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Les théologies féministes

 

Les théologies féministes sont nées aux Etats-Unis dans le sillage des mouvements d’émancipation et des mouvements pour l’ordination des femmes des années 1965, et ont été importées en Europe 10 ans plus tard. Cette réflexion a également gagné les pays du Sud, où se développent des théologies féministes plus "contextuelles" ("womanistes"=Afro-Américaines, "mujerista"= femmes hispaniques aux Etats-Unis). La diversité des positions et des évolutions encourage à de ces théologies au pluriel. La cohérence interne du mouvement se noue au "point de souffrance"qu’est "l’oppression", ou le "sexisme" aux formes multiples: "Les femmes sont considérées comme opprimées, au moins au sens où leur vie est ‘déterminée par d’autres’ (Halkes), qu’elles y jouent des rôles ‘fixés’ (Moltmann-Wendel), qu’elles y sont les ‘autres’ selon Simone de Beauvoir (Ruether), ‘exclues’ (Ruether, Halkes, Russell) ou ‘marginales’ (Daly)" (6). Le qualificatif de "féministe" enlève à la théologie sa normalité, signalant par sa présence la protestation des femmes, leur "parti-pris pour les défavorisés", et leur solidarité ("sororité"). Leur expérience conduit à un processus de conscientisation et de déplacement des rôles et des normes fixés par l’éducation, la culture, la société, l’Eglise, pour une "contre-culture". Ces théologiennes interrogent la Bible, l’histoire de l’Eglise et l’histoire du salut sur leur capacité à être non seulement une his-story mais aussi une her-story, histoire au féminin. Ces théologies "des femmes pour les femmes" se sont caractérisées à leurs débuts comme un "mouvement de libération", un "atelier", une "expérience", refusant toute généralisation. Depuis, avec le travail académique et les publications multiples, une réflexion plus systématique et une autocritique féministe se développent (2).

La spécificité de ces théologies se dessine dans la déconstruction critique du langage, des modèles et des interprétations de la tradition chrétienne. Le système théologique tout entier, considéré comme "androcentrique", est "revisité": le caractère normatif de la Bible, son autorité, son inspiration divine, son canon sont remis en question. Dieu à l’image trop exclusivement masculine (Père, roi, Seigneur, etc.) est soupçonné d’injustice, d’oppression et de complicité avec le système androcentrique, ce qui entraîne une recherche pour dire le divin au féminin. Jésus Christ n’est plus considéré comme seul Sauveur, les croyant(e)s pouvant par leur engagement pour la paix, la justice et l’amour, contribuer à transformer les mentalités et le monde. L’Eglise et sa tradition, ses rituels et des structures hiérarchiques, sont repensées en termes de "tables-rondes" ou "tables d’hospitalité" ouvertes aux marginalisés et aux défavorisés (3).

Elisabeth Parmentier

 

1. Herlinde Pissarek-Hudelist, "Feministische Theologie. Eine Herausforderung?", Zeitschrift für katholische Theologie 103, 1981, p.289-308 et 400-425 (p.400).

2. Ouvrages majeurs traduits en français: Elisabeth Schüssler Fiorenza, En mémoire d’elle. Essai de reconstruction des origines chrétiennes selon la théologie féministe, Paris, Cerf, 1984; Anne Carr, La femme dans l’Eglise. Tradition chrétienne et théologie féministe, Paris, Cerf, 1993; Elisabeth et Jürgen Moltmann, Dieu homme et femme, Paris, Cerf, 1984.

3. Pour une vision d’ensemble, cf. Wörterbuch der feministischen Theologie, Gütersloh, Gütersloher Verlagshaus, 1991, ou la revue Concilium; Elisabeth Parmentier, Les filles prodigues. Défis des théologies féministes, Genève, Labor et Fides, 1998.

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