Auteur(s) : CECEF;CONSEIL D'EGLISES CHRETIENNES EN FRANCE;
Présenté au Conseil d'Eglises chrétiennes, en juin 1992, par la CIMADE et la Commission épiscopale des Migrations, ce texte a été publié fin septembre.
Les bouleversements qui agitent l'Europe et le Tiers Monde donnent des dimensions nouvelles à la perception de l'étranger.
Des frontières sont tombées, soulevant de nouveaux espoirs.
Des nationalismes se développent dans la violence. Les déséquilibres croissants entre le Nord et le Sud accentuent l'importance des phénomènes migratoires.
Dans notre pays, l'opinion est traversée de courants contradictoires : la peur le dispute à la solidarité, l'exclusion à l'accueil. La résurgence de courants racistes et xénophobes pose de plus en plus un véritable défi pour la cohésion de toute la société.
Aujourd'hui, des questions se posent auxquelles nous ne pouvons échapper :
* Comment vivre ensemble, en dialogue, dans le respect de nos identités ?
* Comment veiller à ce que l'asile reste un droit de l'homme respecté ?
* Comment envisager de nouvelles formes de partage ?
L'accueil de l'étranger constitue, pour notre société, un défi urgent et vital.
Le temps est venu d'oser provoquer un débat positif.
Ce défi, les chrétiens doivent contribuer à le relever de façon claire et résolue, avec tous ceux qui, au jour le jour, font l'expérience que vivre ensemble est possible.
La démarche œcuménique manifeste que des lectures de l'Evangile et des traditions différentes s'enrichissent mutuellement, confrontées aux mêmes appels, que l'accueil de l'étranger commence par l'ouverture à ceux qui nous sont proches.
Tous les hommes sont frères, créés à l'image de Dieu, quelle que soit leur culture ou leur race. "Tu n'opprimeras pas l'étranger, mais tu le traiteras comme l'un des tiens... Tu l'aimeras comme toi-même". Le comportement à l'égard de l'étranger est signe de la fidélité à Dieu lui-même. Jésus va jusqu'à s'identifier à
lui. "Quand t'avons-nous vu étranger et t'avons-nous accueilli ?... Je vous le dis, toutes les fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait".
La rencontre de l'étranger, qu'elle soit d'amitié ou de confrontation, est source de transformation et de progrès. Une société qui regarde l'étranger comme une menace est livrée à tous les conflits et exposée à l'autodestruction.
La situation que nous vivons, les principes qui sont en cause, nous pressent à lancer cet appel à l'ensemble des communautés chrétiennes : partout où c'est possible, regroupons nos efforts, suscitons des initiatives, mobilisons-nous de façon oecuménique et décentralisée pour la réflexion, le débat public et l'action
:
* la réflexion parce qu'il faut retrouver les racines de nos solidarités,
* le débat public parce qu'il faut atteindre une opinion marquée par les discours sécuritaires,
* l'action parce qu'il faut valoriser ce qui se fait déjà et inventer de nouveaux chemins de rencontre.
Osons l'espérance, ouvrons une brèche dans le mur de la fatalité et de la peur.
Paris, 28 septembre 1992
Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 28 septembre 1992
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org