FÉDÉRATION PROTESTANTE DE FRANCE
Commission des relations oecuméniques
Les Eglises membres de la Fédération protestante de France ne doivent pas se résigner à se présenter divisées sur la question du baptême. Unies autour du Repas du Seigneur, elles ne peuvent se contenter de constater leur désaccord sur la forme et le sens qu'elles donnent à l'acte pastoral par lequel est signifiée l'incorporation du baptisé au corps du Christ. Le risque est grand de continuer à vivre dans l'habitude d'une division d'autant plus séparatrice qu'elle concerne l'un des deux seuls sacrements reconnus par l'ensemble des Eglises de la Réforme, le baptême et la sainte cène. Plus que la simple cohésion du pacte fédératif, c'est la qualité de la communion à laquelle aspirent les Eglises membres de la FPF qui risque de s'en trouver fortement altérée. En rester au constat de l'impossibilité pour ces Eglises de vivre en pleine communion ecclésiale pourrait légitimement être perçu comme une forme de contretémoignage rendu à l'Évangile.
Les divergences concernant cette question sont connues et ont été largement explicitées et commentées dans le document publié par la FPF en 1990 et intitulé Pour un dialogue sur le baptême au sein de la FPF. Dans ses conclusions, ce document estimait que « l'urgence aujourd'hui est d'engager un vrai dialogue. Bien des problèmes naissent de la non connaissance de la théologie et de la pratique de " l'autre " « . Dans une allusion - sans doute trop discrète - à l'épineuse question du " rebaptême ", le même document ajoutait " que l'on devait prendre conscience de ce qui dans (ce geste) pouvait être perçu, à tort ou à raison, comme blessant " pour les Eglises de tradition pédobaptiste : " Il ne s'agit pas que de divergences théologiques mais aussi de blessure infligée à des frères et à des soeurs. "
Il faut regretter que ce document ait été fort peu étudié dans les Eglises et n'ait guère suscité de réactions bien qu'il comportait tous les éléments de nature à provoquer un débat intéressant. Parmi les trop rares commentaires qui en ont été faits, signalons plus particulièrement celui d'André Birmelé pour qui le texte de la FPF laisse planer une ambiguïté sur la pratique de la " présentation " dans les Eglises adeptes du baptême des enfants : alors que le texte laisse entendre qu'il faut y voir une sorte de " cohabitation heureuse en leur sein d’une pratique pédobaptiste et d'une pratique baptiste ", A. Birmelé conteste ce point de vue et estime au contraire que l'on peut donner au baptême d'adulte ultérieur la même signification qu'au baptême d'enfant dès lors que l'on voit ces deux actes comme " un don de la grâce, parole de Dieu visible et non en premier lieu comme fruit de la foi » (2). Une autre ambiguïté résiderait dans la manière dont est soulevé le problème de l'autorité de l'Écriture : " Une fausse alternative intervient cependant dans la seconde partie (du document de la FPF) lorsque le problème devient : autorité de l’Ecriture seule pour les uns, autorité de l'Écriture et de la Tradition ancienne pour les autres... L'alternative Ecriture ou tradition ne nous conduit à rien... Nos manières de donner autorité ne sont cependant pas les mêmes ". Et A. Birmelé de conclure
" L'histoire de la Réforme et les dialogues théologiques contemporains nous montrent que le véritable enjeu est la compréhension de l'attribution du salut et la manière dont Dieu veut s'approcher des humains, ce que nos Eglises appellent traditionnellement le sacrement, la question qui opposait déjà Zwingli et Luther. " (3)
Il est un fait que les différentes Eglises de la FPF n'accordent pas la même signification aux sacrements, et donc au baptême et à la sainte cène (à son propos, on peut noter des différences non négligeables entre ces Eglises, en particulier sur la question de l'hospitalité eucharistique). La poursuite du débat passe donc par l'approche d'une compréhension commune de la notion de sacrement : " Parvenir à nommer ensemble le problème serait un progrès considérable car il permettrait enfin de dépasser toute une série de fausses alternatives toujours à nouveau mises en avant dans ce dialogue. " (4)
Même succinctement posé, ce préalable pourrait permettre d'aborder la question, précédemment citée, dit "rebaptême". Qu'on la justifie ou non, sa pratique peut être considérée comme un élément particulièrement perturbant pour la qualité de la bonne communion intra-fédérative. Autant la distinction entre baptême des enfants (ou adultes croyants) et baptême des professants peut être mis sur le compte de la richesse de nos diversités, autant la pratique du "rebaptême" - ou du moins ses conséquences - relève du scandale de nos divisions. Toute la difficulté vient de ce qu'un même terme désigne deux réalités différentes et inconciliables. On devine les implications oecuméniques qu'une telle difficulté peut comporter.
Le document fédératif de 1990 formulait un certain nombre de propositions que l'on pourrait reprendre. Traitant de l'initiation chrétienne, celuici estimait qu'il serait important " de prendre assez de recul pour penser une théologie globale de l'initiation chrétienne et essayer de voir comment les différentes étapes de celle-ci se situent les unes par rapport aux autres... Ne pourrait-on pas ainsi imaginer que l'ensemble baptême d'enfant plus profession de foi (lors de la confirmation) puisse être considéré comme l'équivalent d'un baptême d'adulte, le signe de la grâce de Dieu et la réponse de la foi étant tous deux présents bien que séparés dans le temps ? ". Pour dire les choses autrement : le parcours d'un croyant est le même dans les deux traditions. On affirme la même chose, mais pas au même moment. On insiste sur la grâce et la foi à des moments différents de la vie. Cette différence - on pourrait même parler de nuance - doit-elle vraiment être considérée comme séparatrice ?
En se saisissant de cette question du " rebaptême ", et en s'adressant au Conseil de la FPF, la commission oecuménique se situe dans le cadre des propositions qu'elle lui avait présentées en mai 1996 (5) dans le but, notamment, « d'initier des lieux de dialogue théologique entre les différentes familles protestantes (par exemple dialogues bilatéraux en tous sens entre les luthéro-réformés, les évangéliques et les pentecôtistes) » . Si la commission n'est pas aujourd'hui en mesure d'apporter une réponse à la question posée, elle y a déjà réfléchi. Depuis 1997, l'essentiel de sa réflexion a porté sur le baptême. Trois rencontres du Forum oecuménique y ont été consacrées avec la participation des théologiens Laurent Gagnebin (ERF) et Neal Blough (Églises mennonites). Il lui semble possible et souhaitable de s'atteler maintenant à la rédaction d'un document centré sur le " rebaptême " et ses conséquences pour la communion fédérative. S'il était accepté par le Conseil, ce projet nécessiterait de mettre sur pied un petit groupe de travail (celui-ci pourrait également servir de banc d'essai à la future commission de théologie de la FPF souhaitée par certains). Si un tel document voyait le jour, l'essentiel de ses conclusions pourrait être intégrées à la Charte de la FPF.
La commission des relations oecuméniques,
Mireille Boissonnat (UEEL), Patrick Booth (AdS), Raymond Dupart (EREI), Jacques Gloaguen (EA), Frédéric Kaltenmark (EELF), Jean-Pierre Siefer (ECAALJERAL), André Souchon (FEEB), Geoffroy de Turckheim (FPF/ERF), Jean-Marc Viollet (président, ERF).
18 mai 1999
Note 1 : il est nécessaire de conserver des guillemets à cette expression - ou à celle, équivalente de " second baptême " -, dans la mesure où elle est fortement contestée par certaines Eglises membres de la FPF pour qui elle ne saurait en aucun cas désigner un deuxième baptême imposé à une personne déjà baptisée.
Notes 2, 3 et 4 : André Birmelé, Le débat entre Luther et Zwingli. Une contribution au dialogue oecuménique sur le baptême, in Positions Luthériennes, janvier-mars 1991/1.
Note 5 : Commission oecuménique de la FPF, De la communion au sein de la FPF, 6 mai 1996.
Source : Ensemble 112
Date de parution : 18 mai 1999
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org