Guide d'étude biblique de Genèse 2,4b à 3,24

 

Cet exposé est prévu pour un travail en groupe, deux fois environ une heure et demi. Chaque participant dispose d'une traduction littérale du texte - ou encore mieux, on affiche ce texte écrit en très grand, afin que le groupe travaille vraiment ensemble au lieu d'avoir chacun les yeux baissés sur son texte.

L'histoire d'Adam et Eve que nous vous proposons de relire hante encore confusément l'imaginaire de nos contemporains, même incroyants. Mais elle joue le rôle d'un contre-Evangile, d'une anti-Bonne Nouvelle. Ses interprétations et les doctrines qu'on en a tirées - le péché originel et comme sanction la chute hors du paradis dans un monde mauvais, avec un soupçon jeté sur la sexualité (pensez à ce que signifie " croquer la pomme "), le mépris de la femme, les hommes soumis à un Dieu vengeur et punisseur, - tout cela a contribué largement à la déchristianisation actuelle.

Cela nous a motivés - " nous ", c'est un petit groupe qui avait pour point de départ une initiation à l'analyse structurale - tout cela nous a motivés à étudier Genèse 2 et 3 de près pour voir ce que le texte dit réellement et ce qu'il ne dit pas. C'était difficile. Tout ce que nous avions appris interférait sans cesse et gênait la stricte écoute du texte. Nous avons dû recommencer trois fois. Le recours à certains apports des sciences modernes nous ont été une aide précieuse. Je pense aux découvertes faites grâce aux fouilles dans le Moyen Orient qui nous offrent lentement une meilleure connaissance des civilisations d'autrefois. Je pense aussi aux recherches des linguistes : si depuis les Grecs on connaît les règles de grammaire de la phrase, on cherche maintenant à comprendre comment cela fonctionne dans toute une histoire ou un discours ; quelles sont les règles à suivre pour que tout un récit produise du sens ? Cette recherche a mis à notre disposition quelques outils pour guider l'étude d'un texte.


Vous avez affiché ici les trois grandes règles de base :
Le texte ; rien que le texte, tout le texte. C'est-à-dire ne pas faire appel à d'autres textes, même bibliques, car chaque texte a sa propre cohérence ; ni naturellement à ce que nous pensons déjà savoir. - Tout le texte, même ce qui paraît secondaire ou rugueux. Et le texte comme un tout, bien organisé avec sa cohérence propre. Aller jusqu8'au bout avant de répondre à certaines questions.
Prêter une attention particulière au " comment est dit ce qui est dit ". C'est-à-dire présupposer qu'aucun choix d'un mot, aucun passage d'un paragraphe à l'autre, ne sont dus au hasard, mais doivent être exploités pour décrypter la signification.
Cherchez la différence, les oppositions. Tout texte fait sens par les différences, la ou les grandes oppositions qui le sous-tendent.

" Rien que le texte ". Avec un texte comme le nôtre il y a cependant un problème. La théorie moderne de la communication stipule qu'entre un émetteur (un auteur par exemple) et un récepteur (un lecteur entre autres) un code commun minimal est nécessaire : il faut comprendre la langue de l'autre, connaître ses représentations du monde, son système de valeurs. Or Gn 2/3 viennent d'une civilisation dont presque 3000 ans nous séparent, avec des codes forcément différents. Heureusement les fouilles nous offrent aujourd'hui une meilleure connaissance des civilisations au temps où notre texte aurait pu voir le jour ; on parle aujourd'hui, pour ces deux chapitres du 8ème siècle avant Jésus Christ, c'est-à-dire 200 ans après David et 200 ans avant l'exil. Nous y ferons parfois appel.

En ce qui concerne la langue, Philippe de Robert, professeur d'AT à Strasbourg, nous a aidés à peaufiner une traduction aussi littérale que possible du texte hébreu. Vous l'avez entre les mains. Son mauvais français, les différences avec les traductions habituelles vont vous heurter. Mais elle permet de saisir les finesses du texte originel ; elle stimule l'attention au " comment est dit ce qui est dit ", elle offre la possibilité d'un regard neuf.

On ne connaît pas l'auteur. Mais l'étude de son texte nous a fait découvrir un narrateur qui raconte avec un art et une pédagogie absolument extraordinaires. On sent qu'il veut transmettre un message, un enseignement. Ce n'est pas un prophète, ni un prêtre, ni un historien ; plutôt un Sage. La Sagesse part de l'expérience humaine, elle observe le monde et l'homme tels qu'ils sont, avec leurs bons et leurs mauvais côtés ; sans trop poser la question pourquoi ils sont ainsi, mais avec un grand souci d'enseigner comment y vivre avec sagesse. Dans Gn 2/3 plus particulièrement comment y vivre quand on connaît le Dieu d'Israël.

Avant de commencer encore quelques explications de mots hébreux dans la traduction :

Elohim désigne les divinités en général.
YHWH : ces 4 consonnes sont le nom propre du Dieu d'Israël. Nom si précieux que les juifs ne le prononcent pas ; ils lisent à la place " Adonai ", Seigneur. Beaucoup de Bibles traduisent ces consonnes par " Seigneur " par respect pour nos frères juifs. Ce qui donnerait ici " Seigneur Dieu ". Nous proposons de lire Yahvé, le nom propre ; il joue un grand rôle dans notre histoire comme vous le verrez.
YHWH Elohim, les deux mots accolés, sont une particularité de nos deux chapitres ; dès le chapitre 4 notre source ne parlera plus que de YHWH.
L'adam, avec l'article, désigne l'être humain en général ;
Adam, sans article, est un nom propre.
Adama est le sol cultivable à distinguer de eretz, la terre.
Adam / adama, un tel jeu de mot n'est pas gratuit. Le texte établit ainsi une relation forte entre l'adam et l'adama. Indice que le texte est sans doute né dans un milieu de paysans.
Ish, l'être humain masculin, ishsha, l'être humain féminin.
Nous rencontrerons un arbre à connaître bon et mauvais. L'expression " bon et mauvais peut avoir trois sens :

connaître
Ce qui est bon et ce qui est mauvais
le bonheur et le malheur
tout (En hébreu apposer des contraires est une manière de désigner " tout ".Nuit et jour = tout le temps ; terre et cieux = tout l'univers …)

 

Commençons la lecture :
v 4b " Au jour de faire YHWH Elohim terre et cieux "
" Au jour de faire " : nos Bibles traduisent par un verbe conjugué. Faire attention au " comment est dit ce qui est dit ", c'est se poser la question : pourquoi le narrateur a-t-il choisi l'infinitif ? Cherchez la différence entre un infinitif et un verbe conjugué…….. L'infinitif n'indique pas de temps. On ne sait donc pas quand ce jour commence ni quand il se termine. On va le noter comme une question ouverte pour le moment.
" Faire terre et cieux " : est-ce que nos deux chapitres racontent la création de la terre, de la mer, des cieux, soleil, lune, étoiles ? (Le chapitre 1 est d'une autre source, postérieure ; l'auteur ne la connaît donc pas). Ce que signifie l'expression " terre et cieux " est aussi encore une question ouverte.

V 5 " Tout buisson des champs n'était pas encore sur terre et toute herbe des champs ne germait pas encore, car YHWH Elohim n'avait pas fait pleuvoir sur la terre. Et pas d'adam pour cultiver l'adama ".
Ce verset indique quatre manques. Est-il précisé qui énonce ces manques ?…..

V 6 " Une vapeur s'élève de la terre, elle arrose toute la face de l'adama ".
La terre existe donc déjà ; c'est même elle qui comble le manque d'eau par cette vapeur qui s'élève. Cela nous a gênés. YHWH Elohim (YE) semble donc ne pas créer tout seul. Nous l'enregistrons aussi comme une question ouverte.

V 7 " YHWH Elohim façonne l'adam, poussière de l'adama ; il insuffle en ses narines haleine de vie : et c'est l'adam, un être vivant ! "
" Il façonne l'adam, poussière de l'adama ". Le narrateur ne dit pas que YE façonne l'adam avec de la poussière ; il caractérise l'adam par cet attribut ; l'adam est poussière de l'adama. Nous sommes allé voir où ce mot revient dans le texte - peut-être vous vous le rappelez ? …….
En 3,14 YE dit au serpent maudit : tu mangeras de la poussière.
En 3,19 YE dit à l'adam : poussière tu es, à la poussière tu retourneras.
La poussière semble donc connoter - dans cette histoire - quelque chose de négatif, de la fragilité, voire de la mortalité.
Mais l'adam n'est pas seulement poussière, YE insuffle en ses narines haleine de vie ; une sorte de bouche-à-bouche d'un accoucheur sur un nouveau-né. Cela connote une grande sollicitude et proximité : l'adam reçoit le souffle de vie directement de Dieu.
Par ces images l'être humain est caractérisé comme un être ambivalent :
Poussière de l'adama / haleine de vie de Dieu
Est-ce que cette ambivalence n'est pas proche de notre propre expérience ?
" Et c'est l'adam, un être vivant ! Heureuse surprise ! Et voici un des manques comblé par YE.

V 8 " YHWH Elohim plante un jardin, en Eden, à l'Orient. Il y place l'adam qu'il a façonné ".
" Un jardin " : il faut savoir qu'en ces temps-là seuls les rois avaient des jardins. YE prépare donc un cadeau royal comme pour un roi. Enregistrons aussi que ce jardin est situé à l'Orient, au lever du soleil, au commencement.
Il y place l'adam. Celui-ci vient donc d'ailleurs. Pourquoi le narrateur note qu'il est placé dans le jardin avant de raconter la création de celui-ci ?

V 9 " YHWH Elohim fait germer de l'adama tout arbre agréable à voir et bon manger ; et l'arbre de vie au centre ; et l'arbre à connaître bon et mauvais ".
" YE fait germer de l'adama " : le narrateur insiste, YE ne semble pas vouloir créer tout seul ; ici il associe l'adama.
" Tout arbre agréable à voir et bon à manger ". Vous souvenez-vous de ce qui manquait comme végétaux ?…… (buissons et herbe des champs). Le narrateur souligne que YE donne beaucoup plus et beaucoup mieux que le manque annoncé. Voilà ce que l'adam, placé dans le jardin, voit : il en est témoin, il apprend ainsi à connaître Dieu comme celui qui donne au-delà de toute attente.
" L'arbre de vie au centre ; et l'arbre à connaître bon et mauvais ". Vous connaissez des arbres beaux à voir et bons à manger. Connaissez-vous un arbre de vie ? un arbre à connaître ?…….. Comment caractériser la différence ?…..Notre texte parle donc d'arbres réels et de deux arbres/symboles. Gardez cette différence en mémoire.
Dans un tel récit le centre est aussi un symbole, symbole du foyer où toutes les forces sont concentrées et d'où elles rayonnent et déterminent tout.
Notons aussi comment c'est dit exactement : l'arbre de vie est au centre ; pour l'arbre à connaître rien n'est précisé.

Dans les versets 10-14 il est question d'un fleuve ; suivez des yeux ces phrases. Le fleuve vient d'où ?…… - il sort d'Eden. Il va où ?…… dans le jardin. Pour faire quoi ?….. l'arroser.
Puis il sort du jardin pour se diviser en quatre . En hébreu quatre est le chiffre du monde, (les quatre points cardinaux). Les historiens reconnaissent certains de ces fleuves et de ces pays et pensent que le narrateur a inséré ici une notice géographique de son temps. Mais pourquoi ? Tient-il à situer le jardin dans le monde connu ?
Est-ce que ce fleuve préfigure le chemin de l'adam qui lui aussi vient d'ailleurs, est placé dans le jardin et en sortira ? Ce jardin n'est en tout cas pas clos. Il nous est aussi dit qu'un même fleuve arrose le jardin et le monde. Dans le premier pays il y a des pierres précieuses et de l'or " qui est bon ". Il y a du bon aussi en dehors du jardin !

V 15 " YHWH Elohim prend l'adam et l'établit dans le jardin d'Eden pour la cultiver et la garder ".
Au verset 8 YE avait déjà placé l'adam dans le jardin. Simple répétition ? Cherchez les différences……. Maintenant il prend l'adam. Quand Dieu " prend " un homme cela connote parfois une vocation : par exemple 2 Sam 7,8 pour David, ou Amos 7,15 pour ce prophète. Le narrateur nous dit donc que YE choisit l'adam et l'appelle. Puis il l' " établit ", avec une mission bien précisée : la cultiver et la garder. L'hébreu a ici la même faute grammaticale en ce qui concerne le " la " : en hébreu comme en français le jardin est masculin. Ce féminin " la " doit se rapporter à l'adama, mot féminin.
Cultiver l'adama : le sens général du verbe est " servir ". Servir l'adama et la garder. Le manque n'a pas mentionné la garde.
Rappelons-nous la succession des verbes : v 8 l'adam était " placé " (comme un objet, mais comme témoin) ; v 15 il est pris (choisi, appelé) ; puis " établi " (avec une mission). Pourrait-on plus finement dessiner la lente naissance d'un être humain qui d'objet devient sujet ?
Maintenant tous les manques sont comblés, voire sur-comblés : le manque de buissons et d'herbe des champs par un jardin royal, des arbres agréables à voir et bons à manger, un arbre de vie au centre et un arbre à connaître bon et mauvais ; le manque de pluie par de la vapeur qui arrose et par un fleuve ; le manque d'un adam pour cultiver l'adama par un adam, être vivant, ambivalent, qui d'objet est devenu sujet de la mission de cultiver et garder l'adama.

Arrêtons-nous un instant : Comment résumeriez-vous tout ce que le narrateur vient de nous dire à propos de YE ?……….

Je voudrais faire ici une parenthèse historique. Quand on compare ce que nous venons de lire avec les récits sur les origines des autres pays de la même époque, on est frappé par la différence. Il y a par exemple plusieurs mythes mésopotamiens qui racontent comment les dieux creusaient et entretenaient d'abord eux-mêmes les canaux d'irrigation pour pouvoir se nourrir. Puis ils ont eu " marre de ce dur labeur " et ont créé l'homme pour les en charger. A la fin, la déesse Mami dit aux grands dieux : " J'ai enlevé votre tâche, j'ai imposé à l'homme votre panier. Vous avez octroyé les cris à l'humanité ; j'ai établi la liberté pour les dieux ".
Le narrateur de Gn 2/3 utilise le même genre littéraire, le même " code " que ses contemporains, c'est-à-dire le mythe. Un mythe exprime les profondes réflexions des hommes sur les divinités, l'homme, la vie, la mort, la peine, le bien et le mal. Réflexions qui servent à l'identification de tout un peuple. Le mythe ne les exprime pas par des concepts abstraits (liberté, égalité, fraternité), il raconte une histoire avec des images, des symboles. Le narrateur de Gn 2/3 utilise donc le même genre littéraire que ses contemporains, mais il y met un tout autre contenu, un autre système de valeurs, il fait une véritable confession de foi en son Dieu et ses relations aux hommes.

Cette comparaison me paraît importante. Que nous invite-t-elle à ajouter encore à notre réflexion sur YE ?……

Vv 16-17 " YHWH Elohim ordonne à l'adam disant : " De tout arbre du jardin tu mangeras/mangeras. De l'arbre à connaître bon et mauvais tu n'en mangeras pas, car du jour où tu en mangeras, de mort tu mourras ".
Pour la première fois YE parle à l'adam. C'est important. Face à une parole l'adam est libre, il obéira ou non. L'arbre à connaître n'est même pas entouré par un fil de fer barbelé. YE offre à l'adam la liberté et une pleine confiance. Vous notez la différence avec le mythe babylonien : la corvée était imposée aux hommes, les cris leur étaient octroyés. Retenez : l'adam est libre face à une parole et YE lui fait confiance.
L'adam reçoit deux ordres. Le premier concerne quelle catégorie d'arbres ?…….Les arbres réels : " Tu mangeras/mangeras de tout arbre du jardin ". Le narrateur utilise ici une forme verbale qui intensifie le sens du verbe, le Piël. Tu mangeras/mangeras pourrait se traduire par tu dévoreras, ici plutôt par tu mangeras en abondance.
Le deuxième ordre concerne un arbre/symbole. Comment comprendre cette interdiction de connaître ce qui est bon ou mauvais ?…….. En tenant compte de ce que nous avons noté sur YE, peut-on imaginer que ce Dieu-là veuille empêcher l'homme de connaître ce qui est bon et mauvais ?…… N'en a-t-il pas besoin pour accomplir sa mission ?……. Notre petit groupe a été amené à faire l'hypothèse suivante : les deux ordres parlent de manger, le verbe revient trois fois. Il ne s'agit peut-être pas d'un arbre interdit, d'une connaissance interdite . Ce qui serait mortel, ce serait d'en manger. Manger ne serait pas la bonne manière d'accéder à cette connaissance. Il faut voir si la suite confirme ou infirme cette hypothèse.
Autre question : " Du jour où tu en mangeras, de mort tu mourras ", dit exactement l'hébreu. Qu'est-ce cette mort/mort ? Vous souvenez-vous avec quels mots Dieu désignera , à la fin du chapitre 3, la mort de l'être humain à la fin de sa vie ? …….. " Jusqu'à ton retour au sol dont tu as été pris. Car poussière tu es, à la poussière tu retourneras ". Avec les mots qu'il choisit, le narrateur distingue donc le " retour au sol " de la " mort/mort ". Rien n'est sans importance dans le " comment est dit ce qui est dit ". Nous présupposons donc que cette distinction n'est pas un hasard. Alors qu'est-ce cette " mort/mort " ? Pour le moment c'est une question ouverte.

 

Maintenant le texte va parler d'un nouveau manque :
V 18a " YE dit : " il n'est pas bon que l'adam soit seul ".
Chercher la différence avec le v 5 qui a énuméré les premiers manques. Qui les énonçait là ?…… et qui l'énonce ici ?……. Par ce " YE dit ", le narrateur fait comprendre que ce manque-ci est essentiel dans cette histoire.
Citez de mémoire la suite : " je lui ferai……….,
Les traductions de notre jeunesse avaient : une aide assortie ou semblable. La traduction littérale proposée par Philippe de Robert est " je lui ferai un secours comme -face-à-lui ".
Pourquoi " secours " à la place d' " aide " ? Le dictionnaire donne pour ce mot " ezer " deux traductions : secours et aide. Retenir " secours " évite un malentendu. En effet on a souvent déduit du mot " aide " une infériorité de la femme. Pensez à aide-ménage, aide-soignante etc. Or, dans l' AT le mot ezer ne désigne jamais un inférieur, mais le plus souvent un supérieur, Dieu, secours d'Israël par exemple, parfois un égal. Nous retenons " secours ".
Autre curiosité : l'hébreu a deux possibilités avec les consonnes du mot ezer. (En hébreu ce sont les consonnes qui comptent ; Au début on n'écrivait même pas les voyelles qui ne sont que de petits points ou traits au-dessus ou en dessous des consonnes). Il y a ezer, un mot masculin et ezera, un mot féminin. Devinez lequel des deux le narrateur a choisi ?….. Le masculin ; c'est étonnant. Peut-être voulait-il signifier tout de suite que ce " secours " doit être réciproque.
Ensuite l'hébreu dit littéralement : " comme-face-à-lui ", kenägädo en un seul mot. Nägäd, " face à " est le mot porteur, ke , " comme " est accroché devant, o, " lui ", derrière. Quand on prend les consonnes de nägäd, n g d et qu'on y met les voyelles d'une forme verbale, on obtient un verbe qui signifie : annoncer, publier, parler. Ce " secours comme-face-à-lui " aurait-il quelque chose à lui dire ? Daniel Bourguet, professeur d'AT m'a dit qu'exploiter ce sens de la forme verbale était tout à fait dans l'habitude de la langue hébraïque. Ph de Robert trouve qu'ici c'est un peu forcer le texte. Il faut donc voir si dans la suite la parole va jouer un rôle important.
Le verset 18 présente une belle opposition : être seul n'est pas bon / avoir un secours comme-face-à-lui est bon. On va la noter, on la complétera par la suite.
Nous avons le verbe manger et peut-être le verbe parler. Est-ce que ces deux verbes s'opposeraient aussi ? Faites le geste de manger, de mettre quelque chose dans la bouche. Puis faites le geste inverse : qu'est-ce qui sort de la bouche ? La parole. Parler n'a de sens que quand on n'est pas seul. On va donc inscrire ces deux verbes, parler comme quelque chose de bon et manger seul comme quelque chose de pas bon.
Autre question encore : Est-ce que vous voyez quel pourrait être le lien entre " tu ne mangeras pas " et notre verset ? Comment cela pourrait-il s'enchaîner logiquement ?……Nous nous sommes dit : manger, un homme peut le faire seul ; pour que l'adam ne mange pas, pense Dieu, il lui faut ce secours comme-face-à-lui avec qui parler. On verra si tout cela se confirme.

 

Vv 19 et 20 " YE Elohim façonne de l'adama tout vivant des champs, tout oiseau des cieux. Il (les) amène à l'adam pour voir ce qu'il leur crie. Et tout vivant auquel l'adam crie, tel est son nom. Et l'adam crie les noms de tout bétail, de tout oiseau des cieux et de tout vivant des champs. Et pour l'adam il ne trouve pas de secours comme-face-à-lui ".
Dans l'AT donner un nom, c'est assigner à quelqu'un sa fonction, sa mission, son identité. Une nouvelle fois Dieu ne crée pas tout seul ; il façonne les animaux, mais il donne à l'adam la part noble, nommer. Cette petite phrase porte loin, quand on y réfléchit.
L'adam nomme, mais ne trouve pas de secours comme-face-à-lui. Or, bien des animaux sont un secours pour l'homme ; l'adam nomme d'ailleurs en premier lieu le bétail, les animaux domestiques, YE ne les avait pas mentionnés ! Qu'est-ce qu'il leur manque pour qu'ils soient ce secours comme-face-à-lui ?……. La parole !!

Vv 21 et 22 " YHWH Elohim fait tomber une torpeur sur l'adam. Il dort. Il prend un de ses côtés et sous lui referme la chair. YHWH Elohim bâtit le côté qu'il a pris de l'adam en ishsha. Il l'amène à l'adam. "
" Un des côtés de l'adam ". Nous avons en tête : une de ses côtes. Mais le sens général de ce mot hébreu est " côté ", souvent un côté d'un bâtiment et nous avons ici justement le verbe bâtir. Ce n'est d'ailleurs qu'ici que l'on traduit ce mot par côte. Pourquoi ? Nous avons donc retenu le sens général " côté ".
YE " prend " - choisit, appelle - un côté de l'être humain pour le bâtir en femme. Notez la différence : l'adam et les animaux étaient façonnés à partir de l'adama. Ici, nous avons " bâtit " à partir de l'adam. Avec ce choix des mots le narrateur indique que c'est une étape supérieure. Je ne dis pas que la femme est une étape supérieure, c'est la différenciation de l'être humain en îsh et ishsha qui en est une.
Dieu avait amené les animaux à l'adam pour qu'il les nomme. Ici il est seulement dit : " il l'amène vers l'adam ". Le narrateur l'a d'ailleurs déjà nommée " ishsha " et lui a indiqué sa fonction : être " un secours comme-face-à-lui ". Selon vous que doit faire maintenant l'adam ?…….
L'analyse structurale nous a fourni une indication précieuse. Quand les linguistes ont cherché à savoir si une histoire entière avait aussi une syntaxe comme la phrase, ils se sont aperçus que oui. On ne peut pas raconter une histoire n'importe comment. Il y a le plus souvent au début un manque, une situation dérangée, puis un projet pour combler ce manque ; un héros va l'accomplir et à la fin une dernière étape consiste à reconnaître cet accomplissement. L'adam devrait donc reconnaître maintenant l'accomplissement du manque d'un " secours comme-face-à-lui ".
Regardons donc la suite sous cet angle :

V23 " L'adam dit : " celle-ci (ou ceci), cette fois, os de mes os et chair de ma chair. Celle-ci sera criée ishsha, car d'un îsh celle-ci est prise ".
Que constatez-vous ? Que reconnaît l'adam ?……..
J'aimerais demander à un couple de bien vouloir se lever et se regarder. Et puis au Monsieur de lire ce verset….. Qu'avez-vous ressenti, Monsieur ?…… Parler ainsi à la troisième personne de quelqu'un à qui on fait face, est gênant, n'est-ce pas ? L'adam a donc parlé " de " ou " sur " la femme et non à elle, il a monologué en plus. Avez-vous envie de noter autre chose ?….. On pourrait faire remarquer que l'adam rapporte tout à lui : " os de mes os, chair de ma chair ", que YE avait pris un côté de l'adam alors que lui dit : " car de l'îsh celle-ci est prise " ; Pour qui se prend-il ? En fait, qu'a-t-il retenu du projet de Dieu de lui faire " un secours comme-face-à-lui ? Qu'a-t-il omis ?…. Il a retenu le " comme lui ", mais omis le " secours " et le " face- à ". Cependant il s'est reconnu îsh avec une ishsha ; il a reconnu la différenciation, cela est un élément positif. - En résumé, on peut dire que son épreuve de reconnaissance est ambivalente, en partie réussie, en partie ratée. Notez cette ambivalence, c'est une notion que nous rencontrerons encore souvent.

V 24 " C'est pourquoi un îsh abandonne son père et sa mère ; il colle à sa femme et ils seront pour une seule chair ".
Ce verset décroche du fil de la narration où l'adam n'a ni père ni mère. C'est sans doute un dicton que le narrateur a inséré ici. Il dit d'une part que l'îsh quitte ses parents ; il fait ainsi un geste analogue à celui de YE qui a séparé l'adam en îsh et ishsha, ce qui est un geste positif dans le devenir adulte. Par contre que fait l'îsh ensuite ?…… Il recolle en une seule chair ce que YE a séparé, geste négatif donc. En plus, " coller à sa femme " est une expression vulgaire, normalement l'hébreu dit " connaître " sa femme. Nouvelle ambivalence.

V 25 " Tous deux sont nus, l'adam et sa ishsha. Ils n'ont pas honte ".
Le mot hébreu " nu " ne signifie pas seulement ne pas porter de vêtement, il connote aussi la fragilité, la vulnérabilité d'un être nu. Beaucoup d'interprétations ont focalisé tout sur l'absence de honte des petits enfants. Mais cela reste à la surface de ce texte tellement plus fondamental. Il s'agit surtout de la nudité existentielle, de la fragilité et vulnérabilité fondamentales de l'être humain. Ils n'en ont pas honte, ils n'en ont même pas conscience.

 

L'adam n'a donc pas amorcé une démarche de dialogue avec la ishsha ; Un autre va prendre sa place. Brusquement nous voici en présence d'un nouvel acteur : le serpent.
Pourquoi le narrateur choisit-il un serpent ? Les historiens nous disent qu'en Mésopotamie le serpent était la représentation du dieu-lune, symbole de fertilité et de jouvence. Il était l'attribut de nombreuses divinités tels Aneth ou les Baals. Regardez la feuille des dessins, sur laquelle le pasteur André Lelièvre a rassemblé des dessins mésopotamiens qui comportent tous un arbre, des divinités et un serpent comme dans notre texte. Et remarquez que les serpents sont tous dressés. Au 8ème siècle avant Jésus Christ la tentation était grande, pour les paysans israélites, de recourir à ces divinités de fertilité.
Mais regardons ce que notre texte dit du serpent :

Chp 3,1 " Le serpent était plus rusé que tout vivant qu'avait fait YHWH Elohim ".
C'est un vivant des champs fait par YE, donc une créature, un animal comme les autres.
Il est plus rusé que les autres. Etre rusé, c'est dire quelque chose qui a l'apparence du vrai, mais qui ne l'est pas. Nous sommes donc avertis. A nous de ne pas tomber dans ses pièges.
C'est un parlant. Connaissez-vous des serpents qui parlent ?…. Il ne peut donc s'agir d'un serpent réel, mais d'un serpent/symbole. Mais symbole de quoi ? Ne l'inventons pas, regardons ce qu'en dit le texte.

V 1b " Il dit à la ishsha : Soit ! Elohim l'a dit : vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin. "
Le serpent commence à tendre ses pièges. Lesquels ?
Premier piège : à qui parle-t-il ? A la ishsha seule, à celle qui justement ne s'était pas encore manifestée. A aucun moment du dialogue l'adam ne va intervenir, comme s'il voulait qu'elle se débrouille seule, sans son secours. Or, YE avait dit : " il n'est pas bon que l'adam, l'être humain, soit seul ".
Deuxième piège : de qui parle-t-il ? Aviez-vous remarqué qu'il ne parle pas de YE , mais d'Elohim. Il supprime le nom propre YHWH assimilant ainsi YE à n'importe quelle divinité. Le Dieu particulier, le Dieu unique d'Israël, est confondu avec n'importe quel dieu. La suppression du nom propre entraîne la confusion.
Troisième piège : de quoi parle-t-il ?….. De tout arbre du jardin. Or, qu'avait dit YE de " tout arbre ? "….. " tu en mangeras/mangeras ! " L'interdit concernant un seul arbre/symbole est étendu à tous les arbres réels dont justement ils vont manger en abondance. Nouvelle confusion.
Quelle image de Dieu suggère ainsi le serpent ?……YE, celui qui a donné à manger en abondance, sans restriction et n'a interdit qu'un seul arbre/symbole est ainsi défiguré en un Elohim, une divinité qui interdit tout.

Vv 2-3 " La ishsha dit au serpent : " nous mangerons le fruit des arbres du jardin. Du fruit de l'arbre au centre du jardin Elohim a dit : " vous n'en mangerez pas, vous n'y toucherez pas (de peur) que vous ne mourriez ".
La ishsha a-t-elle déjoué les pièges ?….
Elle rétablit ce qui a été donné à manger sans toutefois mentionner que c'est YE qui a donné.
Par contre l'interdit, c'est bien à Dieu qu'elle l'attribue. Mais, comme le serpent elle le nomme Elohim, elle en fait un dieu comme les autres. Elle entre dans la confusion.
Confusion encore au sujet des arbres à symboles, l'arbre à connaître bon et mauvais devient " l'arbre au centre ". Or quel arbre était nommément au centre ?… " L'arbre de vie ".
Elle rajoute même un nouvel interdit : " vous n'y toucherez pas ", accentuant ainsi les exigences de ce dieu qui interdit tout.
Enfin, comparons le verset 3 au verset 17 du chapitre 2. Que remarquez-vous ? " Car ", car du jour où tu en mangeras, ce car est remplacé par " de peur que ". La conséquence inéluctable devient une simple éventualité.
En omettant le " du jour où " elle efface l'immédiateté de la conséquence.
De même " de mort tu mourras " devient " de peur que vous ne mouriez ", affaiblissant ainsi l'idée de " mort/mort ".
Ainsi sa réponse qui paraît rétablir la vérité, dénature, elle aussi, Dieu. La ishsha n'a pas déjoué les pièges et le serpent peut donc continuer.

V 4 " Le serpent dit à la ishsha : " non, vous ne mourrez pas de mort ".
Qu'en pensez-vous ?…. Apparemment le serpent dit vrai ; ils ne vont en effet pas mourir immédiatement. A la fin du récit " ils retourneront à la poussière ", c'est-à-dire à une mort naturelle. Rien à voir avec la mort/mort dont nous ne savons pas encore ce qu'elle désigne.

V 5 " Car Elohim connaît: du jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront et vous serez comme Elohim connaissant bon et mauvais. "
Le serpent insiste. Il révèle maintenant pourquoi, selon lui, YE a menti. Sournoisement ne suggère-t-il pas que Elohim serait jaloux de sa supériorité de dieu, qu'il ne veut pas partager cette connaissance, mais la garder pour lui seul.
Ainsi la ruse du serpent consiste à pervertir les traits du YE du chapitre 2. Il le défigure complètement. Il sape ainsi la confiance de la ishsha en YE. C'était là son but. (Par opposition le lecteur comprend qu'une relation de confiance est essentielle dans le projet de Dieu ; relation de confiance en l'autre, Dieu ou homme.)
Comment la ishsha va-t-elle réagir ? Que pourrait-elle faire mais ne fait pas ?……. Répondre en redressant encore les derniers propos du serpent, chercher l'aide de son îsh ou faire mémoire de ce qu'elle a appris sur YE par le récit du chapitre 2. Au lieu de cela que se passe-t-il ?

V 6 " La ishsha voit que l'arbre est bon à manger, désirable pour les yeux, agréable, l'arbre, pour comprendre ".
Elle voit, mais elle voit mal, dans une confusion totale du regard. Tout ce qui a été dit des arbres réels, " agréables à voir, bons à manger " est maintenant reporté sur ce seul arbre/symbole, arbre sans nom et sans place assigné. Notons un adjectif nouveau : " désirable " et une action : " comprendre ". Mais les mots sont inter changés. On dirait plutôt : agréable pour les yeux, désirable pour comprendre. C'est là encore la confusion la plus totale.
Que retenir de cette description du regard de la femme ? Ne sommes-nous pas devant la naissance du désir ? Mais d'un désir ambivalent. Désir de comprendre, oh combien normal, mais désir dévoyé, car né sur la base de confusions. En plus dans la solitude, sans aucun repère sûr, focalisé sur un seul objet défiguré et qui envahit tout. Que fait alors la ishsha ?

V 6b " Elle prend son fruit, elle mange. Elle donne aussi à son îsh avec elle. Il mange " .
Relevons les verbes : elle voit, prend, mange, donne, il mange. On remarque que tous, sauf donner, se rapportent à soi. On voit, prend et mange seul, sans relation avec un vis-à-vis. On peut compléter ainsi le tableau des oppositions. Seul " donner " présuppose un vis-à-vis avec lequel on établit une relation. " Donner " s'oppose à " prendre " (et l'îsh reçoit). Pour la première fois dans ce paragraphe le vis-à-vis est mentionné. Il n'est pas seulement son îsh, mais son îsh avec elle. Pas encore de paroles échangées entre eux, mais une relation est amorcée. C'est un tournant.
Le geste de la ishsha est donc ambivalent comme son désir, elle " prend ", " mange ", mais elle " donne ".
Quelle sera la conséquence de ce geste ?

V 7 " Les yeux des deux s'ouvrent. Ils connaissent qu'ils sont dénudés ".
" Dénudé " est un mot plus fort que " nu ". Comme le serpent l'avait annoncé leurs yeux se sont ouverts. Mais que voient-ils ? Comparons avec 2,25 : ils étaient nus, mais sans avoir honte, sans avoir conscience. Maintenant ils connaissent qu'ils sont dénudés, ils savent : une prise de conscience de leur profond dénuement, de leur fragilité fondamentale, de leur vulnérabilité existentielle a eu lieu. Le serpent avait dit : " vous serez comme des dieux " ; eux ont découvert leurs limites. Or, pour le narrateur, le Sage, connaître ses limites est un acquis combien positif !
Conséquence : ils éprouvent le besoin de se protéger

V 7b " Ils cousent des feuilles de figuier et se font des ceintures ".
Une étape de plus dans la construction de leur couple : ils cousent enfin ensemble. Ils se font des ceintures, non des pagnes pour cacher leur nudité sexuelle comme on le traduit souvent (Jérusalem), mais des ceintures (Synodale). Le mot hébreu désigne une vraie ceinture, voire un ceinturon.
Au8 verset 8, YE va revenir et ce retour ouvre un nouveau paragraphe. Depuis quand n'était-il plus question de lui ?…… Que s'est-il passé pendant son absence ? En résumé : Deux mises à l'épreuve, des épreuves de reconnaissance.
Celle d'adam dans sa relation à la femme. Il s'est découvert îsh face à une ishsha et c'est l'éveil du désir amoureux. Malheureusement il le célèbre seul, dans un monologue. Il reçoit sa ishsha en tant qu'une " comme --- lui " et ne reconnaît pas en elle un " secours " et un " vis-à-vis " tel que Dieu l'avait projeté. Puis il refusionne ce que Dieu avait séparé. Sa mise à l'épreuve est ambivalente, à demi réussie, à demi ratée.
Puis celle de la femme dans la relation de l'être humain à Dieu. Elle est placée devant un choix d'interprétation : est-ce que Dieu est celui qui donne en surabondance, la vie, les fruits du jardin royal, un vis-à-vis comme secours ? Est-il celui en qui on peut avoir une entière confiance ? Ou est-il un rival à qui il faut arracher ce qu'il ne veut pas donner ? La ishsha a adopté le regard du serpent. Pourtant elle a commencé à entrer dans le projet de Dieu : elle a partagé avec son " îsh avec elle ". Sa mise à l'épreuve est ambivalente, à moitié réussie, à moitié ratée.
Les deux épreuves se terminent par une notice sur leur nudité. Notre histoire est très soigneusement construite !

Après ces deux mises à l'épreuve en partie ratées, que peut bien venir faire maintenant YE ?……La réponse habituelle est qu'il vient sanctionner, punir ; la majorité des interprétations théologiques comprend ainsi la suite. L'Elohim du serpent viendrait à coup sûr pour punir. Et vous, comment l'entendez-vous ?……..
Nous avons été frappés par l'aspect poétique de cette " promenade " du Seigneur au souffle du jour. Ecoutez :

V 8 " Ils entendent la voix de YHWH Elohim allant dans le jardin au souffle du jour ".
Rien dans cette phrase laisse imaginer un Dieu courroucé ! Ils entendent sa voix bien qu'il ne s'adresse pas à eux personnellement. Est-ce que " entendre " serait à mettre en face de " voir " dans notre tableau des oppositions ? Ils l'entendent et se cachent.

V 8b " L'adam et sa ishsha se cachent loin de la face de YHWH Elohim au centre de l'arbre du jardin ".
Où se cachent-ils ? ….. Au centre de l'arbre. La ishsha avait ajouté à l'interdit " vous n'y toucherez pas ". Non seulement ils y touchent, mais ils fusionnent avec lui !
Et qu'est-ce le centre ? sinon la place à partir de laquelle tout s'organise. C'est la place des divinités, " vous serez comme des Elohim ". Ils se mettent à la place des divinités, loin de la face de YE, par peur, car ils connaissent leur dénuement. Quelle situation pleine de contradictions ! (Chouraqui traduit : " au sein de l'arbre ", ils régressent dans le sein maternel, végétal en plus.
Si l'histoire s'arrêtait là, ce serait la mort/mort du projet de Dieu, la fin de la relation de confiance que YE voulait établir avec l'homme. Pourtant là encore nous notons une nouvelle fois une ambivalence. Au centre de l'arbre, loin de la face de YE, ils entendent sa voix, une brèche est ouverte dans cette prison.
L'histoire ne va pas s'arrêter là, heureusement.

 

V 9 " YHWH Elohim crie vers l'adam. Il lui dit : " Où es-tu ? "
YE " crie vers " : c'est un appel ; pour un cri de menace l'hébreu dit : " crier sur ". YE cherche à rétablir la relation coupée. Il leur adresse maintenant une parole personnelle : " il lui dit ". Ainsi, dès son retour YE se révèle être :
un Dieu de tendresse dont le désir, toujours, est de renouer la relation, quelque soit la situation dans laquelle l'homme s'est mis.
un Dieu de parole.

Peut-on alors comprendre l'interdit d'une manière plus approfondie ? L'interdit n'est pas de vouloir " connaître bon et mauvais ", c'est de manger, de vouloir prendre au lieu de faire confiance à Dieu et de recevoir par sa parole qui donne, en temps voulu.

V 10 " Il dit : Ta voix j'ai entendue dans le jardin et j'ai eu peur parce que je suis dénudé. Je me suis caché ".
Les tout petits enfants mis à part, on ne répond pas quand on veut rester caché. Qu'est-ce qui a permis la brèche dans la cachette sinon l'appel personnel de YE qui lui dit : " Où es-tu ? "
Un dialogue commence ainsi entre YE et l'adam. L'adam va dire sa peur. Mais il ne va pas au bout de l'aveu. Il rapporte sa peur au dénuement, à sa vulnérabilité et non à la transgression de l'interdit. Pour vaincre sa peur, il faudrait qu'il soit en confiance. Or le serpent l'a sapée.
Patiemment YE va alors leur donner les mots pour qu'ils prennent conscience de ce qui s'est passé et puissent le dire.

V 11 " L'adam dit : "la ishsha que tu as donnée avec moi, elle m'a donné de l'arbre. J'ai mangé. "
YE dit à la ishsha : " Qu'as-tu donc fait ? " La ishsha dit : " Le serpent m'a séduite. J'ai mangé ". Ils avouent : " j'ai mangé ". Mais chacun accuse un autre : Dieu, la femme, le serpent. Pas de responsabilité personnelle. Aucun signe de repentance non plus.

Ne sommes-nous pas là devant un vrai dialogue de cure d'âme ? Avec Dieu comme thérapeute d'une maladie spirituelle ? Dieu vient au secours des deux comme un vis-à-vis qui a quelque chose à dire. Alors que les interprétations classiques entendent ici l'interrogatoire d'un juge qui va faire tomber une sanction : " maudit sois-tu ". A chaque lecteur de choisir entre les deux.
Nous avons été frappés par le fait que le narrateur choisit ses mots de telle manière que textuellement chacune des deux lectures est possible, se tient. En tout cas lorsqu'on ne tient pas compte de ce qui nous a été dit de YE au chapitre 2. Or, rappelez-vous : " tout le texte ". Le texte représente un ensemble cohérent, lire le chapitre 3 seul est une faute. Nous avons eu l'impression que le narrateur, en fin pédagogue, mettait aussi le lecteur devant une " épreuve de reconnaissance " : l'image de Dieu que tu portes en toi, est-ce celle de YHWH Elohim ou celle de l'Elohim du serpent ? Vous allez voir que cette sorte de mise à l'épreuve du lecteur va continuer jusqu'à la fin.

Nous proposons de lire les versets 14-19 avec juste un minimum d'indications :

V 14 " YHWH Elohim dit au serpent : " parce que tu as fait cela…
" Cela ", c'est toute la démarche du serpent. Et comme il nous arrive de faire de même, nous proposons d'ajouter : " et chaque fois que tu fais cela ".
" Parce que tu as fait cela (et chaque fois que tu fais cela) maudit toi plus que tout bétail, plus que tout vivant des champs ".
" Maudit toi " : YE donne ainsi à connaître ce qui est mauvais.
Maudit plus que tout vivant : ce que tu fais ainsi entraîne aussi une situation de malheur pour ceux qui t'entourent. Fait qui correspond à notre propre expérience, n'est-ce pas ?
" Sur ton ventre tu iras et tu mangeras la poussière tous les jours de ta vie ".
" Sur ton ventre tu iras " : le serpent dressé attribut d'une divinité sur les images mésopotamiennes, est maintenant couché, rampant ! Belle opposition !
V 15 " J'inciterai l'hostilité entre toi et la ishsha, entre ton rejeton et son rejeton. Lui t'atteindra à la tête, tu l'atteindras au talon ". En parlant au serpent, YE a constaté les conséquences de l'acte mauvais. Maintenant il dit " Je ", il s'implique, il vient au secours de la ishsha. Par cette intervention YE délivre la ishsha du pouvoir de séduction du serpent. Nouvelle opposition : la séduction devient hostilité, lutte contre. YE sort la ishsha de la cachette/prison et la rend libre de lutter.
Une lutte à mort, mais une lutte à armes égales. (Le narrateur choisit les deux fois le même verbe " atteindre "). YE intervient comme libérateur : Il donne à connaître ce qui est bon : la lutte. La vie humaine est une lutte contre la démarche du serpent., contre la fascination de ce qui est mauvais. Lutte rendue possible par l'intervention de YE.

 

V 16 " Je ferai abonder/abonder ta peine et tes grossesses ".
Encore une fois YE dit " Je " et intervient, en sanctionnant la femme par " les souffrances des grossesses , n'est-ce pas en contradiction avec notre interprétation précédente ? Mais attention le texte hébreu dit littéralement : je ferai abonder ta peine ET tes grossesses et non pas : la peine DE tes grossesses comme dans la majorité des traductions. Cela change tout. Vous savez quel malheur signifie la stérilité dans l'AT pour une femme et du coup, quel est le bonheur d'avoir des enfants en abondance. YE intervient donc pour le bonheur de l'enfantement avec sa peine aussi comme le souligne la suite du verset :
" Dans la peine tu enfanteras des fils. Vers ton îsh ton désir. Lui, il te dominera ".
Il y aura le bonheur du désir amoureux et le malheur de la domination de l'un sur l'autre. (Nouvelle ambivalence).

V 17 " A adam il dit : " Parce que tu as entendu la voix de ta ishsha et mangé de l'arbre dont je t'avais ordonné : " tu n'en mangeras pas ", maudit le sol à cause de toi ".
Le narrateur n'a pas rapporté que la ishsha aurait parlé à son îsh - peut-être veut-il suggérer que l'adam aurait pu résister ou surtout aurait dû être un secours comme-face-à-elle au moment critique et lui parler.
" Maudit le sol à cause de toi ". Pourquoi le sol ? Le narrateur envisage sans doute ici la relation étroite adam/adama. Un sol non assisté (comme la femme non assistée au cours de son épreuve), un sol dominé au lieu d'être servi et gardé, un tel sol souffre et peine. Et l'adam avec lui. Nous en savons quelque chose aujourd'hui !

v 18 " Dans la peine tu t'en nourriras tous les jours de ta vie. Epines et chardons il fera germer pour toi. Tu mangeras l'herbe des champs. A la sueur de tes narines tu mangeras le pain jusqu'à ton retour à l'adama. Car poussière tu es, à la poussière tu retourneras. "
Dans ce petit poème rythmé, YE donne à connaître le bonheur du pain quotidien et le malheur des épines et de la peine, le bonheur de la vie et le malheur de la mort.

Ainsi YE a donné à connaître, par sa Parole, ce qui est bon et mauvais, le bonheur et le malheur de la vie humaine. Notre hypothèse se confirme : il s'agit de ne pas prendre et manger, mais de recevoir la connaissance par la parole de Dieu. Cette connaissance est légitimement désirable ; le tort c'est de s'en emparer plutôt que de la recevoir, peu à peu, du Créateur en lui faisant confiance.

Il n'était cependant pas question de connaître tout. (Souvenez-vous des trois sens possibles de l'expression " connaître bon et mauvais ".) Connaître tout, pouvoir tout, tuerait le désir. Sans désir l'homme ne serait plus homme. La connaissance de tout serait la mort de l'homme ; la mort/mort du projet de Dieu. La connaissance de l'homme a une limite, tout comme sa vie a une limite. Nous apercevons aujourd'hui mieux qu'autrefois combien il est important de respecter les limites de l'homme.

Suivent deux petites notices :

V 20 " L'adam crie le nom de sa ishsha : " Hava ", Vive, car elle est mère de tout vivant ".
De tout ce qui précède l'adam ne retient que la promesse des grossesses et il le confirme par le nom donnée à sa femme.

V 20 " YHWH Elohim fait pour l'adam et sa ishsha des tuniques de peau ; il les en vêt ".
De tout ce qui précède YE retient le dénuement de l'être humain. Il remplace la ceinture par une tunique qui couvre tout le corps et les fragiles feuilles de figuier par des peaux solides. Et, souligne le narrateur, il les en vêt lui-même. Pour aborder la suite gardez en tête cette image de la sollicitude de Dieu qui habille lui-même les deux êtres dénudés.
Nous avons vécu le déchiffrement des trois derniers versets comme une ultime mise à l'épreuve du lecteur.

V 22-24 " YHWH Elohim dit : " Voici, l'adam est devenu comme l'un d'entre nous pour connaître bon et mauvais. Maintenant, qu'il n'envoie pas sa main, ne prenne aussi de l'arbre de vie, ne mange et ne vive à perpétuité.
YHWH Elohim l'envoie hors du jardin d'Eden pour cultiver l'adama dont il est pris. Il chasse l'adam. Il installe à l'Orient du jardin d'Eden les chérubim et la flamme de l'épée tournoyante pour garder la route de l'arbre de vie "..

Il est facile de lire ce paragraphe selon l'Elohim du serpent : Dieu punit, chasse l'homme hors du jardin/paradis dans un monde de peine et de mort. L'arbre de vie, il se le garde pour lui seul, comme les divinités païennes dans les mythes, entre autre l'épopée de Gilgamesh.
Nous avons essayé de lire ces versets avec en tête la confession de foi en YHWH Elohim. Dieu commence par constater ce qui s'est passé. (Il le fera d'ailleurs dans l'histoire de la tour de Babel avec les mêmes mots introductifs). Il n'efface donc pas l'acte de l'homme.
" Voici, l'adam est devenu comme l'un d'entre nous ". Ce " nous " désigne ici les divinités en général. Pour l'Israël d'avant l'exil YE est une divinité parmi les autres, celle d'Israël. Cependant dès le chapitre suivant le narrateur le distinguera des divinités et ne l'appellera plus que YHWH.
L'adam est devenu comme un Elohim dans un seul domaine : " connaître bon et mauvais ", puisque YE vient de lui donner par sa parole, à connaître ce qui est mauvais (la démarche du serpent), et ce qui est bon (la lutte contre " cela "). Ensuite le bonheur et le malheur de la vie de tout homme. Mais il n'a pas donné la connaissance de tout. Le narrateur fait ainsi comprendre que l'être humain a des limites, pour rester homme il doit accepter ses limites. "
Et maintenant, qu'il n'envoie pas sa main, ne prenne aussi de l'arbre de vie, ne mange et ne vive à perpétuité ". Regardez les verbes. Certains ne vous rappellent-ils pas quelque chose ?….. Prendre et manger nous renvoient à l'opposition ; prendre est même renforcé encore par " envoyer sa main ". Ces verbes évoquent la démarche du " pas bon ", du seul, pour soi-même.
Réapparaît l'arbre de vie. Où en était-il question pour la dernière fois ?...Depuis 2,9 il n'était plus mentionné. Nous sommes ainsi renvoyés au début de notre histoire. Or, quand un mot ou une expression reviennent ainsi au début et à la fin, on appelle cela une inclusion. Une inclusion est un procédé littéraire pour clôturer, " ficeler ", un texte. Vous connaissez cela d'un film ou d'un reportage. Lorsque reviennent les images du début, on sait : la fin est proche.
En 2,9 l'arbre de vie était au centre. Dans ce récit, avions-nous dit, le centre est un symbole pour ce qui régit et inspire le tout, l'axe du monde. L'arbre de vie au centre représente donc plus qu'une simple vie à perpétuité avec ce qu'elle a de bon et de mauvais. En manger maintenant - " et maintenant qu'il n'envoie pas sa main " - ce serait faire durer à perpétuité cette situation ambivalente où le projet de Dieu n'est pas encore pleinement accompli. YE va donc intervenir pour empêcher ce qui serait une catastrophe.
" YE l'envoie hors du jardin d'Eden pour cultiver l'adama dont il a été pris. ". La plupart des Bibles traduisent : YE le renvoie du jardin. Sentez-vous la différence entre " renvoyer " et " envoyer hors de " ?….. Traduire par renvoyer, c'est punir, c'est la chute. Non, nous sommes des envoyés de Dieu pour cultiver le sol !
Finesse : il y a dans ces versets deux fois le verbe " envoyer ". L'adam risque d'envoyer sa main vers le centre du jardin - à l'opposé YE l'envoie hors du jardin pour cultiver le sol).
" Pour cultiver l'adama " : le manque énoncé tout au début : " et pas d'adam pour cultiver l'adama " est donc comblé. Mais pas dans le jardin et pas pour garder. " Il chasse l'adam ". L'envoi hors du jardin a donc en même temps cette note négative, un envoi et une limite. Nouvelle ambivalence.
" Il installe à l'Orient du jardin d'Eden les chérubim et la flamme de l'épée tournoyante pour garder la route de l'arbre de vie ".
La mission de garder est maintenant confiée aux chérubim qui sont des êtres du monde divin. Ils gardent surtout la présence invisible de Dieu sur le couvercle de l'arche de l'Alliance. La flamme de l'épée tournoyante est sans doute une image pour l'éclair - pensez à l'éclair utilisé par l'EDF pour signaler un danger mortel. Et rappeler-vous : l'arbre à connaître bon et mauvais n'était pas gardé, pas entouré de fil de fer barbelé. Dieu aurait-il compris - si l'on peut parler ainsi de Dieu - qu'il ne peut pas offrir une confiance sans limites à son adam. Il rend donc l'arbre de vie inaccessible, gardé de la main-mise de l'homme. N'a-t-on pas, aujourd'hui, envie de dire ouf ! Dieu veille.
Mais que doivent garder exactement les chérubim ?…….La route de l'arbre de vie. Ce sont les derniers mots de notre histoire. Et les derniers mots sont souvent très importants, c'est ce qui doit et va rester dans la mémoire comme conclusion. Il y a donc une route de l'arbre de vie. Qu'est-ce que cette route ? Où est-elle placée ? On peut la voir à l'intérieur du jardin seulement, ou à l'extérieur - ou aux deux endroits. Ce qui nous semble le plus vraisemblable.
Au chapitre 2,8 YE a planté un jardin à l'Orient et maintenant il place les chérubim à l'Orient de ce jardin à l'Orient. (Remarquez en passant la nouvelle inclusion). Ce qui veut dire que le danger, les hommes, va venir de l'Orient. En effet l'histoire de Babel qui est de la même source et clôt les 11 chapitres qui sont à part - ils concernent toute l'humanité, alors qu'avec le chapitre 12 commence l'histoire d'Israël avec la vocation d'Abram. - cette histoire de Babel précise que les hommes viennent de l'Orient. L'histoire de l'humanité se passe donc à l'Orient du jardin. Pour les hommes, le jardin avec l'arbre de vie est au couchant, à la fin. Et les chérubim ont mission de garder cette route de l'humanité. Quoiqu'il arrive, cette route est gardée. Gardée à la fois contre une intrusion des hommes - nous dirions aujourd'hui contre une intrusion prématurée et pour la sauvegarde de la marche de l'humanité sur cette route. Quelle bonne nouvelle ! (en tout cas lorsqu'on lit cette fin en se rapportant non aux elohim du serpent, mais à YHWH Elohim décrit au chapitre 2). A chaque lecteur de choisir, c'est la dernière mise à l'épreuve proposée par notre fin pédagogue de narrateur.

Je voudrais rappeler encore une dernière, toute grande inclusion dans le texte représenté par toute la Bible. Dans Apocalypse 22 il est de nouveau question d'un fleuve et d'un arbre de vie dont les feuilles servent à la guérison des peuples et où le trône de Dieu et de l'agneau sera dans la cité, au centre de tout.
Ce n'est que ce renvoi à la fin de la Bible qui nous permet de répondre, je crois, aux questions qu'a soulevées le début de notre histoire.
Qu'est-ce " ce jour de faire YHWH Elohim terre et cieux ", avons-nous demandé. Ce " jour " ne sera-t-il terminé que lorsque l'immense projet de Dieu sera pleinement accompli ?
Entre temps, sur cette route gardée, nous osons croire que Dieu nous accompagne comme il a commencé à le faire dans Gn 2 et 3, en tant qu'un thérapeute de nos maladies spirituelles, tel un vis-à-vis secourable qui a quelque chose à nous dire. Et qu'il continue à créer et ne veut pas créer tout seul.

Pour résumer, trois aspects nous ont frappés :
Les multiples ambivalences - regardez le tableau récapitulatif. Ce texte parle vraiment de nous et de notre monde tels que nous l'expérimentons, avec ses beautés et ses bontés et aussi toutes ses horreurs, avec tout ce qu'il y a de bon et de mauvais en chacun de nous.
Face à cette situation nous parle-t-il
D'un péché originel (le mot péché est absent du texte) ou d'un pardon originel ?
D'une chute hors d'un paradis ou d'un envoi dans le monde et l'histoire avec mission de cultiver, de servir cette terre telle qu'elle est ?
D'un mépris ou d'une infériorité de la femme ou de sa reconnaissance comme-face-à-l'homme qui a quelque chose à lui dire (et réciproquement) et de la lente construction du couple ?
D'une mise en accusation de la sexualité ou de la naissance du désir amoureux avec le risque de la domination de l'un sur l'autre ?
D'une créature soumise à un Dieu tout-puissant ou d'une créature que Dieu a voulu libre malgré toutes les catastrophes que cela peut entraîner ? Libre, mais limité ?
Et surtout nous parle-t-il d'un Dieu qui se venge et punit ou d'un Dieu de tendresse, de bonté et de miséricorde, d'un thérapeute qui accompagne l'homme quelle que soit la situation dans laquelle il s'est mis ? Qui se manifeste lui le premier, comme un " secours comme-face-à-lui par sa Parole ?
Enfin, de plus en plus il nous a semblé que le projet de Dieu " je lui ferai un secours comme-face-à-lui " était le centre de ce texte. Tout est relation, a résumé l'une d'entre nous. Relation de confiance, de secours, par la parole, dans le couple, entre les hommes, les peuples, l'homme et le sol, l'environnement à servir et sauvegarder et surtout entre l'homme et Dieu. Dieu lui-même ne veut pas être seul, tout-puissant ; il se fait " puissamment faible " pour être un secours qui n'écrase pas. Dieu nous désire comme des vis-à vis et ce désir de relation et de confiance de Dieu, n'est-il pas une Bonne Nouvelle " presque incroyable ?