Message final : notre espérance

ASSISES DE LA FÉDÉRATION PROTESTANTE DE FRANCE
29-31 octobre 1999
Palais des Congrès, à Versailles

Notre espérance est en Dieu manifesté en Jésus-Christ.
A travers sa prédication, sa mort sur la croix et sa résurrection, nous discernons la trace d'un Dieu d'Amour qui vient libérer nos vies de tout ce qui les oppresse.
Notre espérance est en Jésus-Christ, parce qu'en lui, Dieu le premier est venu participer, à nos côtés, à la construction d'une société plus juste et plus humaine. Il a guéri les infirmes et rendu leur dignité à ceux qui n'en avaient plus. En lui, notre espérance est intimement liée à la réalité de nos exis-tences : elle n'est ni une fuite vers un "autre monde" supposé meilleur, ni la négation de nos fragilités et de nos impasses. Par lui, nous recevons parmi nous le Sabbat et le Royaume, le sens donné à notre vie au-delà du domaine marchand et public, la réalisation ponctuelle de sa victoire contre les puissances de notre monde.
Dire que notre espérance est en Jésus- Christ, c'est aussi refuser énergiquement toute résignation face aux questions et aux défis que pose notre société. Il y a en effet des situations qui sont insupportables à nos yeux et donc il importe de poser des limites à nos tolérances face à la souffrance humaine. Sur la croix, en Christ, Dieu a été au bout de l'absurde, des vaines illusions et de l'insupportable de notre condition. Mais il est ressuscité. La vie est à jamais plus forte que la mort, et l'Espérance toujours plus puissante que les déceptions.

Une espérance à vivre au sein de la FPF L'Espérance qui est la nôtre en Jésus Christ est une espérance lucide et responsable. Cette lucidité et cette responsabilité, nous voulons les vivre d'abord au sein de la FPF, ses Eglises, Institutions, Oeuvres et Mouvements. Nous savons que notre appel à l'engagement dans la société nous amène à rechercher la dimension communautaire, en Eglise. Nous voulons cheminer ensemble, développer des projets communs et locaux. Les désaccords qui nous enrichissent ne peuvent pourtant pas remettre en question les conditions de notre vivre ensemble. Dans l'intégration de nouvelles composantes, les risques sont à mesurer et les transitions à assurer, pour celui qui accueille et pour celui qui est accueilli. En particulier, une réflexion commune sur la façon dont se gèrent le pouvoir et l'argent dans nos Eglises et I.O.M. peut s'avérer nécessaire. De même que le mariage demande un temps de maturation dans la relation, de même les adhésions font l'objet de temps de cheminement commun au niveau local. Nous voulons croire que les parcours qui ont ainsi lieu sont des raisons d'espérer une collaboration toujours plus féconde. Ainsi notre modèle d'unité consiste à dire que la véritable unité se situe dans le souci d'un témoignage commun.
Notre espérance est en Jésus Christ. Il a vécu dans un temps et un lieu donnés, et sa parole s'est diffusée dans une société marquée par la multiplicité des croyances. Il nous invite aujourd'hui à vivre notre foi dans notre société à travers un dialogue et des pratiques inter-religieux. Ce dialogue représente un travail sur nous- mêmes, et une invitation à découvrir l'autre dans sa spiritualité vécue et sa théologie. Demeure toujours la question : comment articuler tolérance, ouverture, et attestation de nos propres convictions ?

Une espérance lucide
L'Espérance qui est la nôtre en Jésus Christ est une espérance lucide et responsable. Lucides, nous voulons redire aux hommes et aux femmes d'aujourd'hui que c'est Dieu qui donne du prix à nos vies. Ainsi nous sommes libérés de tout besoin de performances qui aliène nos existences, qu'elles soient professionnelles, économiques, sociales, sexuelles. Nous ne pouvons nous identifier à notre travail, et nous voyons qu'il faut limiter sa durée dans nos vies.
Cette lucidité signifie prendre acte de la violence de notre monde, et nous espérons qu'elle ne représente jamais le dernier mot, qu'un chemin de dialogue demeure toujours possible. Lucides, nous savons aussi que parfois il ne nous reste que la prière pour endiguer les flots de la destruction. Lucides, nous voulons que notre espérance s'enracine dans notre passé, se réalise dans notre présent, et nous projette dans le futur. Notre espérance se vit en tension entre l'attente du retour du Christ qui nous porte, et la dynamique de notre implication dans le quotidien, en présence du Seigneur.

Une espérance responsable
L'Espérance qui est la nôtre en Jésus Christ est une espérance lucide et responsable. Responsables, nous sommes engagés par nos convictions à être ici et maintenant des témoins de l'Evangile au coeur du monde, dans la pleine conscience de la relativité de nos points de vue particuliers.
Responsables, nous sommes invités, comme le Christ sur le chemin d'Emmaüs, à accompagner les situations de détresse. Cela signifie se donner le droit de prendre le temps, accepter de ne pas imposer de projets aux autres, et poser des actes qui paraissent modestes mais changent la perspective en évitant tout enfermement dans l'instant.
Responsables, nous savons que l'humanitaire ne va pas sans l'élaboration d'un projet politique à moyen et long terme, tenant compte de la mondialisation. En effet, il convient d'accepter que nous vivons dans un "village global", et que notre responsabilité ne peut se limiter à nos étroites frontières nationales et culturelles.
Nous sommes invités à découvrir que l'espérance est une manière de vivre avec l'épreuve et la souffrance. Nous pouvons être porteurs d'espérance dans l'échec et nous le sommes souvent malgré nous.
Responsables, nous savons que l'espérance invite à entrer dans une lutte qui n'est pas dépourvue de combativité, et à être présents là où les décisions se prennent. La vie associative, en particulier, est un lieu privilégié d'exercice et d'apprentissage de la citoyenneté qui reste à défendre et à promouvoir.

Oui, notre espérance est en Jésus Christ. C'est pour cela que nous sommes libres d'agir, chacun, là où nous sommes, mais aussi au sein du monde entier, dans une solidarité sans cesse plus large. Chaque communauté, dans les lieux qui sont les siens, est appelée à reformuler l'espérance et ses implications constructives.

" Car si la pierre disait : ce n'est pas une pierre qui peut monter un mur... Il n'y aurait pas de maisons. Si la goutte disait : ce n'est pas une goutte d'eau qui peut faire une rivière... Il n'y aurait pas d'océan. Si le grain de blé disait : ce n'est pas un grain de blé qui peut ensemencer un champ... Il n'y aurait pas de moisson.
Si l'homme disait : ce n'est pas un geste d'amour qui peut sauver l'humanité... Il n'y aurait jamais d'amitié et de paix sur la terre.
Comme la maison a besoin de chaque pierre,
Comme l'océan a besoin de chaque goutte d'eau,
Comme la moisson a besoin de chaque grain de blé,"
Dieu se sert de nous, là où nous sommes, uniques, et donc indispensables. Allez, sortez ! Soyez des pierres pour les maisons, des grains pour la moisson. Le Seigneur vous attend dehors, dans chaque geste d'amour. Il est le Dieu de l'espérance, de la confiance et de l'amour. Il a tourné son regard vers vous, il vous bénit et vous garde.

Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 29-31 octobre 1999


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