World Council of Churches
Conseil œcuménique des Eglises
Consejo Mundial de Iglesias
Ökumenischer Rat der Kirchen
Bureau de la Conférence de la CME
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Viens, Esprit Saint, guéris et réconcilie : Appelés en Christ à être des communautés de réconciliation et de guérison Version adoptée par la Commission de la CME (rédaction finale en anglais : 19 mai 2005)
Chers sœurs et frères en Christ,
Nous vous saluons d’Athènes, en Grèce. C’est durant la période sainte qui s’écoule entre Pâques et la Pentecôte que nous vous écrivons, ce temps où le Christ ressuscité a préparé ses disciples à recevoir le don de l’Esprit Saint et les a appelés à porter la bonne nouvelle ‘jusqu’aux extrémités de la terre’ (Actes 1,8), en promettant d’être avec eux ‘jusqu’à la fin des temps’ (Matthieu 28,20). Nous étions 600, venus de 105 pays, à nous réunir ici, sur les rives de la mer Egée, à l’invitation de l’Eglise de Grèce et d’autres Eglises en Grèce, pour participer à la 13e Conférence mondiale sur la mission et l’évangélisation (CME) qui s’est tenue du 9 au 16 mai 2005, sous les auspices du Conseil œcuménique des Eglises. Lorsque le soleil s’est levé sur la conférence, un petit bateau est arrivé dans la lumière de l’aube, portant une énorme croix en bois d’olivier, don des Eglises de Jérusalem, signe à la fois de souffrance et d’espérance, une croix faite de fragments d’arbres qui ont été déracinés durant la construction du mur séparant les Palestiniens des Palestiniens et des Israéliens. Nous prions pour que cette croix devienne un signe de réconciliation.
Cette Conférence mondiale sur la mission et l’évangélisation était la première à se dérouler dans un contexte essentiellement orthodoxe. Les jeunes, bien que beaucoup moins nombreux que prévu, y ont joué un rôle important. Pour la première fois, la Conférence a accueilli parmi ses participants à part entière un nombre significatif de délégués d’Eglises non membres du COE : l’Eglise catholique romaine et plusieurs Eglises et réseaux pentecôtistes et évangéliques. En conséquence, quand nous disons ‘nous’, nous nous référons à un groupe très divers, composé de personnes venues de tous les coins du monde, de nombreux milieux ethniques et culturels, parlant de nombreuses langues et représentant les grandes traditions chrétiennes. Notre thème est une prière : ‘Viens, Esprit Saint, guéris et réconcilie’.
Par cette lettre, nous aimerions partager avec vous quelques-uns des points de vue et des défis de cette semaine, vous raconter les joies et les peines que nous avons éprouvées. Jour après jour, nous avons cheminé ensemble, même si nous n’étions pas toujours d’accord. Nous sommes en mission, nous tous, parce que nous participons à la mission de Dieu qui nous a envoyés dans un monde fragmenté et brisé. Nous sommes unis dans la conviction que nous sommes ‘appelés en Christ à être des communautés de réconciliation et de guérison’. Nous avons prié ensemble. Nous avons trouvé une aide particulière dans la lecture de l’Ecriture, alors que nous nous efforcions ensemble de discerner où nous conduit l’Esprit qui guérit et réconcilie, dans nos propres contextes, deux mille ans après l’arrivée de saint Paul sur ces rives, porteur de la bonne nouvelle de l’Evangile de Jésus Christ. Nous voulons partager ce voyage avec vous, et vous inviter à le faire vôtre.
Nous nous trouvons aujourd’hui à un moment particulier de l’histoire de la mission. Même si les centres où s’exerce le pouvoir se situent encore principalement dans le Nord, c’est dans le Sud et dans l’Est que les Eglises connaissent la croissance la plus rapide, qui résulte de la mission et du témoignage fidèles des chrétiens. Le caractère missionnel de l’Eglise apparaît plus divers que jamais, alors que les communautés chrétiennes continuent à chercher des réponses spécifiques à l’Evangile. Cette diversité est stimulante, même si parfois elle nous met mal à l’aise. Néanmoins, nous avons découvert grâce à elle des occasions d’approfondir notre compréhension de l’œuvre créatrice, vivifiante, thérapeutique et réconciliatrice de l’Esprit Saint. Car la puissance de l’Esprit Saint nous touche de multiples manières : dans la douceur et la vérité, le réconfort et la créativité, la célébration et l’action, la sagesse et l’innocence, la communion et la sanctification, la libération et la sainte contemplation. Mais de mauvais esprits sont aussi à l’œuvre dans le monde et, malheureusement, même dans beaucoup de nos histoires et de nos communautés. Ce sont des esprits de violence, d’oppression, d’exclusion, de division, de corruption, d’égoïsme, d’ignorance, d’incapacité à vivre conformément à nos convictions, et de silence craintif face à l’injustice. En discernant l’œuvre de l’Esprit Saint, nous avons éprouvé le besoin de revenir constamment aux racines de notre foi en confessant le Dieu trinitaire qui nous a été révélé en Jésus Christ, le Verbe fait chair.
A Athènes, nous nous sommes sentis profondément interpellés par les nouveaux défis que pose le besoin de réconciliation entre l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud, et entre les chrétiens et les croyants d’autres religions. Nous avons pris douloureusement conscience des erreurs du passé et nous prions pour que nous sachions en tirer les leçons. Nous avons reconnu notre tendance à renforcer les barrières en excluant ou en marginalisant pour des raisons telles que la race, la caste, le sexe ou le handicap, ou en tolérant, dans nos sociétés et dans nos Eglises, la perpétuation de pratiques d’oppression. A mi-chemin de la Décennie ‘vaincre la violence’, nous prenons à nouveau conscience que l’appel à la non-violence et à la réconciliation est au cœur du message de l’Evangile. En tant que rassemblement mondial, nous sommes interpellés par la violence que suscitent les forces de la mondialisation économique et du militarisme, et par la situation tragique des personnes marginalisées, en particulier les communautés autochtones et les populations déracinées par la migration.
Saint Paul parle de la nouvelle création annoncée par le Christ et rendue possible par l’Esprit Saint. ‘C’était Dieu qui, en Christ’, dit-il, ‘réconciliait le monde avec lui-même, ne mettant pas leurs fautes au compte des hommes, et mettant en nous la parole de réconciliation. C’est au nom du Christ que nous sommes en ambassade, et par nous, c’est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu’ (2 Corinthiens 5,19-20). Cette ‘nouvelle création’, nous la considérons comme l’objectif de notre entreprise missionnaire. Avec Paul, nous croyons que la réconciliation et la guérison sont essentielles au processus permettant de parvenir à cet objectif. La réconciliation, en tant que rétablissement de relations justes avec Dieu, est la source de la réconciliation avec soi-même, avec les autres et avec l’ensemble de la création.
Mais le chemin de la réconciliation et de la guérison n’est pas aisé. Il exige l’écoute, la vérité, la repentance, le pardon et un engagement sincère en faveur du Christ et de sa justice. C’est pourquoi nous avons exploré de nombreuses formes sous lesquelles le pouvoir divin de guérison nous est offert : les guérisons survenues grâce à la prière, aux pratiques ascétiques et aux charismes de guérison, aux sacrements et aux services de guérison, à une combinaison d’approches médicales et spirituelles, sociales et systémiques, grâce aussi à la conscience que nous avons de la présence vivifiante de l’Esprit Saint, alors même que nous acceptons la maladie et les traumatismes et que nous continuons à les affronter. Nous avons célébré des services de guérison et nous avons été touchés en entendant le témoignage de professionnels de la santé et de conseillers chrétiens et le récit de leur lutte pour faire accepter une approche plus holistique. Nous avons été inspirés par les récits de personnes vivant avec le VIH et le sida, et incités à lutter contre la stigmatisation et la discrimination et à promouvoir l’intégralité pour les personnes vivant avec le VIH et le sida. Nous avons entendu les témoignages de personnes qui ont été guéries par la puissance de l’Esprit Saint, mais aussi d’autres qui n’ont pas été guéries ou qui ont été confrontées à des pratiques de guérison corrompues ou visant à les exploiter. Nous avons entendu aussi des récits de guérison au milieu des luttes pour la justice sociale, économique et écologique. Toute guérison authentique vient de Dieu. Elle peut être de nature physique, mentale, émotionnelle ou spirituelle, et elle partage la tension inhérente à la venue du Règne de Dieu, qui est à la fois ‘déjà là’ et ‘encore à venir’. C’est pourquoi nous célébrons la guérison authentique comme un signe vivant de la nouvelle création de Dieu.
Vivant dans l’Esprit Saint, anticipant le Règne de Dieu, appelés à devenir les enfants de la nouvelle création de Dieu, nous devons aussi prendre acte de la nature troublée et confuse du temps présent. Nous souffrons en constatant que la mission de Dieu est dénaturée par les divisions et le manque de compréhension qui persistent dans les Eglises et entre elles. Aspirant à une participation plus complète et plus authentique à la mission de Dieu, nous continuons à déplorer notre incapacité à surmonter les barrières qui nous empêchent de célébrer ensemble le sacrement le plus profondément porteur de guérison et de réconciliation, l’Eucharistie – la Sainte Cène. Aussi avons-nous vu dans le thème de notre Conférence un appel à admettre humblement que nous avons nous-mêmes besoin de guérison et de réconciliation.
Mais Dieu nous appelle à être une communauté d’espérance. ‘Appelés en Christ à être des communautés de réconciliation et de guérison’, nous avons continué, ici à Athènes, à nous efforcer de définir le type de communauté que Dieu désire que nous devenions, une communauté qui témoigne de l’Evangile en paroles et en actes, qui soit vivante dans le culte et l’apprentissage, qui annonce à tous l’Evangile de Jésus Christ, qui offre aux jeunes des fonctions à responsabilités, qui ouvre ses portes aux étrangers et accueille les marginalisés en son sein, qui s’engage aux côtés de ceux qui souffrent et de ceux qui luttent en faveur de la justice et de la paix, qui soit au service de tous les démunis, qui reconnaisse qu’elle est elle-même vulnérable et qu’elle a besoin de guérison, une communauté fidèle dans son engagement envers l’ensemble de la création. Nous prions l’Esprit Saint d’insuffler sa puissance de guérison dans nos vies, afin qu’ensemble nous cheminions vers la paix bénie de la nouvelle création.
En conclusion, nous souhaitons exprimer notre profonde reconnaissance à toutes les personnes qui ont rendu possible la tenue de cette conférence. Dans le pays où saint Paul a proclamé l’Evangile de l’amour réconciliateur de Dieu en Jésus Christ, nous prions pour que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit Saint soient avec vous tous.
Athènes, le 18 mai 2005
Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 19 mai 2005
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org