l'enfant est à même de confesser sa foi. Cette pratique, qui a été acceptée par certains luthériens, tient compte de la sécularisation actuelle et de l'importance de la foi pour le baptême. De plus, dans l'ERF, les pasteurs qui, par conviction, sont en désaccord avec le baptême des enfants peuvent être autorisés à ne plus le pratiquer.
Tous ces faits montrent des ouvertures réciproques conduisant à penser que les conditions d'un dialogue entre "baptistes" et pédobaptistes au sein de la FPF ont évolué. Ils rendent d'autant plus important une meilleure compréhension des pratiques particulières de chaque Eglise car ces progrès, ainsi sans doute que d'autres facteurs, accentuent le caractère douloureux de nos divergences.
Dans un premier temps et par souci d'honnêteté nous nous proposons de montrer comment le baptême met en lumière certaines de nos divergences théologiques et sans doute les plus importantes.
Dans un second temps, nous essayerons de nous laisser interpeller par l'autre : qu'avons-nous à apprendre de lui ?
Enfin nous nous poserons les questions suscitées par nos pratiques réciproques actuelles : ne sommes-nous pas confrontés, sur le plan pastoral, à des questions voisines ou identiques, permettant d'envisager un dépassement de nos positions traditionnelles ?
I- LE BAPTEME REVELATEUR DE NOS DIVERGENCES THEOLOGIQUES
Lorsqu'on aborde la question du baptême dans la perspective de la discussion entre "baptistes" et pédobaptistes, un certain nombre de divergences théologiques, habituellement peu soulignées, apparaissent à l'évidence et se cristallisent. Nous retiendrons les éléments qui au cours de la recherche ont paru essentiels : l'interprétation du "Sola Scriptura", la notion de Sacrement, l'ecclésiologie des Eglises de professants et celle des Eglises multitudinistes.
a) L'interprétation du "Sola Scriptura"II - LES INTERPELLATIONS RECIPROQUESLes uns et les autres nous reconnaissons l'autorité souveraine de l'Ecriture. Mais les conséquences que nous tirons de cette affirmation ne sont pas identiques. Pour les "baptistes", le baptême des croyants est le seul attesté dans les écrits du Nouveau Testament, il est aussi le seul à devoir être pratiqué et à manifester pleinement la signification théologique du baptême. Les pédobaptistes, tout en reconnaissant que le baptême des enfants n'est pas attesté directement dans le Nouveau Testament, estiment qu'il est en accord avec la pensée biblique. Très tôt, dans l'histoire du Christianisme naissant, la question du pédobaptisme s'est posée et c'est à bon droit, selon les Eglises multitudinistes, que l'Eglise ancienne a pratiqué le baptême des petits enfants sans s'écarter pour cela de la révélation biblique.
Ici la question posée est de savoir quelle est l'"autorité" de l'Ecriture. Celle-ci est-elle exclusive au point qu'il ne faut retenir pour légitime et normatif que ce qui y est affirmé explicitement. Ou peut-on estimer qu'il n'est pas contraire à l'Ecriture d'accepter certaines traditions développées par l'Eglise au cours de son histoire comme valables et légitimes ?
On touche ici au problème du rapport entre Ecriture et Tradition qui a fait l'objet de grands débats dans le monde oecuménique (Conférence de Foi et Constitution à Montréal en 1963) et qui aujourd'hui encore fait difficulté dans l'appréciation du B.E.M.
Ainsi nos conceptions baptismales différentes peuvent nous renvoyer au problème théologique fondamental de l'autorité de l'Ecriture et de son rapport avec la Tradition qui trace une ligne de partage non seulement entre baptistes et pédobaptistes, mais aussi à l'intérieur même de nos Eglises, soit réformées ou luthériennes.
Notons cependant que si le débat se présente souvent ainsi, il ne prend pas nécessairement cette forme. Ainsi il existe toute une tradition réformée ou luthérienne qui confesse très fermement l'autorité de l'Ecriture et qui fonde sur elle sa pratique du baptême des petits enfants. Des Eglises réformées appartenant à la mouvance évangélique voient dans le baptême l'équivalent pour la nouvelle alliance de ce qu'était la circoncision dans l'ancienne. Leur pratique baptismale est donc fondée sur une interprétation de l'Ecriture et de la relation entre les deux alliances.
Par ailleurs des baptistes préfèrent fonder leur propre conception sur leur compréhension du sens théologique du baptême dans le Nouveau Testament plutôt que sur une compréhension littérale des textes.
b) La notion de sacrement
Le pédobaptisme insiste sur la grâce sacramentelle et prévenante qui se manifeste au baptême. Dans le sacrement lié à la Parole, Dieu agit de manière mystérieuse et réelle. Dans le baptême, le Christ lui-même met le baptisé au bénéfice de son oeuvre rédemptrice. Ainsi le pédobaptisme veut témoigner de la vérité du sacrement où agit la grâce prévenante de Dieu, sans pour autant nier la nécessité pour le baptisé de confesser sa foi. Il ne faut pas oublier d'autre part que dans le cas du baptême des enfants, la foi est présente. Il s'agit de la foi de l'Eglise assemblée qui pratique le baptême et de celle de la famille qui le demande.
Cependant, certains pédobaptistes qui voient dans le baptême l'entrée dans l'alliance de grâce que Dieu a fait avec son peuple n'insisteraient guère sur une efficacité du sacrement liée à l'oeuvre du Christ.
La théologie "baptiste" souligne elle aussi le caractère prioritaire et fondamental de la grâce de Dieu. Néanmoins cette grâce prévenante (Sola Gratia) n'est pas liée au baptême mais à la prédication de la Parole de Dieu (fides ex auditu). Ainsi le baptême n'est pas considéré comme la démarche initiale, comme première annonce de l'Evangile, mais comme le sceau d'un engagement mutuel entre Dieu et l'homme, entre l'homme et Dieu. Nous croyons bien que Dieu agit à travers les signes qu'il a institués mais aucun de nos gestes ne peut lier cette action pour en garantir l'efficacité.
c) Ecclésiologie de professants ou multitudiniste
C'est à propos du baptême que se manifestent le mieux les différences ecclésiologiques quel'on trouve dans le Protestantisme.
Ceux qui pratiquent le baptême des croyants le font au nom d'une ecclésiologie de professants.
Les Eglises de professants considèrent d'abord l'Eglise comme la communauté des croyants ; la foi est donc la condition d'entrée dans l'Eglise. De même que l'appartenance au peuple de l'ancienne alliance se manifestait par la circoncision, de même l'appartenance au peuple de la nouvelle alliance, ouverte à tous, dépend de la foi et a pour signe le baptême. Bien sûr la communauté telle qu'elle est vécue est plus large et comprend enfants, personnes en recherche, etc... Mais précisément, ils ne sont pas pleinement membres de l'Eglise et le baptême demeure, devant eux, comme l'invitation à une réponse à donner à l'appel que Dieu adresse à tout homme et toute femme, et à un engagement concret dans l'Eglise. Si dans la pratique la différence peut parfois être faible entre une Eglise de multitude et une Eglise de professants déjà ancienne, l'importance de la profession de foi oriente toute la catéchèse vers le moment d'une réponse consciente et publique, dans le baptême, à la grâce de Dieu proclamée dans l'Eglise et connue dès l'enfance.
L'ecclésiologie qui est sous-jacente au pédobaptisme est celle d'une Eglise multitudiniste. Les Eglises luthérienne et réformée, dites "multitudinistes", sont des Eglises confessantes par la prédication de la Parole de Dieu, la pratique des sacrements, la catéchèse et l'exhortation faites à leurs membres de vivre conformément à la foi chrétienne. En cela elles ne diffèrent pas des Eglises dites "de professants". Elles se définissent plus par leur centre (prédication et sacrements) que par les limites qui séparent le dedans et le dehors de la communauté ecclésiale. (cf. discipline de l'ERF, Titre 1, art. 1 : "L'ERF professe qu'aucune Eglise particulière ne peut prétendre délimiter l'Eglise de Jésus-Christ, car Dieu seul connaît ceux qui lui appartiennent... sont inscrits membres d'une Eglise locale tous ceux qui, ayant été baptisés, ont été admis à la Sainte-Cène par son ministère ou celui d'une autre Eglise issue de la Réforme, et qui le demanderaient.")
(Remarque : ces Eglises attachent une grande importance à la catéchèse en tant que préparation à la confession de foi du catéchumène, qu'il ait été baptisé enfant ou qu'il le demande à cette occasion. La possibilité qu'elles laissent aux parents de différer le baptême de leurs enfants montre que, pour elles, le pédobaptisme et le "baptisme" ne s'opposent pas mais qu'ils appellent un accompagnement pastoral différent : En fait, la première pratique met davantage l'accent sur la "grâce prévenante" de Dieu, et la seconde sur l'accueil de cette grâce par la foi.)
Ainsi, le baptême apparaît comme un lieu théologique qui met en évidence nos présupposés théologiques et, en quelque sort, les pousse à bout, alors qu'en d'autres occasions, ceux-ci ne jouent pas avec autant de force (Cène, ministère). Nos théologies confessionnelles traditionnelles s'avèrent incapables de résoudre les difficultés que nous rencontrons à propos du baptême et nous laissent dans des impasses. Serions-nous là en face d'une différence séparatrice et insurmontable ne nous permettant pas-de progresser, alors que sur tant d'autres points nous sommes très proches les uns des autres ? Nous ne le pensons pas.
Nous croyons qu'il n'est pas de situation théologique sans issue : la fidélité à Jésus-Christ, même si elle nous conduit provisoirement sur des chemins séparés, ne peut finalement que nous rapprocher. Arrivés à ce point de notre réflexion, la première chose qu'il nous semble important de faire, est d'examiner les positions de l'autre en se demandant, non pas en quoi elles seraient erronées, mais comment elles peuvent s'inscrire dans la fidélité à l'Evangile. Autrement dit, il importe de se laisser interpeller par les positions de l'autre. On le fera à partir des trois éléments relevés dans les paragraphes précédents.
a) L'autorité de l'EcritureIII POUR UNE NOUVELLE APPROCHE A PARTIR DE NOS PRATIQUESLes "baptistes posent la question de la signification actuelle du "Sola Scriptura". Sous couvert de vouloir tenir compte de la tradition et de l'histoire, ne court-on pas le risque de justifier des doctrines et des pratiques issues de situations contingentes comme la période constantinienne et qui ne seraient pas en continuité avec l' Evangile ? Et la question posée à certains pédobaptistes est la suivante : Que veut dire l'autorité de l'Ecriture lorsque pour justifier la pratique du pédobaptisme il faut invoquer la tradition ?
Inversement, certains pédobaptistes posent la question de la valeur de la Tradition et de l'Histoire. Le "Sola Scriptura", pris littéralement, ne risque-t-il pas de donner naissance une dangereuse déformation ? En fait le "Sola Scriptura" est une expression utilisée à la Réforme dans une situation contingente où on cherchait à se faire comprendre, mais cet argument n'a jamais voulu dire un rejet de toute l'histoire et de toute la tradition chrétienne. On ne peut détacher le canon néotestamentaire de l'histoire qui l'a formé et de la Tradition vivante qui l'a porté à travers les siècles jusqu'à nous. Depuis le dernier livre du Nouveau Testament, il n'y a pas une coupure, un vide béant qui se serait prolongé jusqu'au XVIè siècle, la Réforme ayant alors fait un saut en arrière pour redécouvrir le véritable Evangile. La Réforme n'a pas fait table rase du passé et de la Tradition de l'Eglise : ceux-ci sont à accepter sous bénéfice d'inventaire (c.a.d. de conformité avec l'Ecriture).
La question du baptême montre qu'aujourd'hui une étude de l'autorité de l'Ecriture dans sa relation avec la Tradition s'avère nécessaire.
b) La foi et la grâce
Les "baptistes" posent à ce sujet des questions pertinentes en affirmant que le baptême doit être précédé par la foi. Certes, la foi des parents, celle de l'Eglise, joue un rôle important mais suffit-elle pour justifier le baptême d'un nouveau-né qui ne peut encore la confesser ? Les "baptistes" rappellent avec force que le baptême ne peut faire l'économie du "Sola Fide" sous prétexte qu'il insiste sur le "Sola Gratia".
Les pédobaptistes, tout en reconnaissant l'importance de la Foi, posent la question de la grâce prévenante. Que veut dire le "Sola Gratia" ? Comment affirmer et attester que la grâce est première ? Comment dire que Dieu nous a aimés en Jésus-Christ, avant même qu'il existe de notre part une possibilité de réponse ?
Chacune des positions ne risque-t-elle pas d'atténuer l'importance d'un des deux pôles qu'elles reconnaissent pourtant indissociables, les "baptistes" plaçant la foi au premier plan et les pédobaptistes la grâce ?
c) L'ecclésiologie
En insistant sur la Confession de foi baptismale, les "baptistes' rappellent que l'Eglise est composée d'hommes et de femmes qui ont reconnu Jésus-Christ comme leur Seigneur et leur Sauveur. Et l'ecclésiologie qui découle de ces prémices est une ecclésiologie d'Eglise de professants. La question qui est alors posée est la suivante : Comment pourrait-on reconnaître comme membre de l'Eglise de Jésus-Christ, un baptisé qui ne manifeste ni par la confession de sa foi, ni par sa vie, la réalité de son appartenance à Jésus-Christ ?
Les pédobaptistes, eux, rappellent que le oui de Dieu est plus fort que nos absences de réponses et rappellent aussi que les limites de l'Eglise ne sont pas forcément celles que l'on peut vérifier par une confession de foi. D'ailleurs une confession de foi faite à un moment donné ne comporte aucune garantie de persévérance finale.
En dernière analyse la question qui se pose est de savoir où l'on met les limites de l'Eglise ou autrement dit : qui est membre de l'Eglise ? L'Eglise est-elle formée uniquement de ceux qui professent leur foi, de ceux-ci et de leurs enfants, ou est-elle composée à la fois de professants et d'hommes et de femmes à la limite de la foi ?
Dans la question qui nous est posée, la théologie confessionnelle classique ne nous permet pas d'aller facilement les uns vers les autres et le chemin que nous pouvons parcourir ensemble reste relativement court. Mais la vie de l'Eglise n'est pas que théologie, elle se déroule sur le plan de la vie concrète et s'exerce journellement dans la pastorale. N'y aurait-il pas de ce point de vue des recherches à faire sur la manière dont nous sommes amenés à résoudre les cas concrets qui se présentent à nous. Qui sait si, considérées d'un point de vue concret, les difficultés ne pourraient trouver des ébauches de solution.
a) L'initiation chrétienneCONCLUSION : QUELQUES OUVERTURES POSSIBLESIl semblerait intéressant de s'engager dans une réflexion globale sur l'initiation chrétienne que l'on n'a pas assez considérée comme un tout. En effet l'initiation chrétienne est un processus composé d'éléments divers qui primitivement formaient une unité. Au cours de l'histoire on a isolé les différentes composantes de ce tout : catéchuménat, confession de foi, baptême, participation à l'eucharistie et l'on a élaboré des théologies relatives à chacun des éléments en négligeant de les situer dans une perspective globale. On a même souvent bouleversé l'ordre primitif selon les contingences. Nos difficultés actuelles ne proviennent-elles pas de ce que nous n'avons pas de vue d'ensemble du devenir chrétien et que nous juxtaposons et opposons des théologies fragmentaires du baptême, du catéchuménat, de l'eucharistie, de la confirmation, théologies que nous absolutisons au point de les rendre incompatibles.
Il serait important de prendre assez de recul pour penser une théologie globale de l'initiation chrétienne et essayer de voir comment les différentes étapes de celle-ci se situent les unes par rapport aux autres. La séquence primitive est-elle déterminante en sorte qu'elle reste intangible ? ou ne peut-elle pas subir des transformations, sans que l'initiation soit pour autant rendue caduque.
L'ordre des éléments est-il déterminé une fois pour toutes, ne peut-il y avoir des inversions qui malgré tout conservent à l'initiation sa réalité plénière ? On a parfois bien admis de déplacer la Cène et de la situer dans la petite enfance, ou au cours du catéchuménat sans que pour autant on ait contesté sa valeur. Peut-il en être de même pour le baptême ?
Ne pourrait-on pas ainsi imaginer que l'ensemble baptême d'enfant plus profession de foi (lors de la confirmation) puisse être considéré comme l'équivalent d'un baptême d'adulte, le signe de la grâce de Dieu et la réponse de la foi étant tous deux présents bien que séparés dans le temps ?
b) La présentation
Cette cérémonie que l'on pourrait comparer à l'inscription au catéchuménat dans l'Eglise ancienne, se trouve à la fois chez les "baptistes" et ceux qui admettent la double pratique. Il serait sans doute intéressant et profitable de faire une étude comparative des liturgies et des théologies. Il y aurait peut-être là des avancées à faire.
c) L'admission à la Cène
Selon le Nouveau Testament, il est évident que la participation à la Cène du Seigneur suit la célébration du baptême et qu'en conséquence la Cène n'est donnée qu'à ceux qui sont baptisés. Et, à notre connaissance, il n'est pas d'exception à cette règle. Mais cette séquence est mise en question d'une part, par les "baptistes", qui pour des raisons pastorales et oecuméniques acceptent à la Cène des croyants non baptisés selon les critères "baptistes" et, d'autre part, par des tenants de la double pratique qui n'hésitent pas à faire participer à la Cène des enfants non baptisés.
Il faudrait réfléchir à ce que signifie la séquence classique et par là ce que représente la Cène. Nous risquons, en rompant sa liaison avec le baptême, de la faire apparaître comme un sacrement mineur, à côté du baptême qui serait fondamental.
d) L'âge du baptême
Si pour les "baptistes", le baptême doit être précédé d'une confession de foi explicite, la question se pose, tout comme elle se pose aussi pour la confirmation, de savoir à partir de quel âge une telle confession de foi est possible. Cette question est d'autant plus pertinente que certaines communautés baptistes américaines admettent que l'on peut confesser sa foi à partir de 6 ans et, de ce fait, être baptisé à cet âge.
e) Les cas limites
Que faire lorsqu'on est en présence de cas limites, comme celui des handicapés mentaux, où une confession de foi ne peut être exprimée ? A-t-on le droit d'exclure ces personnes de la communion des baptisés ?
L'urgence aujourd'hui est d'engager le vrai dialogue. Bien des problèmes naissent de la non connaissance de la théologie, et de la pratique de "l'autre". Il suffit de connaître, ne serait-ce qu'un peu, la théologie baptiste pour savoir, par exemple, que quelqu'un peut-être parfaitement considéré comme chrétien sans pour autant avoir été baptisé. Parce que pour lui le baptême n'est que signe, le "baptiste" peut admettre facilement que le pédobaptiste est pleinement chrétien, né de l'Esprit, sans que le signe ait été donné régulièrement à ses yeux.
Le premier pas consiste nécessairement à essayer de comprendre les raisons profondes de l'attitude de chacun et de ses réactions. Une attitude "baptiste stricte" (et cela est encore plus vrai dans les Eglises pentecôtistes) est souvent vécue comme une obéissance, comme une fidélité nécessaire à la Parole de Dieu. Il y a souvent en elle un "je ne puis autrement" que l'on ne peut que respecter.
A l'inverse les "baptistes" doivent prendre conscience de ce qui dans leur attitude est perçu, à tort ou à raison, comme blessant pour la foi des pédobaptistes. Il ne s'agit pas que de divergences théologiques, mais aussi de blessure infligée à des frères et des soeurs.
L'attention à porter à ce problème est donc une nécessité spirituelle qui touche la communion fraternelle.
Il serait donc souhaitable que ce document puisse être étudié dans les Eglises ainsi que d'autres textes de dialogues interconfessionnels sur ce sujet afin que chacun puisse essayer dans un premier temps de mieux comprendre l'autre position et ensuite -ce serait notre voeu-d'entamer au niveau local et/ou national un dialogue fraternel dans la clarté et le respect mutuel. Septembre 1990
Source(s) : FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;FPF;
Date de parution : septembre 1990
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org