Myriam Delarbre : Jean-Arnold de Clermont, vous achevez le 30 juin prochain votre second mandat de président de la Fédération protestante de France. Les 31 mars et 1er avril, l’assemblée générale ordinaire de la Fédération élira un nouveau conseil qui désignera alors son nouveau président. A quelques semaines de votre départ, quel bilan faites-vous de ces 8 ans passés au 47 de la rue de Clichy ?
Jean-Arnold de Clermont : Si vous le permettez je voudrais d’abord dire ceci : pendant toutes ces années, j’ai pu non seulement compter sur les permanents de la rue de Clichy, les membres du conseil de la Fédération protestante et de l’Assemblée Générale mais aussi sur un réseau que j’évalue à un millier de femmes et d’hommes, qui témoigne, partout en France, de l’unité du protestantisme français. Avant de quitter mes fonctions, je veux rendre hommage à ce réseau fédératif et exprimer à tous ma gratitude.
Quant au bilan de ces années, qui ont été extraordinairement enrichissantes à titre personnel, je ne peux le dresser qu’à grands traits.
J’évoquerais en premier lieu nos engagements publics. Engagement sur la question de la laïcité, sur la question des sectes. Nous avons rappelé l’attachement des protestants aux principes de la laïcité (notamment lors des festivités du centenaire de la Fédération le 25 octobre 2005) mais nous nous sommes aussi montrés capables d’aborder très simplement et rigoureusement les problèmes d’application de la loi de 1905. Nous avons été entendu, je le crois, chaque fois que nous avons rappelé l’impérieuse nécessité du respect de la liberté religieuse sans quoi des communautés se trouvent a priori marginalisées, stigmatisées, enfermées dans la « catégorie » des sectes, des « évangéliques » …
Deuxièmement, la Fédération protestante a beaucoup travaillé à la redécouverte des différents courants du protestantisme. Nous avons développé notre communication en ce sens et avons senti, de la part des média, un intérêt renouvelé pour la question. Bien entendu, les préjugés n’ont pas disparu mais nous nous sommes donné les moyens de répondre à nos interlocuteurs et de mieux les informer. Ces progrès dans la connaissance que nous avons les uns des autres doivent être maintenant approfondis car sur le plan local les protestants des différentes Eglises (luthériennes, réformées, évangéliques, pentecôtistes) cohabitent trop souvent sans prendre le temps de vraies rencontres.
Enfin, la Fédération protestante a œuvré au témoignage commun de l’Evangile dans notre société sur des dossiers qui nous tenaient à cœur. Je crois que nous avons réussi à nous faire entendre sur des questions aussi importantes que l’environnement, la bioéthique, la famille, les migrations… Nous avons ainsi participé aux débats de société non pas avec des arrières pensées communautaristes, mais avec un esprit d’ouverture au plan œcuménique, au sens large, et au plan international, avec nos interlocuteurs européens et africains. Pour moi, il est tout à fait primordial que les protestants ne restent pas centrés sur eux-mêmes.
A l’heure du « passage de témoin », quels sont les défis que la Fédération protestante devra relever, quels conseils donnerez-vous à votre successeur ?
Il ne s’agit pas d’une succession apostolique ! Le « passage de témoin » se fera très naturellement, dans la continuité et la confiance, et grâce au travail quotidien des services de la FPF ! Il faut avoir à l’esprit qu’une des tâches principales du conseil et de son président est tout simplement de répondre aux interpellations qui lui sont adressées.
Quant aux défis… J’en vois de trois ordres.
Tout d’abord, il faudra travailler à conforter l’unité du protestantisme et dépasser l’antagonisme entre ce que nous appelons communément les pôles luthéro–réformé et évangélique. Car si des tensions existent, qui tiennent à nos histoires, à nos théologies, à nos liturgies, à nos spiritualités, ces mêmes tensions existent à l’intérieur même de chaque Eglises membre. Or, nous devons dépasser cette idée d’un pôle « libéral » et d’un pôle « conservateur » qui nous opposerait les uns aux autres. Les protestants de France doivent absolument mener à bien un débat théologique pour parvenir, non pas à effacer, mais à dépasser cette pierre d’achoppement : l’unité d’un témoignage commun est à cette condition et elle est absolument essentielle.
Nous ne pourrons le faire, et cela constitue un deuxième défi, qu’en ayant le souci constant du dialogue avec toutes les composantes de la société française. Comme dans toute Eglise, le repli sur soi-même est toujours un risque. Il faut absolument l’éviter. Nous avons tout à gagner à nous ouvrir aux autres. La participation aux débats publics doit être la ligne constante de la Fédération protestante de France.
Quant à l’ouverture européenne, à l’ouverture vers l’Afrique, je ne doute pas qu’elles demeurent, dans la mesure où chacune de nos Eglises entretient des relations qui doivent être mises dans le « pot commun fédératif ».
Pour conclure, qu’allez-vous devenir au 1er juillet 2007 ? Je ne vous imagine pas « pantoufler » à la campagne !!!
En effet, il y a un avenir après le 30 juin !!! Je demeure président de la Conférence des Eglises Européennes jusqu’en 2009 et j’aurai à organiser son assemblée générale, qui se tiendra à Lyon en juillet 2009. Je reste engagé à la Fondation pour le Protestantisme (FPP) qui est un instrument fort utile au protestantisme français au plan juridique et au plan fédératif. Parce que cela me tient très à cœur, je poursuis mon engagement auprès des communautés évangéliques tziganes, qui ont besoin d’être soutenues dans leur témoignage et dans leur place dans la communauté nationale. Enfin, on me demande de présider au conseil du Défap. La décision est en cours. Il s’agirait d’un engagement très naturel pour moi, beaucoup moins prenant que celui à la Fédération protestante de France. Au final, je ne désespère pas de me réserver un ou deux jours par semaine pour moi, à partir du 30 juin !!!
Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 09 mars 2007
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org