Auteur(s) : AKLI Corinne
Accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu
(Rom 15 7)
Lectures : Romains 15 v. 1 à 7 & Luc 9 v. 46 à 56
Luc nous montre les disciples qui voulaient faire tomber la foudre sur un village samaritain qui avait manqué d’hospitalité. Et beaucoup de manuscrits indiquent que Jésus les réprimanda en leur disant « savez-vous quel esprit vous anime ? Le fils de l’Homme n’est pas venu pour détruire les vies mais pour les sauver ».
Savons-nous quel Esprit nous anime ?
Les disciples, dans ce court passage de Luc ne sont pas dans leur meilleure forme, où est passé leur sens de l’humour ? Où est passé leur bel enthousiasme, leur union fraternelle, leur amitié, leur humilité, leur zèle à se mettre au service ? Nous les découvrons imbus d’eux-mêmes et de leur supériorité, cherchant à savoir qui est le plus grand, qui sera le plus digne de succéder au maître, mettant leurs talents en concurrence et se mesurant également avec « les autres » ceux qui hors du cercle des douze prétendent parler et agir au nom de Jésus, les voilà qui s’arrogent des droits d’auteurs, qui s’autoproclament seuls ayants droits dans l’héritage spirituel et dans les méthodes thérapeutiques brevetées et inscrite à la protection des droits d’auteur. Nous avons trouvé quelqu’un qui chasse les mauvais esprits en ton nom et nous sommes intervenus pour l’en empêcher, car il ne marche pas avec nous. Et qui chassera leur mauvais esprit ? Savez-vous de quel esprit vous êtes animés ? Pauvres disciples, ils ont tout faux aujourd’hui et nous pouvons bien les plaindre et les tourner en ridicule : tellement ils sont bêtes, méchants, bornés, pas question de les citer en exemple et de conformer notre conduite à la leur.
Rien qu’à cause de ce texte je crois à l’existence de Dieu, un Dieu tout autre, dont les pensées ne sont pas nos pensées, un Dieu qui cherche à sauver la où la logique humaine voudrait rayer, effacer, détruire, c’est peut-être une des rares preuves de l’existence de Dieu qui nous est ainsi donnée noir sur blanc : quel miracle sur/naturel, sur/humain, extra/ordinaire que la Bonne nouvelle du Christ soit parvenue jusqu’à nous malgré la faiblesse et la médiocrité des disciples et des témoins.
La bêtise humaine est incommensurable. Dans la langue arabe, il existe deux mots pour traduire le pauvre et ces deux mots sont passés dans la langue française, il y a d’abord le miskin le mesquin avec sa petitesse, ses vues étroites, son manque de style, son manque de culture et de grandeur d’âme et puis il y a le fakhir avec sa noblesse dans le dépouillement, son art de vivre, sa philosophie. Il me semble que dans la succession apostolique à travers les 20 siècles qui se sont écoulés depuis le manuscrit de Luc nous nous sommes souvent ingéniés à ressembler aux mesquins, nous avons pris exemple sur Jacques et Jean que Jésus surnommait les boanerguès boanerges (Mc3v.17) les fils du tonnerre, nous avons attisé les luttes intestines, par esprit de clan, par esprit de division, par esprit de jugement et d’intolérance, nous avons bourré nos confessions de foi d’avalanches d’anathèmes contre tous ceux qui ne pensaient pas exactement comme nous, tous ceux qui tentaient de s’éloigner de la ligne institutionnelle officielle et de schisme en schisme, d’hérésie en secte, nous avons réussi à morceler le témoignage de l’Eglise du Christ. Il ne reste plus de nos jours beaucoup de disciples qui ressemblent à des enfants (Les Baladins !) ou de chasseurs de démons (quoique les liturgies thérapeutiques reviennent), mais nous n’avons pas fait que nous éloigner les uns des autres, ce serait injuste de ne pas dire que nous avons aussi su au cours des siècles favoriser l’esprit d’association, l’esprit d’union. Et la distribution massive de bibles traduites dans la langue maternelle (2403 langues différentes) de millions de personnes a contribué à mettre en route de nouveaux compagnons extrêmement différents d’une extrémité à l’autre de la terre tous assoiffés d’entendre et de partager la bonne nouvelle de ce Dieu qui est venu marcher sur les routes des hommes. Et puis tous ces mouvements d’alliance, de concorde, de fédération, d’unions nationales ou internationales, ces conseils (œcuménique, universel) ces plates-formes de dialogue et d’actions communes tout cela est aussi le reflet de la volonté profonde de vivre ensemble non dans une uniformité desséchante et contraignante, mais dans la pluralité des membres et des organes d’un même corps avec des sens, des sensibilités et des fonctions distinctes et indispensables.
Et aujourd’hui encore nous sommes dans cet état d’esprit : unir nos dons, nos richesses, faire grandir entre nous l’esprit de concorde, de solidarité, de soutien mutuel et de témoignage commun. Alors il ne s’agit pas de faire l’unité pour faire l’unité, de montrer qu’on est grands et forts et nombreux et de présenter des chiffres, des statistiques, du volume ça ce serait revenir au verset 46-47 de Luc 9 au moment où ils se demandent s’ils sont les plus grands, les plus beaux, les meilleurs, ce serait revenir à ce qui habite le plus profond du cœur de l’homme et de la femme de siècle en siècle « Miroir, mon beau miroir suis-je toujours la plus belle ? »(Blanche Neige, comme tous les contes d’enfants révèle nos angoisses les plus secrètes) il s’agit d’obéir au commandement de l’accueil, l’accueil de l’enfant par des adultes bienveillants qui marchent à côté, pour l’aider à traverser, à avancer, l’accueil de l’enfant comme porteur de l’image du Christ lui-même et de Celui qui l’a envoyé, l’accueil de l’autre selon Paul, l’accueil du faible qui engage les forts à porter l’infirmité du plus faible (comme le soulignait notre prédicateur Antoine Schluchter hier : les porteurs de foi qui ont fait passer le brancard du paralysé (Lc5, Mc2,Mt9) par le toit de la maison), l’accueil allelous réciproque, mutuel, les uns les autres parce que cet accueil est à l’image, à la ressemblance de l’accueil que le Christ lui-même a manifesté pour chacun séparément et de manière spécifique.
Et s’accueillir ce n’est pas simplement se supporter, s’épauler, s’équilibrer, se tolérer ou gommer nos spécificités mais c’est notre manière de manifester la grandeur de la gloire de Dieu. En effet Luc dit que s’accueillir, accueillir un enfant c’est accueillir Dieu et son envoyé, il souligne que le fils de l’homme n’est pas venu détruire mais sauver les vies humaines, quant à Paul il évoque deux fois la glorification de Dieu, comme le seul but et l’aboutissement de nos alliances et de nos efforts d’accueil mutuel « être bien d’accord entre vous, comme le veut Jésus Christ, afin que d’un même cœur et d’une seule voix/bouche, vous rendiez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu » (Rom 15 v6-7) Le but final de l’œuvre du Christ comme celui de la vie communautaire est donc bien la gloire de Dieu.
Est-ce bien là l’Esprit qui nous anime ? Non pas l’esprit mesquin de la vaine gloriole, de la concurrence médiocre et des statistiques matérialistes mais cet Esprit d’accueil fraternel, de reconnaissance mutuelle et de témoignage commun à la gloire de Dieu dans l’actualité de notre société.
C’est le défi qui s’ouvre à nous : Sommes-nous capables de surmonter nos différences et d’en apprécier la saveur originale ? Sommes-nous capables de ranger les armes, les boucliers et les rancoeurs du passé pour faire un bout de route ensemble (juifs et grecs, juifs et samaritains et puis aussi grecs et samaritains) ? Et, pour reprendre l’image du jardin de notre Secrétaire général, sommes-nous capables d’accepter ceux qui viennent travailler sur nos plates-bandes ? L’esprit d’équipe, cela n’est pas vraiment notre fort. Nous aimerions -comme les 12 premiers disciples- garder la maîtrise de ce que nous faisons, or la mission que le Christ nous confie est bien trop grande et trop importante et trop précieuse pour qu’on l’accapare. La récolte ne nous appartient pas, nous ne sommes pas les propriétaires, même si nous nous conduisons souvent en gérants tyranniques. Est-ce que nous souhaitons vraiment avoir d’autres ouvriers à nos côtés ? Est-ce que nous sommes prêts à réorganiser le travail pour qu’il y ait place pour chacun, que personne ne se sente exclu, mal-jugé, sous-exploité. Nous sommes appelés à une responsabilité collégiale. Travailler ensemble, sous la houlette d’un seul patron, dans le même but : rendre gloire au Seigneur.
Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;REFORME;
Date de parution : 12 mars 2006
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org