Assemblée générale de la Fédération protestante de France, 11 et 12 mars 2006
Culte d’ouverture. Prédication du pasteur Antoine Schluchter

La Maison où Dieu est
Marc 2/1-12

 

Bienvenue !
Lors d’un récent passage en Cévennes, j’ai visité le Temple du village.
Sur le fronton, il était écrit… « Maison de Dieu ».
Ce qui, paraît-il, ne plaisait guère aux catholiques.
Et qui surprend un peu chez des protestants reliant la présence de Dieu plutôt aux personnes rassemblées en son nom qu’aux lieux.

Eh bien ce matin, je vous dis plus simplement, mais très chaleureusement :
« Bienvenue dans la Maison du Protestantisme ! »
Qui nous accueille dans ses murs et nous offre ses facilités.

En assemblée
« Quelques jours après le début du Carême, on apprit que le protestantisme était réuni au 47, rue de Clichy.
Une foule de délégués s’y rassembla si nombreuse qu’il ne restait plus de place, pas même devant la porte, sauf pour la responsable de la communication qui briefait les journalistes.
Il y avait des représentants des communautés, d’œuvres innombrables – certainement celles préparées d’avance par Dieu afin que nous les pratiquions… – et d’Eglises, assez nombreuses elles aussi : réformées, luthériennes, salutistes, libristes, baptistes, apostoliques, de Dieu, du Nazaréen…
Par moments d’ailleurs, c’était un peu le capharnaüm. »

Expression inspirée du nom d’une bourgade sise au bord du Lac de Galilée.
Marc nous y donne rendez-vous dans une maison.
Certainement une maison de pécheurs…

Images de l’Eglise
Il y a dans ce texte comme un oubli monumental.
Genre la grand-mère ou la belle-mère sur une aire d’autoroute.
A première vue, tout allait pour le mieux :
Jésus était arrivé, tout le monde avait accouru, la maison était bondée.
Il parlait dans un silence respectueux.

Image rêvée de l’Eglise : rassemblée en foule, à l’écoute du Christ !
Comme un Temple pour des confirmations.
Ou une salle de culte évangélique pour un concert de Louange.
On avait juste oublié, dans la précipitation, l’estropié du village.
Le foudroyé par Dieu à cause de ses nombreux péchés.
De toute manière, il n’y aurait pas eu de place pour un brancard.

Image égratignée de l’Eglise qui, spontanément, ne ferait pas place aux estropiés de la vie ?

On frappe à la porte
Revenons à nous, si l’on peut dire.
« Arrivèrent soudain cinq nouvelles églises apportant avec elles une dimension, quelque chose, quelqu’un, on ne savait pas très bien… qui manquait au protestantisme.
Elles disaient d’une seule voix : « Voici, je me tiens à la porte et… »
Enfin, elles frappaient à la porte de cette assemblée en lui apportant…
Eh bien, leur vie, leur vision, leurs lacunes, leurs dons. 
Une partie de ce qui nous manquait, qu’on avait oublié sur une ère, considérée comme révolue. »

Marc aurait pu en rester à cette touchante histoire de foi et de solidarité.
Une de ces belles initiatives comme il s’en prend souvent en dehors des églises.

Avec, à la clé, une guérison du cœur et non seulement du corps.
Un pardon fort, libérant de toutes les ruptures et autres blocages du péché.

Regards obliques
Mais ceux qui avaient oublié le grabataire n’allaient pas louper le rabbi effronté.
Au fait, pensaient-ils encore au paralytique autrement que comme à un cas d’espèce… ou à une hypothèse d’école ?
Avaient-ils d’ailleurs jamais pensé à lui ?
Comment pensons-nous aux autres que les nôtres ?

Il y avait jadis des interprètes de la loi, on le voit.
N’y aurait-il pas aujourd’hui des censeurs de l’Evangile ?
On pense au mot de Clavel : « Messieurs les censeurs…. »

Prompts à reboucher les trous laissant entrevoir le bleu du ciel.
A réparer les poutres pour faire tenir la paille. Tiens : paille, poutre…

Un simple coup d’oeil peut suffire à clouer un estropié sur son grabat.
Il y en a parfois qui poussent la porte de nos temples.
Un regard oblique, et les voilà à nouveau dans la rue.

Une seule parole peut enfermer quelqu’un dans sa culpabilité.
Ou le bloquer pour très longtemps.
Je pense à ce pasteur qui avait interrompu son sermon pour dire, du haut de la chaire, à sa fille de huit ans en train de gigoter : « Emilie, de la tenue ! »
Des années après, elle en parle encore, la gorge nouée.
Et le dimanche matin, elle va gigoter dans la nature avec des amis.

Intrusion divine
En fait, petit à petit, l’évangéliste emballe le récit qui devient soudain l’histoire d’une intrusion divine.
Ah ! Laisser Dieu faire des trous dans nos toitures, bouleverser nos poutraisons.
S’en offusquer serait réagir comme des propriétaires attachés à leurs murs.

On a l’impression que le Christ sourit.
Que cette descente du paralytique est une facétie du Saint-Esprit.
Et surtout, que l’Evangile va enfin transfigurer cette assemblée.

Jésus n’oublie personne : le paralytique, les censeurs, la foule.
Tout le monde en aura pour ses drachmes !
Cette grossière interruption – pas le trou dans le toit, mais les tristes sires – il va en faire quelque chose.
Elle va devenir un révélateur extraordinaire, un catalyseur évangélique !

Parce qu’à l’époque on le sait, il paraissait légitime de relier maladie et péché.
Il était certes admis que certains thaumaturges avaient des pouvoirs guérisseurs.

Mais pardonner les péchés ! Et en plus en opérant la guérison !
Comment Dieu pourrait-il exaucer un blasphémateur ?

Eh bien, vous saurez que le Fils de l’homme a pleins pouvoirs sur la terre pour accorder le pardon des péchés.
C’est pourquoi, je te l’ordonne: lève-toi, emporte ton brancard et rentre chez toi.

A ciel ouvert
Nous sommes dans la maison du protestantisme.
Nous souhaitons qu’elle soit la maison de Dieu.
Ou plus précisément, « la maison où Dieu est. »
Parmi ses enfants rassemblés -- en assemblée en son nom, selon sa promesse.

Comment sommes-nous entrés dans cette maison du rassemblement ?
Comment va-t-on y vivre notre foi, y exprimer notre accueil ?
Saurons-nous faire de la place aux nouveaux porteurs de la Bonne Nouvelle ?
A ceux qui nous rejoignent, porteurs aussi d’un monde estropié que nous avons pu oublier ?

Faudrait-il que le Seigneur et les « nouveaux » s’accommodent de nos formes ?
Ne débordent pas de nos charpentes liturgiques ?
Ne flanquent pas la pagaille avec leurs charismes qui « déchirent » ?

Et comment sortirons-nous de ce lieu, de ce temps passé ensemble ?
En enfilant le manteau de nos paralysies laissé dans la pièce idoine ?
Ou avec notre brancard sous le bras ?

Puisse notre rassemblement, puissent nos échanges, puissent nos décisions faire place à l’intrusion divine, à ses ouvriers venus d’ailleurs : dans l’espace francophone, du charismatisme, de l’adventisme, de l’immigration qui sait ?

Et si, sur le brancard, c’était nous ? Au moins parfois.
Et si c’était eux qui nous apportaient au Christ ?

Faire place aux estropiés de la vie et de la foi.
Leur laisser le temps de descendre jusqu’au milieu de nous.
Ecouter ensemble le Christ et nous ouvrir à son action.

Y a-t-il de la place pour tous dans notre vie fédérative ?
Ouvrons nos cœurs et l’espace de nos tentes… centenaires !

Les brèches dans nos habitudes et nos spiritualités de confort ?
- Des ouvertures vers le ciel.

Laissons-nous porter, relever, pardonner, mettre en route !

Et qu’au sortir de ce lieu, de ce jour, de cette assemblée.
Et qu’au terme du culte que nous vivrons demain, nous puissions dire :

« Nous n’avons jamais rien vu, jamais rien vécu de pareil ! »

AMEN

Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 11 mars 2006


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