En ce début d'Assemblée, j'aimerais limiter mon intervention à un objectif simple, qui est de la resituer dans un contexte plus large que la seule question de l'adhésion ou non de Fédérations ou d'Unions d'Eglises avec lesquelles nous avons développé des relations de connaissance mutuelle et de dialogues au cours des quinze dernières années. Sur ce point je ne peux que rappeler ce qui a été fait : nous avons donné un agenda à ce processus d'adhésion il y a maintenant trois ans ; nous l'avons suivi, en portant notre attention sur la mise en place régionale de dialogues touchant autant les Eglises et Unions d'Eglises déjà membres de la FPF que celles qui souhaitaient envisager leur éventuelle adhésion ; l'assemblée ordinaire de mars a reçu des demandes d'adhésions ; le conseil d'octobre, après avoir écouté les rapports des équipes ad-hoc s'est déterminé et vous présente cinq candidatures ; à notre assemblée aujourd'hui d'en décider, dans la perspective d'une adhésion à la Fédération protestante, qui ne sera définitive qu'après une période probatoire de deux années. Je rappelle que les Assemblées de Dieu comme nous-mêmes estimions que les dialogues n'étaient pas suffisamment avancés pour permettre une demande d'adhésion ; elle interviendra éventuellement en septembre 2005. Si structurellement l'adhésion de la CEAF n'est pas de même nature que celles que je viens d'évoquer, elle les rejoint pleinement dans la mesure où il s'agit de nous ouvrir les uns aux autres dans la perspective de notre commune mission.
Ceci dit je voudrais formuler quatre remarques rapides pour préciser la perspective dans laquelle nous nous situons.
1. Si nous avons souhaité une AG extraordinaire, c'était bien sûr pour des raisons pratiques : nous donner le temps de la réflexion commune, sans pour autant attendre un an de plus après la réception des demandes formelles d'adhésion. Mais c'est aussi pour donner à ces adhésions un caractère plus solennel qu'un point parmi d'autres au cours d'une AG ordinaire. Nous vivons des heures particulièrement importantes pour notre protestantisme français qui, tout à la fois, ne renie pas sa diversité, née de son histoire mais aussi de sa nature même (j'y reviendrais dans ma seconde remarque), mais sait faire partager à un nombre certain de ses membres le projet fédératif d'un commun témoignage dans la société. Cela mérite que l'on s'en réjouisse en le marquant par cette session extraordinaire de notre AG et, pour ceux que nous aurons accueillis aujourd'hui par une manifestation joyeuse lors de notre AG de mars prochain.
2. Cette démarche d'adhésion tient à la nature de notre protestantisme. Il nous faudra sans doute profiter de l'occasion pour l'expliquer. Comme l'exprime fort justement Bernard Cottret dans le chapitre introductif de son ouvrage récent sur "Luther, Calvin, Wesley", s'il y a bien une date d'origine de la Réforme protestante c'est d'un mouvement continuel de "réformation" qu'il s'agit. La diversité de nos Eglises tient certes aux histoires des pays où la Réforme s'est implantée, aux conflits et migrations forcées qui s'en sont suivis, aux conflits des "chefs" - il faut aussi le reconnaître - , aux projets de mission des uns et des autres et souvent sans craindre de se situer en concurrents, mais aussi à cette conviction que nous avons à toujours rechercher la forme de spiritualité et de vie d'Eglise qui exprimera le mieux notre relation au Christ vivant et permettra le témoignage que nous devons lui rendre. C'est la source positive de nos diversités, qu'il ne faut pas d'abord lire comme une infirmité, en les comparant à d'autres modèles ecclésiologiques, mais comme l'expression d'une vitalité et d'une fidélité. Il n'en demeure pas moins le défi de la communion visible.
3. Dans ce domaine, je considère que ce que nous avons vécu ces dernières années et que nous marquons aujourd'hui par cette AGE, est un processus qui est loin d'être achevé. Nous avons appris déjà à nous mieux connaître, tant en interne FPF qu'en "externe". Mais nous savons bien que nous ne sommes qu'au début d'une démarche qui devra être marquée de bien d'autres étapes. Je reprends volontiers à mon compte la notion de "réconciliation de nos mémoires" pour dire ce qui est devant nous. J'ai évoqué la diversité de nos parcours historiques et spirituels, les périodes de concurrence, et par conséquent les approches diverses que nous avons du témoignage que nous voulons rendre à la Parole qui nous fait vivre. Notre communion appelle à construire sans cesse une réelle transparence les uns à l'égard des autres. La diversité en soi n'est pas un but, mais ce qu'Oscar Culmann appelait l'unité par la diversité.
4. J'en arrive donc tout naturellement à ma quatrième remarque: Le projet associatif de la Fédération protestante, tel que la Charte le précise, n'est ni de constituer une "super Eglise", ni ce que j'ai souvent appelé une "collection de papillons", mais bien un lieu d'interpellation réciproque en vue du témoignage commun. Je me réjouis qu'au moment même où notre Fédération s'élargit, elle envisage de se "rétrécir" (excuser l'expression qui n'est là que pour faire image) quand les deux Eglises luthérienne et réformée d'Alsace et Moselle s'engagent plus avant dans l'union. Et je ne peux que nous y exhorter tous dès lors qu'il s'agira de donner une plus grande visibilité à la communion que nous pouvons reconnaître les uns avec les autres.
C'est donc avec la Charte de la Fédération que je veux conclure ces quelques mots d'introduction à notre journée de travail: "Conscients que l'Esprit de Dieu nous parle aussi les uns par les autres, nous sommes en marche ensemble vers une communion plus visible dans le respect des différences et dans la liberté de nos interpellations mutuelles".
Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 29 novembre 2003
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org