C’est un honneur et un réel plaisir de pouvoir m’adresser à vous.
Je le ferai avec une simplicité que je voudrais évangélique…
Faut-il vous rassurer ?
Certains d’entre vous se sont peut-être inquiétés des changements survenus à la tête de la Fédération protestante de France (FPF). N’allez pas imaginer je ne sais quelle prise de pouvoir des dits évangéliques. L’ensemble des communautés protestantes apprend et vit la confiance mutuelle pour un meilleur témoignage commun.
Vous avez aussi noté les rapprochements luthéro-réformés ; ils ne sont pas à interpréter comme le repliement du dernier carré des résistants, mais comme un redéploiement pour un meilleur service. Tout cela est accompagné par un important travail théologique qui a déjà porté ses fruits dans la communion de Leuenberg (1973). Ajoutons à ce rapide coup d’œil que les Églises de type pentecôtiste qui sont entrées récemment dans la FPF sont très ouvertes à l’œcuménisme. Le départ (fin juin 2008) du pasteur Gill Daudé du poste de responsable du service œcuménique n’est donc pas le signe du découragement, mais tout simplement la fin d’un mandat de huit ans. Nous le regretterons mais nous sommes prêts à apprécier les dons de la personne qui lui succédera.
S’il est vrai que la FPF évolue c’est parce que l’ensemble des Églises bougent, et si les Églises changent c’est parce que notre société évolue. Ce qui ne veut pas dire que « le monde » dicte sa loi ! Ce qui est par contre évident c’est que les chrétiens, aujourd’hui comme autrefois, sont placés devant le défi d’être dans le monde sans être du monde !
« En quelques décennies, la manière d’être au monde a complètement changé. Les hommes se situent d’une tout autre manière dans l’espace et le temps. Les rythmes de vie sont différents. Les langages n’expriment plus les mêmes réalités. Alors la question se pose : Comment dire la foi de toujours dans les mots d’aujourd’hui ? Et, en pareil cas ce ne sont pas d’abord les mots qui parlent, mais l’allure générale, pourrait-on dire, de la communauté qui porte le message… » cette citation, extraite du
dossier n°1 [Ministère des prêtres et vie des communautés chrétiennes], et à laquelle je souscris, pose le problème de la responsabilité des communautés chrétiennes. Votre réflexion, permettez-moi de le dire, n’est pas étrangère à celle des communautés protestantes. C’est en fait le défi de tous les chrétiens de notre pays : comment être, dans la société sécularisée qui est la nôtre, les témoins du Christ qui est le même hier, aujourd’hui éternellement ? J’ajoute que ce témoignage sera d’autant plus pertinent qu’il sera commun. C’est pourquoi le travail œcuménique doit se poursuivre. Je ne pense pas que le repliement identitaire soit une bonne stratégie. Au milieu d’un monde mouvant, l’Église, les Églises, ont également changé, qu’elles le veuillent ou pas, qu’elles s’en rendent compte ou pas ! Quand tout circule, les idées comme les personnes - et parfois sans contrôle - il serait illusoire de prétendre construire une Église citadelle. La question de la fidélité, qui nous préoccupe tous à un degré ou un autre, ne trouve pas de réponse dans un passé plus ou moins idéalisé. Notre fidélité est au Christ qui marche devant nous et trace notre route dans le monde d’aujourd’hui. Il ne faut donc pas avoir peur du changement, c’est la seule façon de rester fidèles à notre vocation. Pour répondre à cette vocation du Christ il est bon que nous puissions veiller les uns sur les autres. Je ne dis pas nous surveiller, mais nous accompagner dans la prière et la confiance.
Il est certainement nécessaire aujourd’hui de mettre les dons de chacun au service du témoignage commun ; comme l’a souligné le cardinal Ricard : la communion est échange de dons (cf. La Croix, 16.07.2007).
Cette communion s’expérimente en particulier au sein du Conseil d’Églises chrétiennes en France (CECEF). Je suis frappé du fait que des groupes locaux s’organisent spontanément, ce qui montre la vitalité de ce concept. Alors que nous allons bientôt fêter les vingt ans du CECEF, je souhaite que nous continuions ensemble à soutenir l’action de ce conseil.
Permettez-moi de conclure en vous donnant une information qui vous aura peut-être échappé : 2009 sera l’année du 500e anniversaire de Jean Calvin. Une bonne occasion de redécouvrir (pour les protestants d’abord) son apport théologique notamment pour le dialogue œcuménique. Son goût bien connu pour la lecture de la Bible pourrait également nous stimuler à revenir ensemble à cette parole d’alliance. Il fallait bien qu’un évangélique souligne l’importance de la lecture de la Bible pour la construction de l’Église !
Pardonnez-moi si j’ai parlé sans m’en rendre compte avec trop de hardiesse ; que notre Seigneur Jésus-Christ nous fasse avancer ensemble pour sa gloire ; que Dieu bénisse vos travaux.
Pasteur Claude Baty
Source(s) : FPF;FEDERATION PROTESTANTE DE FRANCE;
Date de parution : 04 novembre 2007
Fédération Protestante de France - http://www.protestants.org