Message du pasteur Jean-Arnold de CLERMONT, président de la Fédération protestante de France à l'occasion de la cérémonie des voeux du 26 janvier 2004

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

« En vous invitant ce soir, le Conseil de la Fédération et moi-même avons pensé que ce début d'année était chargé de suffisamment d'interrogations et de promesses pour qu'il vaille la peine de se les dire ; et de nous offrir les uns aux autres les voeux que nous formons pour que cette année 2004 voie se concrétiser nos espérances en même temps que se déployer nos engagements.

Nous tournons la page d'une année 2003 qui, pour notre engagement fédératif, a été marquée par deux débats principaux. Je veux parler de celui qui s'est développé autour de la Constitution européenne, avec son préambule et son article 51, mais aussi sa volonté d'être l'affirmation claire d'une Europe réunie autour de valeurs plus encore qu'autour d'un marché élargi ; j'y reviendrai. L'autre débat auquel nous avons participé avec conviction est bien sûr celui qui s'est ouvert autour de la laïcité.

Nous sommes heureux de voir que tant la Commission Stasi que le Président de la République ont tenu à souligner —je cite— « la persistance, voire l'aggravation des inégalités, ce fossé qui se creuse entre les quartiers difficiles et le reste du pays, (et) font mentir le principe d'égalité des chances, menacent de déchirer notre pacte républicain ». Il est alors véritablement étonnant que la montagne, je veux dire le travail intense de réflexion, d'auditions qui devrait se prolonger dans la double direction de l'élaboration d'un « code de la laïcité » et d'un « observatoire de la laïcité », semble n'accoucher que d'une souris, un projet de loi, copié collé d'une petite partie d'un propos présidentiel, qui ne résout rien et dont la précipitation semble contredire la volonté affichée de dialogue et de concertation. Et je me tais pudiquement sur les commentaires de politiques qui n'ont à la bouche que des propos destinés à surenchérir dans le sécuritaire ou le réglementaire et, il faut bien le dire, la négation de la liberté d'expression.

J'ai ces derniers jours le triste sentiment de voir s'estomper tout le bénéfice du débat conduit par la Commission Stasi, des ouvertures qu'elle a permises, et cela au bénéfice d'une querelle de chiffonniers. Espérons que l'on reviendra rapidement à la sagesse qui consiste à s'attaquer aux causes des échecs de l'intégration et du lien social plutôt que de s'acharner sur les effets. Car, nous le voyons bien, il est urgent de faire entendre qu'il n'y a pas, dans notre pays, de problème quant à la liberté de religion, mais la nécessité d'une mise en ordre du vivre ensemble républicain. Or cela suppose, comme nous n'avons cessé de le dire, que l'on prenne le temps du débat, tant pour affirmer les principes que pour chercher des compromis acceptables par tous, dans le respect des diversités.

Cela suppose aussi que les responsables politiques veuillent bien ne pas pervertir cette réflexion sur la laïcité en y mêlant leurs préoccupations électoralistes.

Car ce qui est le plus grave dans ces débats mal conduits, c'est qu'ils font le lit des extrémismes et de la manière parfois la plus perverse. Car si aujourd'hui l'extrême droite française fait amie amie avec des mouvements extrémistes musulmans, nul ne peut croire que c'est dans une perspective de défense des libertés individuelles , mais bien dans la ligne d'une banalisation des discours d'exclusion, xénophobes et racistes contraires aux valeurs auxquelles nous sommes attachés. C'est pourquoi notre Fédération en relation avec le Centre de sociologie et d'éthique sociale de la Faculté de théologie protestante de Strasbourg, avec l'Institut protestant de théologie, et le Mouvement « comprendre et s'engager », organise en cette fin de semaine à Strasbourg un colloque sur « Foi chrétienne et extrême-droite » afin de combattre théologiquement et spirituellement ces forces contraires au message évangélique. Ce sera notre contribution à cette année électorale au cours de laquelle, une fois encore, nous ne pourrons qu'encourager nos concitoyens à exercer leur responsabilité démocratique.

C'est autour de l'Europe que nous attendrons le plus de nos politiques au cours de cette année. Parce que nos concitoyens ont besoin de réentendre que l'Europe unie est un projet qui vaut mobilisation et sacrifices. Ils ne se sentiront engagés par les élections européennes de ce printemps que lorsque les politiques, tournant le dos aux égoïsmes nationaux, sauront dire que le projet d'une Europe des valeurs, espace de paix et de réconciliation, espace de réalisation du multilatéralisme, espace ouvert à la solidarité avec les pays du sud, diront clairement que ce projet attend une véritable mobilisation de la société civile. Pour ce qui est des Eglises, je les sais désireuses de marquer cette ouverture les unes aux autres. Elles devront tout à la fois manifester leurs attentes à l'égard des politiques mais savoir aussi aider leurs membres à sortir de leurs égoïsmes pour s'ouvrir à des relations nouvelles.

C'est dans cette perspective d'ouverture et de débat autour de ce qui nous tient à coeur, autour du témoignage évangélique que nous souhaitons rendre, que je vous invite maintenant à un moment d'échange et de partage comme un signe de ce que veut être la Fédération protestante pour ses membres mais aussi pour tous ceux avec lesquels elle a le plaisir de travailler. Je vous souhaite une heureuse soirée et une fois encore vous dis mes voeux les plus chaleureux pour cette nouvelle année. »

Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 26 janvier 2004


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