Auteur(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Le Conseil de la FPF, qui est l'exécutif de la Fédération Protestante de France, siège ce 24 juin en Alsace, au Neuenberg. Certes, la Fédération n'est pas et ne veut pa être une "super-Eglise". N'empêche qu'elle est le lieu où les protestants de France peuvent s'exprimer d'une même voix, aussi bien sur les questions de théologie que sur les problèmes de société. Comme l'a déjà fait la Fédération Luthérienne Mondiale, la Fédération protestante de France va publier un texte concernant le sida. Les membres du Conseil auront à s'exprimer sur ce document lors de leur prochaine session. En voici le texte.
Le Sida est une maladie mortelle, transmissible par voie sanguine, sexuelle et foeto-maternelle, incurable dans "l'état actuel de nos connaissances, à risque de propagation rapide dans certains groupes ,exposés (partenaires multiples, toxicomanes). Elle peut atteindre toutes les couches de la population et tous les âges.
Cette maladie tient à ce jour en échec le corps médical. De ce fait, elle déclenche des peurs, des paniques, et soulève des questions importantes d'ordre sociologique, idéologique, éthique et spirituel.
- Maladie liée à un comportement qui, chez certains, pose lui-même des problèmes moraux.En l'état actuel de nos connaissances, seule la prévention est susceptible de freiner la propagation de la maladie. Or, aucune prévention n'est possible sans une connaissance des risques de contamination, d'où l'importance d'une information complète, large et compréhensible. Cette information est rendue difficile du fait de son caractère rationnel, appliqué à des conduites qui, dans les domaines de la sexualité et de la toxicomanie, ne le sont pas toujours.
- Maladie porteuse d'un danger de mort assortie d'un rejet par la famille, l'entourage, voire les soignants.
- Maladie engageant la responsabilité de celui qui en est victime.
On constate une incohérence entre les connaissances et nos comportements, or, en la matière, l'attitude de chacun engage les autres. Claire sans être culpabilisante, compréhensible sans être simpliste, cette information a des effets positifs, mais elle peut avoir des effets pervers : obligation de contrôle de séropositivité par exemple, source de marginalisation et de rejet.
Pour les Eglises protestantes issues de la Réforme, l'homme responsable de lui-même devant Dieu et devant les hommes, est capable de décisions libres.
Dans l'exercice de la sexualité, devant la séduction de la drogue, o^se situent la liberté et la co-responsabilité ?
"Faire l'amour n'est pas banal... L'union sexuelle exprime l'amour et enrichit la tendresse à l'égard de l'autre. Elle porte en elle la promesse d'enfants, se vit dans la liberté, la jouie et toujours d'un commun accord. La morale a souvent assimilé sexualité et péché, là où il fallait lier sexualité et responsabilité. Le propre du couple humain est de pouvoir décider librement de sa sexualité." (Information-Evangélisation 1986, n° 5/6, p. 15 - Ed. Eglise Réformée de France).
Cette liberté reconnue fait l'objet de nouvelles réflexions dans le cadre du sida. La responsabilité de la sexualité dans la dissémination de la maladie est essentiellement engagée en cas de partenaires multiples. Dans les sociétés occidentales ce problème s'est posé avec une particulière acuité chez les homosexuels. L'utilisation du préservatif comme moyen de prévention ne pose pas de problème moral. Le Eglises de la Réforme considèrent que chacun a à exercer sa responsabilité sexuelle en choisissant les moyens les mieux adaptés à sa façon de vivre.
Les toxicomanes sont particulièrement menacés lorsqu'ils se droguent par seringue. La contamination par voie sanguine directe due à la réutilisation, à l'échange des seringues et des aiguilles, est une des causes de la prolifération de la maladie. La prise de conscience des responsabilités du toxicomane face au danger du sida nous paraît poser un problème difficile car, du fait même de sa dépendance, le drogué n'est pas toujour capable d'une décision libre. Et pourtant c'est faire appel à une certaine discipline que de lui demander l'utilisation de seringues et d'aiguilles neuves à chaque nouvelle injection.
Les autres cas concernent principalement les enfants contaminés par voie foeto-maternelle et les personnes transfusées avant l'été 1985. Devenus des vecteurs potentiels de la maladie, ils doivent être conscients des précautions particulières qu'impose leur nouvel état.
Le jour où une personne apprend sa séro-posivité sa vie est bouleversée ; elle est menacée d'exclusion familale, sociale, professionnelle. Cette maladie fait peur ; beaucoup d'entre nous ont un réflexe de recul face à la personne malade. Or celle-ci a besoin d'être accompagnée dans sa vérité et dans la découverte des sentiments qu'inspire l'approche de la mort. Médecins et soignants sont particulièrement concernés.
Les Eglises manqueraient à leur vocation si elles n'étaient pas un lieu d'écoute et de paroles possibles, une communauté d'accueil et d'accompagnement du malade, de sa famille et des soignants, un espace où l'espérance peut naître et s'affermir. L'Eglise doit être un lieu privilégié d'information et de réflexion à la lumière de l'Evangile, par exemple dans le cadre du catéchisme, des groupes de jeunes et de jeunes ménages. Elle se veut ainsi un lieu de liberté et de responsabilité pour tous.
Source(s) : MESSAGER EVANGELIQUE;
Date de parution : 30 mai 1990
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org