À l'occasion du vingtième anniversaire de l'ACAT

Auteur(s) : CONSEIL D'EGLISES CHRETIENNES EN FRANCE;CECEF;

Message du Président pour l'ouverture de la célébration en l'église Saint-Eustache

Le CECEF se réjouit d'être associé à ce vingtième anniversaire de l'ACAT et à la prière de reconnaissance qui marque cet événement.

A l'origine de l'ACAT, l'appel entendu par deux femmes protestantes, Edith Du Tertre, Hélène Engel. Un appel préparé par tout un cheminement spirituel et la découverte des effets d'un mouvement de réveil dans l'Église américaine, qu'un groupe visite.

L'appel qui naît de leur expérience et de leur réflexion sera rapidement transmis et partagé avec d'autres amis très proches, protestants, catholiques et orthodoxes. Un appel : à s'unir dans la diversité confessionnelle pour mûrir et offrir dans l' Église et dans la société le témoignage particulier de la résistance de la foi chrétienne contre l'intolérable indifférence à l'égard de la pratique de la torture.

Nous rendons gràce aujourd'hui pour l'appel à cette obéissance affirmée par des laïcs, des pasteurs, des prêtres il y a vingt ans. Le témoignage de la foi chrétienne passe réellement par cette nécessité de reconnaître, de démasquer, de nommer les pouvoirs qui nient cyniquement l'humanité et la différence de l'autre et tentent de briser cette humanité et cette différence en enfermant, en torturant pour amener à l'alignement et au silence. Le témoignage de la foi passe par la résistance à la logique tortionnaire et la résistance spirituelle qui est au cceur du service de l'ACAT, s'est fondée sur la promesse du Seigneur qui annonce pour aujourd'hui le commencement de la fin des ténèbres, la liberté rendue aux captifs, promesse faite chair en Jésus, le Christ, promesse que l'Esprit Saint veut mettre au coeur de notre vie de disciples.

Entendant cet appel, des hommes et des femmes se sont levés dans toutes les Églises, se sont réunis entre Églises, se sont organisés en groupes, en réseaux d'information (en solidarité ; avec Amnesty International), d'intercession et d'actions multiples.

Dire notre reconnaissance pour la création de l'ACAT et son développement, c'est dire aussi notre reconnaissance pour la manifestation originale fondamentale de l'œcuménisme qu'elle représente.

Dans les groupes de l'ACAT, autour de l'essentiel, dans la communion de la foi au même Seigneur vivant, autour du même Évangile, des chrétiens de base se retrouvent, s'expliquent, cherchent ensemble l'application possible de leur liberté et de leurs responsabilités.

La mission de l'ACAT n'appartient pas à une Église particulière, elle est une mission des chrétiens. Et quelle mission ! puisqu'il s'agit de réfléchir, de prier, d'agir ensemble pour la libération et l'accompagnement de captifs, de victimes et pour la repentance et la conversion des bourreaux !

La communion au Christ qui nous lie dans notre diversité est bien une communion de résistance aux fatalités, une communion de résurrection. Les réunions de l'ACAT sont des réunions modestes, mais chaleureuses, bien plus modestes que la cérémonie de ce jour..., des réunions du soir souvent comme des carrefours de sentinelles discrètes mais attentives qui veillent, chargées d'attester dans la nuit qu'une création nouvelle a commencé.

C'est dans cette foi, dans cette espérance qu'aujourd'hui nous voulons être ici en union de pensée avec des hommes et des femmes qui vivent en Bosnie, en Algérie.

Et puisse notre reconnaissance de ce jour pour ce que le Seigneur a suscité hier, devenir aussi intelligence, courage, pour de nouvelles solidarités de paix, d'avenir de justice avec celles et ceux qui désespèrent.

Paris, 10 décembre 1994

Jacques Stewart,
Président en exercice.


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