Fédération protestante de France
Assemblée générale 31 mars – 1er avril 2007
Nous voici donc rassemblés dans cet amphithéâtre de l’hôpital des Diaconesses. Ceux d’entre vous qui lisent le Nouvel Observateur dans sa version parisienne en connaissent la raison ; nous avons craint que les murs de la rue de Clichy, qui tremblent depuis qu’il est question qu’un ‘évangélique’ soit élu à la tête de la Fédération, ne s’effondrent sur nous ; mais le même hebdomadaire nous ayant appris que la meilleure maternité de Paris était ici même, il était naturel que nous demandions à être admis en ces lieux pour la naissance d’un nouveau Conseil !!! Plus sérieusement, c’est la première fois que nous nous retrouvons aussi nombreux depuis que vingt- deux Eglises sont membres à part entière de la Fédération, et nous souhaitons que toutes soient parties prenantes de notre Assemblée générale. Nos statuts par ailleurs nous font obligation d’avoir un tiers au moins des membres de l’Assemblée venant des Communautés, Institutions, Œuvres et Mouvements. Nous voici donc 135, membres et invités, ne tenant plus en formation plénière dans la salle de conférence du 47 rue de Clichy. Aussi je veux tout d’abord remercier cette maison, sa directrice Madame Katherine Atger et son gestionnaire Monsieur Darmon, de nous accueillir, renouant ainsi avec une période déjà ancienne où le Conseil, qui était en fait l’Assemblée générale et qui a comporté jusqu’à 65 membres, se réunissait régulièrement à l’Ecole d’infirmières à quelques longueurs d’ici. Ils sont peu nombreux dans cette salle ceux qui ont connu cette époque ; Louis Schweitzer, Jean Figuière, Simone Barakoff, certainement. Peut-être quelques autres… Toutefois que cette évocation ne vous inquiète pas ; si le Conseil a souhaité que les rapports présentés à cette assemblée soient en forme de bilan, je ne vais pas placer ce message sous le signe de la nostalgie et des souvenirs. J’aimerais bien au contraire qu’il soit tourné vers l’avenir où cette assemblée, le conseil que vous élirez et son président, permettront au protestantisme français d’être toujours plus, toujours mieux, présent dans l’espace public pour y être témoin de la force et de l’actualité du message évangélique.
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La FPF c’est qui ?
Je reviens sur le nombre évoqué ci-dessus. Nous sommes ici environ 135, c'est-à-dire 99 délégués, 72 des Eglises, 24 des CIOM, plus 3 cooptés, et quelques 35 invités. Sont invités les présidents des Commissions, les responsables des services et le personnel de la rue de Clichy ; cette année, les 5 membres sortants du Conseil non membres d’une délégation d’Eglises ou de CIOM, le commissaire aux comptes, des représentants d’Eglises sœurs, des journalistes…
Mais nous ne sommes que la partie visible de l’iceberg fédératif. Les commissions et les groupes de travail représentent près de 300 personnes engagées régulièrement dans la vie fédérative. C’est avec vous, si j’ose dire, le cercle rapproché. Mais venez un jour passer quelques moments dans nos bureaux et vous verrez ou plutôt entendrez par les appels téléphoniques nombreux que ce cercle ne représente de loin pas la totalité du réseau fédératif. Il faut y ajouter les ‘utilisateurs’ réguliers des services de la FPF – personnes en panne pour leurs visas, associations en difficultés pour leurs statuts – mais aussi les plus de 280 aumôniers de prisons, les 70 aumôniers aux armées plein temps ou bénévoles, les dizaines d’aumôniers d’hôpitaux réunis par la commission ad hoc, les dizaines de correspondants œcuméniques, les dizaines d’animateurs bibliques, les dizaines de prédicateurs radio et de collaborateurs pour la télévision, les innombrables correspondants du service information… J’arrête là ! Mais je souhaitais que vous appréhendiez la richesse de ce réseau et le privilège qui est le nôtre, le vôtre de vivre la Fédération protestante, non pas d’abord comme une institution mais comme une famille, un réseau qui doit être entretenu, encouragé, nourri. C’est à ce réseau et à la place qu’il doit prendre dans le protestantisme français que nous avons pensé tout au long de ces années où d’une Assemblée générale quadriennale, institutionnelle, qui n’avait comme seule fonction que d’élire le Conseil et d’adjoindre de nouveaux membres, nous sommes passés à des assemblées générales annuelles et à des Assises quadriennales de moins en moins tournées vers l’institution, de plus en plus vers la rencontre qui donne au réseau la possibilité de se retrouver, de vérifier sa cohésion, de se donner une visibilité. Les prochaines Assises de 2009 à Strasbourg devraient permettre d’achever le processus qui nous aura conduits à en faire un rassemblement du protestantisme français. J’aimerais vous dire ma reconnaissance personnelle pour l’amitié et la fraternité que j’ai ressenties tout au long de ces années de la part de ce réseau fédératif, rencontré de cultes en conférences, de fêtes en réunions de travail.
Mais, simultanément et portée par ses composantes et ce réseau que je viens d’évoquer, la FPF est une institution, l’institution la plus représentative du protestantisme français. Pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté, je dis tout de suite qu’elle n’est pas la seule. Je le sais et j’ai toujours veillé à ce que cela soit dit et reconnu. Nous avons développé avec la Fédération Evangélique de France, avec l’Union nationale et la Fédération des Assemblées de Dieu, avec le Conseil national évangélique de France, avec l’Alliance évangélique, des relations permanentes ; une rencontre annuelle de la FPF avec la FEF et les ADD permet d’examiner les questions qui nous sont communes sur le plan administratif. Dès qu’une information nous est communiquée par un ministère, nous la partageons avec ces Fédérations et Unions d’Eglises…
Mais je maintiens que la Fédération Protestante de France est l’institution la plus représentative du protestantisme français et doit pleinement jouer son rôle. Tout au long de ces huit dernières années, la question des sectes, la question de la laïcité, la défense des intérêts du protestantisme, nous ont passablement occupés. Je crains qu’il en soit encore longtemps de même ! Parce que l’ignorance des responsables politiques et administratifs sur les questions relatives aux cultes n’est pas près de s’estomper ; parce que la question de la place du religieux dans la société française est loin d’être résolue ou apaisée. C’est pourquoi je penche pour un renforcement de la Commission ‘Droit et liberté religieuse’ qui jusque là était un groupe de travail directement rattaché au président, et devrait être à mes yeux plus systématiquement organisée en commission pouvant anticiper sur les questions des cultes dans la société française, suivre des dossiers comme celui de la mise en œuvre des recommandations de la Commission Machelon, faire des propositions aux pouvoirs publics…
Cela étant, c'est le moment idoine pour nous réjouir de la création d'un observatoire de la laïcité, par décret daté du 25 mars, observatoire que notre rapport de 2002 appelait de ses vœux. Nous attendrons avec attention sa mise en place et particulièrement la désignation des dix personnalités qualifiées qui en seront membres aux côtés des représentants des ministères, de l'Assemblée nationale et du Sénat.
Mais ici une question se pose sur la base des dernières années d’expérience fédérative sur ces dossiers. Ne risquons-nous pas d’être pris au piège de notre volonté d’être présents dans le débat public sur les libertés religieuses? Certains nous disent que nous nous faisons les défenseurs des sectes, que nous sommes parfois assimilés à elles, que nous devrions nous abstenir de communiquer publiquement sur ces sujets mais prendre les chemins de la diplomatie ‘confidentielle’…
J’aimerais dire ici le sentiment qui m’a toujours animé :
S’il s’agit de liberté religieuse, et à plus forte raison de celle des autres, nous ne devons pas hésiter un instant à monter au créneau. D’abord parce qu’il n’est pas tolérable que notre pays puisse mettre en cause cette liberté qu’il garantit constitutionnellement, mais surtout parce que la liberté des autres c’est inévitablement la nôtre. Quand la liberté de se réunir ou d’évangéliser, qu’il s’agisse des témoins de Jéhovah ou de groupes évangéliques, même très éloignés de nous, est mise en question, nous n’avons pas à hésiter ; demain il s’agira de notre liberté à évangéliser ou à nous réunir.
Les questions administratives innombrables que nous avons eu à aborder ne concernent pas directement la liberté religieuse. Elles sont plutôt la manifestation de l’incompétence de beaucoup d’acteurs publics quant à la gestion des cultes. Nous avons toujours tenu à aborder les sujets en toute transparence, y compris en en parlant publiquement. Nous ne sommes pas un lobby qui travaille pour un intérêt communautariste. Nous souhaitons de la clarté dans l’application des textes législatifs et administratifs. Ainsi en est-il de notre intervention auprès de la ‘HALDE’, qui pour l’heure reste d’un silence pour le moins inquiétant quant à la capacité de cette institution à répondre à nos interrogations, et à être ce qu’elle affiche être, (du moins sur les panneaux 4 sur 3): une institution de lutte contre les discriminations. Pour le protestantisme, elle n'est restée que dans l’affichage !
Cela dit, ces interventions n’ont de sens que si nous restons sur le terrain du droit, évitant toute victimisation des protestants, et replaçant cette défense des intérêts du protestantisme parmi les responsabilités statutaires de la FPF.
La FPF, c’est qui ? D’abord un réseau, mais aussi une institution, définie par des statuts et surtout par son objet. Or, au cours des années écoulées, alors que se dessinaient de nouveaux contacts avec des Eglises en demande d’adhésion, ces statuts et l’objet même de la Fédération Protestante de France ont été modifiés de manière tout à fait importante. C’est en 1994 que cela a eu lieu avec l’adjonction de deux paragraphes dans l’article définissant l’objet de la Fédération. Désormais, elle doit "favoriser le dialogue avec les Eglises, Unions d’Eglises, Institutions, Œuvres et Mouvements, se réclamant du protestantisme et qui ne sont pas membres de la Fédération Protestante de France," et "encourager le dialogue et l’action commune avec les autres Eglises chrétiennes". Cette introduction de deux nouveaux items ne signifiait nullement que cela avait été négligé auparavant, mais inscrivait la double dimension de l’œcuménisme intra protestant et pluri confessionnel au cœur de la mission de la Fédération Protestante de France.
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La FPF c’est quoi ?
J’évoque cette modification des statuts parce qu’en 1994 elle anticipait, de manière quasi prophétique, sur ce qui allait marquer notre vie fédérative au cours des dix années à suivre, au point que pour certains, comme je le rappelais tout à l’heure, ‘les murs de la rue de Clichy tremblent’. La faute à qui ? Aux « évangéliques » ! Ils ne peuvent bien sûr pas être absents de ce message en forme de bilan.
Je ne vais pas redire ici ce que je disais dans mon message l’an dernier ; le fait que les évangéliques soient membres de la FPF, ce n’est vraiment pas une nouveauté ; le fait qu’en reprenant les différentes dimensions que cette appellation a prises dans l’histoire, nous sommes tous « évangéliques », là encore ce n’est pas pour nous une découverte. De manière plus ciblée, je rappelle que l’Union des Eglises Evangéliques Libres – je prends cet exemple par pur hasard - a été créée en France en 1849, et qu’au moment de sa création c’est l’adjectif ‘libres’ qui faisait choc parce qu’il affirmait la séparation avec l’Etat, contrairement aux Eglises reconnues par les Articles organiques ; mais l’adjectif ‘évangéliques’ était partagé par un grand nombre des Eglises réformées et l’a été jusqu’en 1938, lors de la création de l’Union nationale des Eglises réformées de France. Ce que je veux simplement dire ici c’est que nous avons tout ce qu’il faut comme arguments pour récuser les regards inquisiteurs sur les ‘évangéliques’ au sein de la Fédération Protestante de France, et même en dehors d’elle.
Par contre, il nous faut prendre à bras le corps notre diversité pour qu’elle soit réellement une richesse, comme nous nous plaisons à le dire.
Car nous sommes bien loin de nous connaître véritablement les uns les autres. Nous avons tout ce qui est nécessaire pour cela: les sites Internet des Eglises membres, les publications mensuelles, les ouvrages de présentation, existent en grand nombre ; plus encore les possibilités de nous rencontrer et de travailler ensemble sont infinies. Mais il nous faut sortir de nos ‘chapelles’, et faire de cet objectif un véritable projet fédératif local ou régional. Quelques équipes se sont constituées, trop peu encore; et le Conseil sortant a bien conscience que ce doit être une fonction prioritaire du secrétariat général et des services de la FPF que de favoriser leur création. Peut-être devons-nous être plus imaginatifs dans ce domaine: créer un dimanche de la FPF (en fait un week-end pour inclure les Eglises adventistes) qui serait consacré à la rencontre des ‘autres’. Peut-être faut-il que Conseil et Assemblées générales consacrent du temps à cela. D’autant plus qu’il ne s’agit pas seulement de mieux connaître les Eglises que nous côtoyons et avec lesquelles nous partageons la responsabilité locale du témoignage évangélique, mais il faut inclure dans notre perspective les œuvres du protestantisme français. Nous avons bien constaté, dans le groupe de travail ‘Eglises et diaconie’, combien Eglises et œuvres aspirent à mieux se connaître pour mieux se soutenir.
Plus encore, il me semble qu’il nous faut maintenant dépasser une compréhension utile mais caricaturale de la Fédération composée de deux pôles, l’un ‘luthéro-réformé’, l’autre ‘évangélique’. Cette présentation est utile parce qu’elle tente de dire que des courants et des héritages théologiques nous façonnent, des approches du texte biblique nous mettent en tension ; mais elle est caricaturale si précisément ces approches, ces courants, ces héritages, nous enferment. Le rôle de la Fédération Protestante de France est de les mettre en dialogue. Il fallait solder un passé d’opposition ou de concurrence. Je me réjouis profondément que cela ait été fait en grande partie, mais il faut aujourd’hui construire de la relation, du dialogue, et de la communion.
En fait, je crois que l’on peut dire cela autrement encore : nous avons accordé la priorité à la vie commune, tant que rien ne nous l’interdisait, mais nous ne nous sommes pas donné les instruments théologiques pour la conforter. Et notre projet de témoignage commun dans la société en aura de plus en plus besoin.
Faut-il créer une commission de théologie ? Vieille question ! Ce n’est certainement pas à moi aujourd’hui de me prononcer sur ce sujet. Mais ce qui est certain c’est que cette préoccupation du dialogue théologique doit être placée au cœur du travail du Conseil et des Commissions, comme de l’ensemble du réseau fédératif, non pas pour nous affirmer dans nos différences, mais pour asseoir et conforter le témoignage commun.
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La FPF pour quoi ?
Car l’essentiel est dans notre témoignage commun. C’est le fil conducteur de toute notre vie fédérative ; c’est pour lui que nous pensons nécessaire de construire une plus grande communion dans notre diversité protestante ; c’est le prolongement de l’action locale et nationale de nos Eglises et Institutions. Notre témoignage commun dans une société sécularisée ! Voilà pour moi la meilleure définition de ce qui est au cœur de la Fédération Protestante de France. Et je suis d’ailleurs surpris et émerveillé lorsque je découvre que ce sont nos ‘arrières grands-parents’ qui ont pensé, dès 1905, à nous offrir cet instrument ! Ils ont pressenti la sécularisation; nous la vivons. Nous la vivons comme un fait qui caractérise la société contemporaine ; je la considère comme un fait positif pour nos Eglises ; elle les place devant le défi d’une présence évangélisatrice ; elle leur interdit de penser que l’œuvre de Dieu s’accomplit spontanément, par simple contagion. En ce sens, la Fédération Protestante de France, comme prolongement des Eglises et Institutions qui la composent, est tenue d’avoir une stratégie de présence dans l’espace public, une volonté planifiée de ‘prosélytisme’.
Ici, une petite parenthèse : je sais que ce mot est considéré comme religieusement et politiquement incorrect ! Et probablement ne vaut-il pas la peine de chercher à le réhabiliter. Mais il a l’avantage, pour mon propos, d’exprimer un souhait de voir la Fédération contribuer à offrir à nos contemporains une vision de l’Evangile qui les amène à se poser la question de leur adhésion. Je ne crois à la capacité de personne de faire des ‘convertis’ ; c’est sans aucun doute l’œuvre de l’Esprit. Mais il nous revient, pour ce qui nous concerne, d’en préparer le chemin.
Cela étant dit, je reviens à ce que j’appelle une stratégie de présence dans l’espace public, une volonté planifiée de prosélytisme.
Une stratégie de présence dans l’espace public, c’est précisément ce que nous avons développé ces deux dernières années en préparant les onze dossiers, destinés à ouvrir des débats en période électorale, intitulés « Protestants en débats pour 2007 ». Personne ne peut imaginer que dans des domaines aussi importants pour la vie de notre société, ces sujets seront clos dans les mois à venir. C’est une action à long terme dans laquelle nous nous sommes engagés ; une action qu’il faut éprouver, qu’il faut constamment adapter ; qu’il faut développer. Eprouver, dans la mesure où si en de nombreuses Eglises locales on s’en est saisi, bien d’autres devraient à mon avis en faire leur programme de témoignage et de présence dans l’espace public. On pense trop souvent à la Fédération Protestante de France comme étant responsable de la parole publique du protestantisme ; je crois pouvoir dire qu’elle a exercé son rôle de veille et de sensibilisation avec une réelle attention ; en témoignent les procès-verbaux de nos Conseils commençant toujours par un partage sur l’actualité et débouchant régulièrement sur des décisions de parole publique. Mais cette responsabilité doit être partagée et n’a de sens véritable que dans ce partage avec l’ensemble du réseau fédératif. Je me suis réjoui, ces derniers mois, de voir la Cimade avancer publiquement ‘75 propositions’ sur les migrations, la Fédération de l’Entraide entrer de plein pied avec nous dans une réflexion commune sur Eglise et diaconie, le Service protestant de Mission – Defap entraîner avec lui les UCJG, la Cimade, la Fédération de l’Entraide, et l’Année diaconale dans une interpellation des candidats à la présidentielle sur le Service civique obligatoire. Avec tous ces organismes et beaucoup d’autres, avec ses Eglises membres, je crois que le Conseil de la Fédération a vocation de coordonner, de mettre en musique, d’établir une stratégie de communication, non seulement pour que le protestantisme français soit visible – mais cette visibilité ne peut être un but en soi – mais qu’il fasse entendre sa parole et, je l’espère, ce qui l’inspire.
Et puisque j’ai encore pour quelques semaines à exercer la fonction de présidence, je me risque à indiquer ce que me semblent être quatre priorités d’une telle stratégie de présence dans l’espace public :
Nous l’avons entendu ces dernières semaines, des lobbies importants se démènent autour de la question de l’euthanasie ; le débat a pris une tournure étonnante, avec cette pétition de plus de deux mille médecins et infirmières demandant une loi nouvelle, au nom de la liberté de choisir l’heure de sa mort et de la liberté pour les soignants non seulement d’aider à mourir, ce qui figure déjà dans la loi d’avril 2005, mais de passer au stade suivant, c'est-à-dire la liberté de tuer.
Je ne souhaite pas ici ouvrir le débat entre nous, mais souligner que la raison fondamentale pour laquelle il nous faut participer résolument aux débats sur cette question (comme sur bien d’autres concernant les ‘progrès’ de la médecine, ou les nouvelles bio et nano technologies,) ce ne sont pas tellement des raisons morales liées directement aux techniques, mais pour des raisons morales liées aux hommes et femmes que nous sommes devenus, à la perte de sens éthique; je veux dire au dictat de la liberté individuelle aux dépens du sens communautaire et solidaire.
C’est le même sens de la solidarité qui me fait penser que notre stratégie de présence dans l’espace public, ce qui revient à dire en termes simples ce qui est au cœur de l’Evangile, doit passer par un message clair de mobilisation contre la pauvreté. Nous n’avons probablement pas encore suffisamment répercuté l’appel du défi Michée ; probablement parce que nous savons qu’il ne s’agit pas uniquement de demander des engagements à nos gouvernants ; il s’agit d’abord de modifier notre style de vie dans le sens de la solidarité et du partage. Les questions touchant à l’environnement sont de même nature; elles nous projettent dans une solidarité intergénérationnelle et internationale.
Nous savons bien aussi que nous n’échapperons pas à un débat, difficile certainement en interne, autour des questions touchant à la famille ; certes le mariage et l’adoption pour des couples homosexuels devront être rapidement à l’ordre du jour du Conseil, ainsi qu'il l'a affirmé lors de sa dernière rencontre, mais ce ne sont de loin pas les questions les plus déterminantes pour la transmission du message évangélique. C’est tout ce qui tourne autour de la famille qui est en cause. Les travaux synodaux de l’Eglise évangélique luthérienne de France et de l’Eglise réformée de France devraient inciter la Fédération dans son ensemble à un travail commun.
J’ajoute encore un sujet, celui de la justice. Quand se manifestent, comme à chaque période électorale, des préoccupations évidentes pour le sort des prisonniers dans nos prisons françaises surpeuplées et souvent inhumaines ; quand se posent les questions de notre attitude à l’égard des migrants et des demandeurs d’asile, c’est fondamentalement de notre compréhension de la justice qu’il est question, du respect du droit, d’un droit équivalent pour tous ; et au-delà, de notre regard sur des personnes humaines, nos semblables.
En donnant ces quatre exemples, ces quatre directions pour notre témoignage public, je ne tiens nullement à ouvrir un catalogue de bonnes intentions ; mais à provoquer notre réflexion sur les priorités de notre témoignage. Indépendamment, ou peut-être en étroite relation avec le témoignage individuel que nous dicte notre foi, le témoignage public de la famille protestante doit à mon avis être planifié, correspondre à une lecture que nous faisons ensemble de notre société et de ce qui nous semble être au cœur de l’Evangile ; c’est de cette analyse constante conduite par le Conseil que doit découler toute notre politique de communication.
Toutefois il ne faut pas se méprendre ni sur ce qui nous anime ni sur la manière de le communiquer. Nous ne sommes pas détenteurs d’une vérité qui serait transcrite en doctrine morale du protestantisme pour la société ; nous sommes lecteurs attentifs de l’Evangile que nous laissons nous interpeller, en sachant qu’il est destiné à tous ; d’où notre volonté de partage, de réflexion commune, de débats ouverts. Nous sommes convaincus par contre que ce qui nous aide à vivre, ce qui donne sens et saveur à notre vie, doit être mis au service de nos contemporains. Le seul jugement que nous portons sur la société est celui que l’Evangile nous fait porter sur nous-mêmes ; sinon notre parole publique devient invalide.
J’aimerais, pour conclure sur ce sujet de notre parole publique, vous offrir en la tirant du texte biblique une parabole. Vous vous souvenez certainement du texte de la Genèse (chap. 13) qui montre Abraham et Lot confrontés à la nécessité de se séparer pour éviter les querelles entre leurs bergers. Ils montent sur une montagne d’où ils dominent tout le pays et Lot choisit la vallée verdoyante du Jourdain, tandis qu’Abraham prend le reste, les collines arides de Canaan. Toutefois nous savons que sur Abraham reposera la bénédiction de Dieu; et il sera bénédiction pour les nations. Je crois que les choix que nous avons à faire ne sont certainement pas les choix de la facilité ; nous avons à marcher avec Abraham dans des collines arides – notre Canaan – mais avec cette grâce de nous savoir accompagnés par la bénédiction de Dieu. Et nous ne serons ‘bénédiction’ pour nos contemporains que si nos paroles et nos actes les renvoient à l’Evangile. C’est le défi majeur de notre témoignage ; il n’est témoignage qu’à cette condition.
J’aimerais toutefois ajouter une condition qui mériterait de longs développements et que je ne dis qu’en quelques mots : nous avons besoin de nous sentir en communion avec d’autres… Peut-être cela tient-il à notre caractère minoritaire ? Pour moi cela tient principalement à notre compréhension de l’Evangile qui nous fait membres d’une communauté chrétienne qui dépasse toutes nos frontières, ecclésiales et nationales… Nous ne sommes vraiment nous-mêmes dans cette parole publique que dans l’ouverture œcuménique et internationale. Nous y sommes attendus comme protestants français, porteurs d’une histoire et d’une expérience spécifiques ; nous avons un rôle à jouer en raison même du pays auquel nous appartenons ; nous avons une vision solidaire de l’humanité qui traverse toutes nos réflexions et, plus égoïstement, nous y trouvons un encouragement et des inspirations pour notre propre engagement. Veillons à ne pas nous enfermer sur nous-mêmes et dans notre hexagone.
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Il me reste un double devoir à remplir avant de terminer ce déjà trop long message. Le premier concerne celle qui a été la cheville ouvrière de notre communication fédérative pendant ces quatorze dernières années et qui s’apprête à nous quitter ; cheville ouvrière, la formule n’est pas trop mal trouvée pour celle qui a couru d’assemblées en synode, de conseils en réunions les plus diverses pour en tirer ce qui pouvait être communiqué, même lorsqu’il n’y avait pas grand-chose à en dire. Mais il faudrait utiliser d’autres comparatifs: Myriam a été comme ces piles qui animent ce petit lapin de la pub qui continue d’avancer alors que tous les autres sont déjà arrêtés sur le bord du chemin ; mais aussi partie avant tous les autres ; combien de fois ne m’a-t-elle appelé depuis la station de train où elle attendait de venir au bureau, avant d’interpeller dans ce même train la porteuse de croix huguenote assise en face d’elle. Je veux ici rendre hommage à cette énergie, cette disponibilité – merci à son mari, ses enfants, parents et beaux parents mis à contribution pour une telle disponibilité pour son service de la Fédération – hommage à son inventivité, sa qualité à développer des contacts. La Fédération a été au bénéfice de tout cela. Je l’ai vécu au quotidien comme une collaboration essentielle, exigeante et véritablement rayonnante.
Le deuxième devoir dont je veux m’acquitter est celui de remercier toutes celles et tous ceux avec qui j’ai eu le privilège de travailler. Pour n’en pas oublier je ne citerai que peu de noms ; plutôt ces cercles concentriques qui font que la Fédération Protestante de France restera pour moi une grande famille.
• J’ai travaillé étroitement avec quelques commissions ou groupes de travail ; leurs membres, leurs présidents ont toujours été présents quand l’actualité, souvent, le demandait. Je pense particulièrement à la Commission Eglise et Société, à la Commission des relations internationales, au groupe de travail Droit et liberté religieuse – en faisant ici une mention spéciale pour Jean-Daniel Roque avec qui il m’est arrivé d’échanger plusieurs mails en une même journée pour trouver solution à des questions juridiques qui me dépassaient – au groupe Eglises et Diaconie, au Conseil d’Eglises Chrétiennes et à la fraternité de ses co-présidents et secrétaires.
Je veux dire la disponibilité de tant d’amis trouvés sur le chemin de la Fédération Protestante de France et prêts à consacrer temps et énergie pour répondre au défi du témoignage.
• C’est avec une profonde reconnaissance que j’évoque le travail accompli avec le Conseil et le Bureau. Nous n’avons pas eu que des questions simples à résoudre, des perspectives évidentes à tracer… je n’ai pourtant pas le souvenir d’un seul de nos rendez-vous que j’aurai redouté ou qui m’aurait laissé un sentiment d’amertume. J’ai par contre toujours trouvé un groupe uni sur lequel m’appuyer. J’en ai certainement brusqué ou peiné plus d’un ; qu’ils veuillent bien m’en excuser.
• Le cœur de la Fédération, au quotidien, c’est le 47 rue de Clichy ; les responsables des services et le personnel. Malgré les changements, les tensions inévitables, la nécessité de décider et parfois de trancher, j’y ai trouvé une équipe dévouée à son travail et à la mission de la Fédération. Ce sont des amis que je quitte avec peine tant j’ai reçu d’eux, en conseils, en amitié, en soutien fraternel.
• Mais il me faut citer quatre noms de celles qui ont eu à subir au quotidien ou presque – la KEK leur a donné quelques répits – autant mon enthousiasme que mon désordre, ma volonté de répondre aussi largement que possible à tous ceux qui font appel à la FPF que mon incapacité à saisir moi-même rapidement mon courrier… Je sais ce que je leur dois, leur joie au travail malgré les surcharges régulières, cette joie qui encourage à continuer, et toujours chercher à faire mieux.
Il y a eu Jacqueline Dom ; il y a Marie-Christine Péri, l’une comme l’autre assistées de Simone Barakoff ; et cette dernière année, il y a Roswitha von Ankum-Hoch.
· Comment terminerais-je ces quelques mots bien insuffisants de reconnaissance, sans dire combien le dévouement de Marie-Hélène Peugeot et l’attention quotidienne de Maria Da Cunha à la maison du Protestantisme ont été pour moi un constant appui.
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Reconnaissance, c’est le mot sur lequel je souhaite terminer ce message ; tant pour ceux qui ont accompagné ce ministère aussi prenant que passionnant, que pour mon épouse qui l’a partagé, que pour Celui qui, je l’espère, l’a inspiré.
Jean-Arnold de Clermont,
Mars 2007.
Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 31 mars 2007
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org