Auteur(s) : CLERMONT Jean-Arnold de;
Le 5 avril 2002
Monsieur Hubert Védrine
Ministre des Affaires étrangères
Monsieur le Ministre,
Malgré une actualité tournée en priorité vers la Palestine, le bureau de la Fédération Protestante de France m'a chargé de vous écrire à propos de la situation à Madagascar. Nos Églises, en effet, tant luthériennes que réformées, entretiennent depuis 1897 des relations étroites avec les Églises de la Grande Ile, relations qui nous ont fait suivre avec une très grande attention les événements qui ont précédé et suivi les élections présidentielles.
Il est clair, pour nous, qu'un signe évident de la volonté de changement du peuple malgache a été donné. On peut regretter que la solution d'un second tour, préconisée par beaucoup, n'ait pas été retenue par le candidat Marc Ravalomanana. Mais nous pouvons comprendre qu'il ait eu des doutes sur la volonté du président sortant d'accepter des conditions de réelle transparence de ce second tour, tant dans sa préparation que dans son dépouillement, compte tenu des conditions de déroulement du premier.
Ce qui nous conduit à vous écrire, c'est la situation de blocage dans laquelle Madagascar se trouve aujourd'hui, et les nombreux témoignages que nous recevons du pourrissement de cette situation. Elle suscite en nous une triple crainte.
¤ D'abord, celle du développement d'actes de violence, de heurts sanglants qui pourraient dégénérer très gravement, de la tension croissante entre les ethnies, même si nous devons nous féliciter de la patience et de la modération de la grande majorité de la population.
¤ Notre crainte est surtout de voir le peuple malgache se faire voler le bénéfice du changement qu'il voyait s'opérer démocratiquement. Cela aurait un effet dramatique pour l'avenir.
¤ Enfin, les échos que nous recevons sur la dégradation dramatique de la situation économique de Madagascar plongée dans des mois d'isolement appellent des solutions d’urgence que seules les puissances occidentales peuvent apporter. Nous vous demandons de les envisager sans tarder, car l’approche de l’hiver austral risquerait d’amplifier encore les problèmes déjà existants.
Il est donc urgent de trouver une solution pour sortir de cette crise. Nous sommes convaincus que la France peut et doit y contribuer. Nous savons l’influence qui reste la sienne dans ce pays, par l’importance des échanges, par le nombre de ses ressortissants sur notre sol, par le rôle de la langue française. Aussi, tout en rejetant tout retour à quelque comportement néocolonialiste, nous pensons qu’elle doit, aujourd’hui encore, remplir le rôle que l’on attend d’elle et conduire toutes les médiations nécessaires pour que Messieurs Ratsiraka et Ravalomanana se rencontrent et trouvent, avec un médiateur reconnu, une solution honorable à cette crise. Nous sommes persuadés que l’Europe, elle aussi, peut et doit y apporter son concours. Si besoin est, j’en suis sûr, la collaboration des Eglises de Madagascar comme des nôtres serait acquise à une telle cause.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma considération distinguée.
Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France
Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 05 avril 2002
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org