Église réformée de France - Synode National de Cognac - 20-23 mai 2004
Le synode national de l’Église réformée de France, réuni à Cognac du 20 au 23 mai
2004, rappelle, suite aux travaux des synodes régionaux, quelques affirmations qui fondent sa
réflexion sur les fonctions des ministères de l’Union1 et en particulier celles du ministère
pastoral.
Avant de proposer des avancées pour l’exercice de divers ministères dans l’Eglise
Réformée, le synode national exprime sa pleine solidarité avec tous ses ministres et sa
reconnaissance aux pasteurs et à ceux qui exercent, en son nom, un ministère spécialisé ou
collégial.
1 Le ministère de l’union des Églises réformées de France, exercé collégialement, concerne selon la Discipline le conseil presbytéral et les différentes délégations aux assemblées consistoriales, synodales et aux conseils régionaux et nationaux. Le ministère personnel participe de ce ministère de l’union. Parmi les ministres inscrits au rôle et occupant un poste de l’Église réformée de France, certains sont en poste dans une Eglise locale, d’autres exercent un ministère dit “ spécialisé ”, au service de l’Église ou de sa mission dans le monde.
A. DEVANT DIEU, EN JESUS-CHRIST
Dieu fait alliance avec l’humanité et s’engage dans le monde. La manière ultime de cet
engagement prend pour nous le visage de Jésus-Christ. Sujet de notre foi, Jésus-Christ nous
sauve. Il est force qui traverse, transforme toutes nos réalités et les met en route vers le
Royaume déjà donné.
L’annonce de cette Bonne Nouvelle est la mission confiée à l’Église. Le Christ envoie
chacun, avec l’Esprit Saint, au service de l’Évangile offert à l’humanité dans la foi,
l’espérance et l’amour. La responsabilité de chaque croyant, vécue communautairement,
participe de cette mission. Elle provoque la joie et la reconnaissance.
Au delà du caractère second de l’Église, Dieu appelle des hommes et des femmes pour
la susciter et la fortifier par la prédication et les sacrements, et la faire croître pour le partage
de la Parole. C’est pourquoi tout ministère suscité par Dieu, que l’Église discerne et reconnaît,
participe de “ la préparation du Règne de Dieu sur la terre ” (Discipline, article 15).
Le synode national affirme que le pasteur a une compétence théologique singulière qui
est liée en particulier à la Bible qu’il lit, interprète, actualise avec d’autres, pour d’autres et
pour lui. Il est au service de la Parole de Dieu, parole de grâce et de salut, en contribuant à son
rayonnement et à son écoute. Cette annonce ne se limite pas au champ ecclésial. Le pasteur
témoigne de la pertinence de l’Ecriture devenant Parole aujourd’hui, il dit le bouleversement
de nos histoires par l’Evangile du Christ.
Il partage la Parole par la prédication et les sacrements. Il est l’écoutant et
l’accompagnateur discret de ceux qui en ont besoin, membres ou non de l’Église.
Il veille à ce
que chacun soit appelé par son nom. Il fédère des projets et des aspirations pour dynamiser le
témoignage communautaire. Son autorité est relative à sa vocation et à son charisme
spécifique tout à la fois reçus mystérieusement par lui-même et reconnus par l’Église.
Le pasteur est appelé à entrer au service d’une communauté locale qu’il contribue à
rendre vivante et heureuse dans sa mission à la suite du Christ. Arrivant dans une
communauté qui a une histoire, une tradition, des attentes, le pasteur ne peut la soumettre à
ses représentations préétablies, mais il les partage et les discute. De même, la communauté qui
accueille un nouveau ministre, avec sa personnalité et ses dons, se prépare au changement et à
ce que ses attentes soient déplacées. Elle se réjouit de devenir un lieu et un temps
d’épanouissement du ministère pastoral qu’elle accueille. Ensemble, ils sont témoins de Celui
qui fait toutes choses nouvelles.
Si l’engagement à la suite du Christ est enthousiasmant et joyeux, il est aussi exigeant
et risqué. Suivre le Christ, c’est s’exposer parfois à l’incompréhension ou à l’indifférence.
Vivre les ministères que Dieu donne peut susciter malaise et difficultés. La crise des
institutions que connaît notre société accentue sans doute ce sentiment douloureux. Au creux
de ces réalités, le synode national réaffirme l’amour et la reconnaissance de Dieu adressés à
chacun, la force du partage et de la prière communautaire. Certes, l’Evangile que nous
annonçons n’est pas toujours attendu, reçu et partagé, mais il offre souvent d’inoubliables
rencontres, de surprenantes joies et d’inattendus réconforts.
B – DES MINISTRES DE L’UNION
1 – La vocation
Le synode national rend grâce pour la vocation personnelle qui anime chacun des ministres de l’Eglise réformée de France. Il invite chaque ministre à mettre par écrit ce qui fonde et anime son ministère : sa vocation, ses dons, son espérance… Ce document à usage personnel peut évoluer. Il est destiné à aider le ministre à faire le point, pour lui-même, régulièrement.
2 – La respiration
Pour garder l’élan de sa vocation, le ministre doit veiller à son ressourcement, notamment dans la prière et la méditation, et à son équilibre de vie. Mettre à part un jour de repos régulier dans la semaine est nécessaire. C’est pourquoi le synode national demande au ministre et au conseil presbytéral ou au conseil ecclésiastique compétent de veiller à ce que les activités demandées au ministre n’empiètent pas sur ce repos hebdomadaire. Le synode demande que ce temps de repos soit inscrit dans la Discipline.
3 – La formation
Le synode national, reconnaissant pour la qualité de la formation théologique de ses
ministres, est conscient des écueils couramment rencontrés par les proposants. Il souhaite que
leur formation initiale les prépare mieux à être théologien pour une communauté. Dans ce
sens, il demande à l’Institut Protestant de Théologie de renforcer la formation dans les
domaines de l’écoute, la gestion du temps, le travail en équipe, la conduite de projet …
La formation permanente du ministre est un temps de ressourcement et de respiration
nécessaire. Le synode national est reconnaissant pour la qualité de la formation permanente
déjà proposée aux ministres dans le cadre du Conseil Permanent Luthéro-Réformé. Chaque
ministre doit suivre au moins une formation tous les cinq ans comme le précise la « Charte de
formation permanente des pasteurs du CPLR » ; le conseil presbytéral ou le conseil
d’accompagnement et le conseil régional doivent y veiller.
Le synode national demande à la commission des ministères de réfléchir avec le CPLR
à la mise en place d’un stage privilégiant la rencontre et l’auto-évaluation trois ans après la
reconnaissance de ministère.
4 – L’accompagnement des ministres
Le secrétaire général est particulièrement chargé avec les présidents des conseils
régionaux du suivi du parcours des ministres.
Le ministre dispose d’un vis-à-vis privilégié en la personne du président du conseil
régional. Le synode national demande que le rythme des entretiens entre le ministre et le
président du conseil régional soit ramené de trois (discipline article 33 §6) à deux ans. Selon
les circonstances et les charismes, cette rencontre peut avoir lieu avec un autre membre du
conseil régional. Il appartient au conseil régional de discerner la personne la mieux à même de
mener cet entretien en lieu et place du président. Il doit avoir lieu sur une base commune à
toutes les régions. C’est pourquoi le synode national demande au conseil national de mettre à
disposition des conseils régionaux une grille d’entretien pour guider ces échanges.
Les rencontres pastorales sont un lieu privilégié pour les échanges et le partage sur le
fondement et l’exercice du ministère.
L’accompagnement professionnel, important dans les professions à dimension
relationnelle, relève du choix personnel du ministre.
5 – L’évaluation du ministère
Le synode national demande que l’évaluation du ministère ait lieu dans la 6ème année
après l’entrée dans un poste. Dans la continuité des entretiens avec le président du conseil
régional (tous les 2 ans, cf. B4) et du “ bilan de vie de l’Eglise locale ” (tous les 3 ans, cf.
C3)2, l’évaluation a pour tâche “ d’extraire la valeur ” de ce qui a été vécu ensemble durant
cette période. Au terme de l’évaluation est posée la question de la poursuite du ministère dans
le même lieu. En cas de départ du ministre avant 6 ans, l’évaluation aura lieu dans les mois
qui précèdent, quelle que soit la durée du ministère.
Le synode national demande au conseil national de mettre à disposition des conseils
régionaux une méthodologie d’évaluation et des outils communs à tous.
2 Année 1 --> Dialogue sur le « projet de vie » Voir C1
Année 2 -->« Entretien » entre le Ministre et le Président du conseil régional Voir B4
Année 3 -->« Bilan de vie de l’Eglise locale » Voir C3
Année 4 -->« Entretien » entre le Ministre et le Président du conseil régional Voir B4
Année 6 -->« L’évaluation » Voir B5 se compose :
o D’un bilan de vie de l’Eglise locale,
o D’un entretien entre le Ministre et le Président du conseil régional
o D’une décision concernant la poursuite du ministère sur place.
6 – L’équilibre entre ministère local et synodal
Le pasteur est ministre de l’Union nationale, sa fonction et ses engagements dépassent
le seul cadre de l’Église locale, comme sa prédication dépasse les seuls lieux ecclésiaux. Le
synode national demande aux ministres d’être attentifs au partage de leur temps de ministère
entre le lieu d’exercice du ministère et l’union des Églises. Il encourage les ministres à mettre
leurs charismes au service de tous.
Pour signifier la communion entre ministre et Union nationale, le synode national
décide d’inviter systématiquement les ministres au synode national qui suit la reconnaissance
de leur ministère. Un temps d’accueil particulier leur sera réservé. Pour signifier le lien entre
Église locale et Union nationale, le synode national demande que des délégués de la région au
synode national soient présents lors des reconnaissances de ministère.
La reconnaissance passe aussi, concrètement, par une attention soutenue aux
conditions matérielles de vie et d’exercice des ministres. Le synode national demande aux
conseils régionaux d’être particulièrement attentifs à l’équité des moyens matériels mis à la
disposition des ministres.
C – DES CONSEILS PRESBYTERAUX
La relation pasteur/conseil presbytéral est un travail d’équipe et de collaboration. Le
pasteur n’est pas l’employé du conseil presbytéral, les conseillers ne sont pas les assistants du
pasteur. Dans l’écoute et le respect mutuels, l’autorité s’exerce ensemble, pour le bon
gouvernement de la communauté locale en vue du rayonnement de l’Evangile et de la
croissance de l’Église.
Le Synode national remercie tous les membres de l’Église engagés dans les différents
conseils. Il rappelle aux conseils presbytéraux leur responsabilité dans l’établissement de
bonnes conditions d’exercice du ministère pastoral, notamment en termes de formation, de la
même manière que le pasteur participe au discernement des ministères locaux et à leur
formation.
1 – Projet de vie
L’Église locale a un « projet de vie » qui dit son identité, ses priorités et les axes principaux de sa mission; elle ne saurait faire l’impasse sur la rédaction de ce projet. La mise en dialogue entre ce projet de vie et les charismes du pasteur permet de préciser les modalités d’une collaboration fraternelle en explicitant les attentes, les priorités, les responsabilités et les moyens nécessaires. Ce projet « vivant » évolue tout au long du chemin commun et doit servir de référence lors des bilans de vie de l’Église locale et de l’évaluation du ministère. Chaque conseil régional fournira des outils aux églises locales pour l’élaboration de ce projet de vie.
2 - Formation des conseillers presbytéraux
La coordination “ Edifier-Former ” et les conseils régionaux doivent veiller au développement de la formation des conseillers presbytéraux et des présidents de conseil presbytéral. Une attention particulière devra être donnée aux Églises locales accueillant des proposants.
3 - Bilan de vie de l’Église locale
Le synode national demande aux conseils régionaux et aux conseils presbytéraux d’instaurer une réunion de bilan de la vie de l’Église locale, en présence d’un représentant du conseil régional, tous les 3 ans. Le synode national demande au conseil national de mettre en place une méthodologie et des outils communs pour cette rencontre.
D - DES AUTRES MINISTERES
1 - Une Église en mission
La question des ministères doit rester toujours ouverte, puisque l’Église est “ toujours à réformer ”. C’est pourquoi le conseil national, les conseils régionaux et les Églises locales sont appelés à poursuivre leur engagement dans une démarche d’annonce de l’Évangile et de croissance de l’Église, et à en tirer ensemble les conséquences en termes d’organisation humaine, géographique, matérielle, notamment dans la complémentarité des ministres au sein des secteurs et/ou consistoires.
2 - Une diversification des ministères personnels
Le synode national rend grâce pour la diversité et la richesse des ministères locaux qui
participent de la vitalité de l’Église réformée de France. Le pasteur accompagne, soutient et
forme ces ministères.
La mise en place de chargés de mission régionaux s’expérimente dans certaines
régions. Il s’agit d’un ministère confié à des personnes appelées, formées, reconnues,
accompagnées, évaluées, pour une mission précise dans un temps donné. Le synode national
encourage chaque conseil régional à mettre en chantier cette nouvelle forme de ministère. Le
conseil national accompagnera ces expériences, leur analyse et leur bilan.
La question de la diaconie, et en particulier la réflexion autour du ministère diaconal,
mériterait de figurer à l’ordre du jour d’un prochain synode.
3 - Le conseil régional
Au-delà de ce synode, les conseils régionaux resteront attentifs aux conditions de
l’exercice du ministère, tant au niveau des fondements théologiques qu’à celui de l’insertion
dans les Églises locales et dans le monde.
Les entretiens entre le ministre et le président du conseil régional, les bilans de vie de
l’Eglise locale et l’évaluation du ministère étant particulièrement importants pour le bien-être
des ministres et de l’Église, les conseils régionaux veilleront en leur sein à discerner avec soin
les personnes chargées de ces rencontres.
Les conflits étant inhérents à toute vie communautaire, le synode national demande au
conseil national de mettre en place une formation à la gestion de conflits pour les présidents
de conseil régional. Il demande également au conseil national de constituer une équipe
chargée de proposer la mise en place concrète de la médiation dans l’Église réformée.
Le ministère des présidents de conseil régional est déterminant, tant pour
l’organisation de la vie de l’Église que dans la présence pastorale auprès des ministres; le
synode leur exprime sa reconnaissance.
ENVOI
Au terme de sa réflexion, le synode tient à remercier chacun des ministres de l’Église
réformée de France. Par leur diversité, leurs charismes, leur participation à la mission de
l’Église, ils aident l’Évangile de Jésus-Christ à rejoindre la vie des hommes et des femmes de
ce monde.
Cette mission n’est la propriété de personne, elle dépasse chacun, individu, Église
locale, autres lieux de ministères. L’Église de Jésus-Christ déborde chaque Église particulière.
C’est pourquoi les dialogues oecuméniques sur la question des ministères doivent être
poursuivis. De même, chaque Église locale et chaque ministre sont invités à avancer dans un
partage plus grand des tâches de desserte, d’annonce et d’engagement commun avec d’autres
Églises, pour la seule gloire de Dieu.
Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 23 mai 2004
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org