FPF - Assemblée générale des 12-13 mars 2005
Il y a quelques semaines paraissait dans les kiosques le numéro 1 d’une nouvelle publication trimestrielle « Histoire et Patrimoine » consacrée aux protestants. Avec en couverture le professeur Jean-François Zorn en ‘coverboy’ joyeux malgré l’austérité de sa robe pastorale (le vent de l’histoire soulevant son rabat et donnant au protestantisme qu’il est censé représenter un allant fort bienvenu), la revue, bien que reprenant quelques images critiques du protestantisme, n’en est pas moins la première, à ma connaissance, qui fasse place à la diversité du protestantisme. Je voudrais ici rendre hommage au rôle que Patrick Cabanel a joué pour conseiller les responsables de cette publication, comme au travail de notre service d’information, communication, documentation et à sa responsable, Myriam Delarbre, qui ne ménagent pas leur peine pour répondre à celles et ceux qui décèlent chez nous un intérêt, mêlé le plus souvent d’ignorance. Nous discernons bien que cet intérêt tient aujourd’hui à l’histoire singulière dont nous sommes porteurs, - et qui a modelé une grande part des réponses que le protestantisme a données aux défis de la modernité - comme il tient aux spiritualités multiples dont il est porteur, expressions contrastées de notre relation au Christ vivant et à son évangile, comme il tient enfin aux grandes interrogations du monde contemporain et à la volonté des protestants d’y affirmer le message de libération et de salut. Le rédacteur en chef de cette nouvelle revue indique que son but « sera de vous surprendre jusque dans ce que vous croyez savoir ». Le protestantisme, dont on disait il y a peu qu’il allait mourir pour avoir été rejoint dans ses grandes inspirations par la société contemporaine devenue protestante, ce protestantisme a-t-il encore de quoi surprendre ? Je le crois. Mais pour cela, il doit savoir choisir les chemins de son témoignage, les priorités de son engagement.
Laïcité, esprit communautaire, et esprit fédératif.
Les questions touchant à la laïcité et au centenaire de la Loi de 1905 sont, depuis quelques mois déjà, notre quotidien ! Je ne sais si l’année aura assez de jours pour nous permettre de répondre aux demandes qui affluent de rencontres et de conférences sur le sujet. Il faut dire que les dernières semaines ont passablement contribué à canaliser l’attention sur ce que la Fédération protestante disait depuis déjà plusieurs années. Nous sentons qu’un débat mal engagé sur la laïcité, - parce que focalisé sur les signes religieux à l’école et la construction des mosquées, et négligeant la réflexion sur la place du religieux dans la société française - provoque des réactions certes marginales mais fort désagréables à l’égard d’associations cultuelles ou non du protestantisme français. J’ai demandé à être reçu par le Premier Ministre, puis à la suite des interventions intempestives du Député Maire de Montreuil dans quatre lieux de cultes, j’ai été reçu par le directeur de Cabinet du ministre de l’Intérieur. Malgré ce soutien auquel je veux publiquement rendre hommage, je crois qu’il nous faut éviter toute victimisation qui laisserait croire que la liberté des cultes serait en péril, mais rester vigilants et refuser tout dérapage. Nous le ferons d’autant mieux que nous nous concentrerons sur ce qui nous semble essentiel.
S’il est, dans la société française aujourd’hui, un mot qu’il ne faut pas prononcer, c’est bien celui de "communautarisme". C’est un mot de création récente. Il apparaît dans le dictionnaire Robert dans son édition de 2004. Il est défini comme "un système qui développe la formation de communautés (ethniques, religieuses, culturelles, sociales...), pouvant diviser la nation au détriment de l'intégration. Contraire : Individualisme ; universalisme".
Une recherche rapide sur google l’associe aux mots "dangers, défi, repli, fondamentalisme, tribalisme… et danger pour la République".
Lors de mon audition par la commission Stasi une des questions posées fut de savoir si le protestantisme français était communautariste puisqu’on lui savait des parentés avec les britanniques qui par définition le sont !
Je ne veux pas ici ouvrir un débat sémantique, mais j’aimerais affirmer tout simplement mon attachement à l’esprit communautaire. Quand je dois décliner mon identité, - et je ne parle pas là d’un contrôle de police où ma carte d’identité doit suffire - je dois bien constater que celle-ci est multiple : je suis français mais j’ai une part de mon cœur en Afrique, je me sais profondément européen, originaire d’une famille qui, selon les frontières d’aujourd’hui, a été successivement belge, allemande et hollandaise ; j’ai une grand-mère anglaise ; je suis chrétien, protestant, réformé ; je suis pasteur, de temps en temps agriculteur, président d’une Fédération mais aussi d’une Conférence européenne, etc. Et cela est vrai pour chacun d’entre nous. L’individu singulier que nous sommes tient son identité de multiples sources, de multiples appartenances, de multiples communautés auxquelles il est plus ou moins attaché. Il subit parfois, choisit le plus souvent ses appartenances. Nous le savons bien, nous sommes de moins en moins protestants par filiation, de plus en plus par choix.
Ce qui importe particulièrement, c’est que nous soient données et que soient donc reconnues des règles du vivre ensemble qui nous permettent de vivre pleinement nos identités particulières et pleinement notre appartenance à des ensembles qui nous dépassent et nous relient les uns aux autres.
C’est ici que se situe, à mon avis, le cœur du débat actuel sur la laïcité. Je cite une fois encore le Professeur Lahouari Addi, de l’IEP de Lyon qui écrivait en 2001 que l’acceptation de nos différences, lesquelles se manifestent entre autres par notre appartenance à des communautés diverses, est la marque de l’universalité. Il citait lui-même Hannah Arendt : " l’homme abstrait d’une laïcité désincarnée est un danger pour les hommes à qui est refusée la différence religieuse, culturelle, voire linguistique."
Sur cet arrière plan, le projet de la Fédération Protestante de France doit aujourd’hui répondre à des défis passionnants.
Je l’ai dit, l’esprit communautaire ne me fait pas peur. Et chacun sait combien nous le déclinons avec délectation. Vous lirez le rapport, remarquable à mes yeux, sur les Eglises issues de l’immigration qui a été présenté par une équipe ad hoc au dernier Conseil de la FPF. Il comprend une typologie de ces Eglises ; communautés rattachées aux Eglises d’origine, Unions d’Eglises constituées sur une base nationale ou linguistique, communautés linguistiques intégrées dans une union d’Eglises françaises, communautés missionnaires sans dénomination, communautés missionnaires de la « mission en retour », groupes inter-dénominationnels… Ajoutez à cela notre diversité protestante française, Fédération protestante de France, Fédération évangélique de France, Eglises et unions d’Eglises n’appartenant à aucune des précédentes. Devant ce kaléidoscope, dont rend compte la revue "Histoire et Patrimoine" (dont je parlais en introduction à ce message) la Fédération protestante me semble devoir répondre à trois exigences.
Ce n’est pas par hasard que nous nous sommes donnés du temps pour approfondir ensemble ce que nous appelons l’esprit fédératif, cet après midi, avec deux heures de réflexion commune, hors toutes décisions que nous aurions à prendre, et ce soir avec un temps de travail autour d’une émission du « café biblique »,. Peut-être vaudrait-il mieux dire la place que nous laissons à l’Esprit pour animer notre Fédération. Car je suis convaincu qu’il est un esprit de réconciliation et d’unité.
Rappelons nos bases : chaque Eglise reste elle-même, dans sa théologie, sa liturgie, sa spiritualité … au sein de la Fédération Protestante de France. Et pourtant chacune accepte, pour le bien du témoignage commun, d’être en dialogue avec toutes les autres. Cela n’est pas nouveau. Nous sommes porteurs d’une expérience longue et diverse. Elle est présente dans les rapports et surtout la vie des services de la Fédération, mais aussi localement dans vos Eglises et Associations, dans les Antennes locales. Nous grandissons ensemble, parfois reculons ; nous sentons ici ou là le poids inévitable des données sociologiques et historiques de nos communautés locales, et la résistance ou la disponibilité des responsables. Ce que nous espérons vivre, c’est avant tout un partage d’expérience, pour nous encourager les uns les autres à progresser, mieux discerner ce qui nous empêche d’avancer.
Peut-être ne nous donnons-nous pas les moyens d’un tel apprentissage mutuel ? Peut-être n’avons-nous pas les structures locales qui servent vraiment cette perspective de rencontre, de dialogue et de communion ? Peut-être sommes-nous inhibés par des peurs qui ne se disent pas ?
Peut-être manquons-nous de confiance en Celui qui nous fait vivre et espérer ?
Le Conseil, pour exercer son rôle fédératif, a besoin de votre réflexion et de votre soutien.
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A ce point de mon message, j’entends déjà Elie Maréchal, journaliste au Figaro m’interroger : Qu’est ce qui ne va pas à la Fédération pour que vous vous interrogiez ainsi ? Je lui répondrais : Bien au contraire ! Cette interrogation est preuve de bonne santé. Nous sommes à une époque de notre vie fédérative où bien des suspicions ont été levées, notamment entre luthéro-réformés et évangéliques (excusez ce raccourci caricatural, mais je ne trouve pas comment l’évoquer autrement !). Profitons-en pour passer à "une vitesse supérieure " pour approfondir notre communion dans la diversité. Ni les uns ni les autres ne sauraient aujourd’hui revendiquer le monopole de l’une ou l’autre des dimensions de la foi chrétienne, qu’il s’agisse d’évangélisation ou d’éthique, d’engagement sociopolitique ou d’œcuménisme. Chacun y prend sa part et sait combien le regard de l’autre lui est nécessaire. Mais nous restons encore trop prisonniers de nos habitudes ecclésiales et spirituelles. Tel est probablement la chance que nous offre la Fédération, de nous ouvrir les uns aux autres pour mieux témoigner ensemble du Christ sauveur.
Cette vocation fédérative, nous la dirons avec une modeste fermeté en cette année du centenaire de notre Fédération. Nous avons fixé les dates des 21, 22 et 23 octobre, les plus proches du 25 - date à laquelle en 1905 le comité préparatoire à la Fédération Protestante de France constatait l’accord des Eglises fondatrices et décidait sa création -. Le 21 : nous aurons dans cette maison une réception publique ; le samedi 22 : un colloque auquel nous invitons nos partenaires des Fédérations protestantes en Europe pour tenter de dire ensemble comment nous comprenons la place du religieux dans la société européenne d’aujourd’hui ; le 23 : un culte de reconnaissance nous réunira. Nous voulons vous inviter, aux dates qui vous conviendront, dans autant de lieux que possibles à partager cette initiative. A vous d’en déterminer la forme : cultes fédératifs, expositions, conférences…, mais ce qui m‘apparaît le plus important est que nous utilisions cette occasion pour exprimer publiquement la volonté de témoignage commun qui anime la Fédération. Associons la Cimade, la Fédération de l’Entraide protestante, l’ensemble des Eglises et Associations ; donnons un clair message de notre volonté oecuménique et interreligieuse ; sachons dire que le témoignage chrétien n’est exclusif d’aucun débat de société mais place en son cœur le message d’amour que l’Evangile de Jésus Christ nous révèle. Modestie de serviteurs en quête de vérité avec tous ceux qui cherchent ; fermeté de ceux qui fondent en Lui leur espérance.
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Alors que j’écrivais ces quelques lignes, je venais d’assister au culte d’action de grâce célébré à la mémoire d’Eric Boissonnas, au Foyer de l’âme. Son nom reste pour nous étroitement associé au Centre de Villemétrie et à l’équipe qui lui a succédé, au Centre Social d’action parisien et à la Fédération Protestante de France qu’il a soutenus avec fidélité. Il était de ces protestants dont la foi se dit autant dans l’engagement social, que dans l’esprit d’initiative, dans le dialogue avec la culture et le soutien aux arts. Il reste une figure de ceux qui attendent de leur Eglise qu’elle soit ouverte aux défis de son époque et porteuse de sens. La Fédération Protestante de France est reconnaissante pour son soutien mais tout autant pour cette exigence dont il était porteur.
Exigence, c’est le mot qui caractérise la présence active avec nous depuis juillet dernier de notre nouveau secrétaire général, Pierre-André Schaechtelin, à qui nous n’avons pas offert un poste de tout repos. A peine arrivé, il plongeait dans les Assises, pour conduire ensuite l’adaptation à une forme nouvelle de gestion de la Fédération. Il vous en parlera. Je veux seulement lui dire notre joie de la savoir là aux côtés des responsables de services et du personnel de la Fédération auxquels nous demandons beaucoup et dont, je crois pouvoir le dire, nos Eglises et nos Associations, parfois sans le savoir, reçoivent beaucoup. C’est grâce à eux que vit la Fédération protestante de France.
Parmi eux Guy Cailluet. Le secrétaire général et le trésorier sauront nous dire la place qu’il a tenue au sein de la Fédération depuis 14 ans. Mais je veux lui appliquer ce même qualificatif de l’exigence, celle avec laquelle il a conduit sa mission : exigence comptable bien sûr, mais nous l’avons tous mesuré au cours des années écoulées, exigence du service de notre Fédération dans sa vie quotidienne comme dans ses entreprises exceptionnelles telles nos Assises ; Guy était toujours là où nous avions à faire face à des imprévus, à des charges de travail supplémentaires. Ainsi lorsque notre trésorier a résolument engagé notre Fédération dans une politique d’acquisition patrimoniale - qui lui assure une certaine stabilité même en période comptable difficile -, c’est Guy qui a porté cette charge immobilière comme il le fera encore dans les tous prochains jours. Qu’il sache que ce sens du service n’a échappé à aucun de nous.
Exigence…mot ‘vieilli’, indique le Robert ! Peut-être parce qu’il s’agit étymologiquement d’être ‘poussé dehors’, d’être appelé à sortir de nous-mêmes pour être au service d’un Autre et d’autres que nous. J’aime ce mot qui me parle de vocation et de service, de vigilance et d’action. Et je mesure tout ce que j’aurais voulu partager avec vous des exigences de notre société face au projet fédératif qui est le nôtre ; je n’en donnerai qu’un exemple.
Après les Assises, le Conseil a souhaité que le texte sur la violence qui a résumé nos travaux ne reste pas lettre morte, une déclaration sans suite. Aussi a-t-il proposé qu’il soit pour nous, Eglises et Associations, comme un défi à relever, l’exigence de donner vie à des projets répondants à l’appel du texte final des Assises.
Je vous le rappelle :
Ainsi la Fédération protestante de France pourrait "labelliser" des "actions pilotes Assises FPF", trois ou quatre expériences spécifiques réalisées par des associations ou Eglises membres. Ces expériences pilotes bénéficieraient d’une subvention de la FPF. Une contribution financière leur serait allouée par la Fédération,… Proposition du Conseil ! Il suffit d’un mot de cette Assemblée générale pour que dès demain nous diffusions cette exigence. Ne serait-ce pas une belle occasion pour dire notre volonté centenaire de témoignage commun au service de la société ?
Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 13 mars 2005
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org