Le judaïsme ne se vit pas seulement aux moments particuliers de l'existence (naissance, majorité, mariage, décès), mais aussi dans le quotidien. Du lever au coucher, l'homme et la femme ont chaque jour pour devoir de sanctifier le temps. Le lieu privilégié pour ce " service de Dieu ", c'est le foyer juif.
Un parchemin est fixé sur le montant des portes (en hébreu " Mezouzah ") sur lequel figurent deux textes du Deutéronome (chapitre 6, versets 4 à 9 et chapitre 11, versets 13 à 21). Il rappelle ce devoir : aimer Dieu et ses commandements, les transmettre à ses enfants et en parler à tout moment.

" Je place le Seigneur en face de moi sans cesse "

Ce verset 5 du psaume 16 place la journée sous le signe de la prière. Trois fois par jour, matin, après-midi et soir, le Juif pieux réserve un moment à des prières traditionnelles. Dès le réveil, il dirige ses pensées vers Dieu et dit : " Je rends grâces devant Toi, Roi vivant et éternel qui m'as rendu la pleine possession de mon âme; grande est Ta fidélité " (prière traditionnelle).
Ensuite, il se lève et se sanctifie par l'ablution de ses mains avant de procéder à sa toilette. Après cela, l'homme se drape dans son châle de prière (en hébreu " Talith "), dont les " franges de contemplation " (en hébreu " " Tsitsith "), fixées aux quatre coins, symbolisent les 613 commandements qui lui permettent d'entrer en dialogue avec son Créateur. En attachant les phylactères (en hébreu " Tefiline ") sur son bras à la hauteur du coeur et sur le front à l'aide de lanières de cuir, il exprime l'attachement de son coeur et de ses pensées à Dieu; quant à la lanière qu'il enroule ensuite autour de sa main, elle rappelle la nécessité de prolonger ces sentiments et ces pensées dans les actes quotidiens. Maintenant, il est prêt à prier.
Le " Chema Israel " (" Ecoute Israël ") est, avec les bénédictions qui l'encadrent, au centre de la prière (en hébreu " Tefillah "). Il s'agit du texte de Deutéronome chapitre 6, versets 4 à 10, et chapitre 11, versets 13 à 21, suivi de Nombres, chapitre 15, versets 37 à 41. Le deuxième moment important de la prière est constitué par les " Dix-huit bénédictions " (en hébreu " Chemoné Esré "), appelées encore " Amida " (" Prière debout ") ou " Avoda " (" Service divin ") parce qu'elles remplacent le culte du Temple de Jérusalem, aujourd'hui disparu. On retrouvera les mêmes éléments dans la prière du soir. Celle de l'après-midi ne contient, par contre, pas le " Chema ". Les rabbins recommandent d'unir sa prière à celles de ses coreligionnaires dans un groupe d'au moins dix hommes (en hébreu " Minyane ") : elle prend alors un caractère public et a lieu habituellement à la synagogue.

De l'autel du Temple à la table familiale

Le foyer juif est comme une réduction du Temple de Jérusalem détruit; depuis lors, la table du foyer familial remplace l'autel du Temple. Comme le prêtre avant le sacrifice, le Juif procède à l'ablution des mains avant la bénédiction sur le pain au début de chaque repas.
Si l'excès du boire et du manger est réprouvé, l'ascétisme également est rejeté par le judaïsme. Les lois alimentaires juives (en hébreu " Cacheroute "), souvent mal comprises par les Chrétiens, ne sont pas vécues comme des privations, mais comme un moyen et une discipline pour maîtriser ses désirs et sanctifier son corps. La Tora interdit la consommation d'un grand nombre d'animaux à considérer comme " impurs " (Lévitique, chapitre 11) : des mammifères sont ainsi exclus ceux qui ne ruminent pas (exemple : le porc) et ceux qui n'ont pas le pied corné et divisé en deux (exemple : le cheval); parmi les animaux aquatiques, on exclura les poissons qui n'ont pas de nageoires (exemple : la saumonette) ou d'écailles (exemple : l'anguille), ainsi que les mollusques et les crustacés; parmi les oiseaux seuls ceux de basse-cour sont considérés comme " purs "; on exclura aussi les insectes (sauf une espèce de sauterelles).
En outre, l'animal " pur " doit être tué par un sacrificateur (en hébreu " Cho'hète "), lequel utilise un couteau spécial extrêmement aiguisé et sans la moindre aspérité. Il coupe d'un seul coup la majeure partie de la trachée artère et de l'oesophage, sans faire souffrir l'animal. Quand le sang est écoulé, il procède à un examen minutieux afin de déceler toute anomalie qui rendrait l'animal impropre à la consommation. Il enlève aussi tout ce qui entoure le nerf sciatique (Genèse, chapitre 32, verset 33). Pour en éliminer le sang, on trempe la viande dans l'eau, puis dans le sel et on la rince abondamment. La maîtresse de maison veille aussi à maintenir une stricte séparation entre les aliments carnés et lactés (Exode, chapitre 23, verset 19), ce qui nécessite deux jeux d'ustensiles de cuisine et de couverts, sans compter ceux de Pâque.

La femme, la plus précieuse des perles

C'est ainsi que le livre des Proverbes qualifie l'épouse idéale, la " femme vaillante " (chapitre 31). La maîtresse de maison accomplit une tâche sacrée en préparant le repas et en veillant au respect des lois alimentaires. C'est elle qui a le privilège d'allumer les deux lumières du Sabbat et des Fêtes. Par ce geste, elle fait accéder sa famille à la joie et à la spiritualité de ces jours consacrés.
La sainteté émanant de l'épouse juive et le respect dû à la femme imprègnent jusqu'à la relation conjugale, acte d'amour au sens le plus noble du terme. Indépendamment de la merveilleuse bénédiction que représente pour le couple la venue des enfants, l'acte sexuel possède, dit déjà le Talmud, sa valeur propre d'épanouissement pour chacun des conjoints. Des normes spéciales l'entourent et le protègent. C'est ainsi que durant les cinq jours des règles menstruelles, puis les sept jours suivants, dits de " purification ", jusqu'à ce que la femme ait pris son bain rituel (en hébreu " Miqweh "), la Tora exige l'abstention complète de relations conjugales. La maîtrise de soi ainsi demandée favorisera l'épanouissement du couple. La contraception est admise après avis de l'autorité rabbinique et dans le respect du commandement de procréation, excluant l'égoïsme à deux. L'interruption volontaire de grossesse, par contre, ne peut être envisagée que si la santé de la mère est compromise.

Tu scanderas ces paroles...

Chacun, en fonction de ses possibilités et de ses connaissances, devra aussi consacrer un moment de sa journée et un moment de sa nuit à l'étude des textes sacrés : " Tu scanderas ces paroles... à ton coucher, de même qu'à ton lever (Deutéronome, chapitre 6, verset 7). Avant de s'endormir, le Juif pieux répète encore le " Chema " et se confie à Dieu. Ainsi, s'appuyant l'un sur l'autre et se répartissant aussi bien les tâches matérielles que les obligations spirituelles, au rythme des heures du jour et de la nuit, mari et femme vivent leur vocation de " témoins de Dieu ".

Le Chrétien se rappellera que, lui aussi, est appelé à sanctifier chaque jour le temps par la prière et la lecture biblique, individuelles et communautaires, et par sa participation au culte. Sa vie tout entière doit être sanctifiée selon cette parole de l'apôtre Paul : " Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie totalement et que votre esprit, votre âme et votre corps soient parfaitement gardés pour être irréprochables lors de la venue de notre Seigneur, Jésus-Christ " (Première Epître aux Thessaloniciens, chapitre 5, verset 23).

BIBLIOGRAPHIE

Aux Editions Fondation Sefer, Paris :
. Tefilath Yosseph (rituel de prières hébreu-français).
· Le monde des prières, par le rabbin Elie Munk.
· Cachrout. Guide pratique des lois alimentaires, par le rabbin S. Wagschal.
· Ruth. Manuel de la femme juive, par le rabbin Jean Schwarz.

Aux Editions D.A.S., Paris :
. Les lois de pureté, par Tsvi Jossef Parienti.

Aux Editions Ora'h Haym, Bne Braq, Israël :
. La table juive, par Nissim Behar.

SÉRIE COMPLÈTE:

1. Israël, pas seulement un Etat
2. Les Juifs de France
3. La Tora orale et le Talmud
4. La Tora écrite et la Bible hébraïque
5. Au rythme de l'année juive: Les Jours Redoutables et les Jours de Deuil
6. Au rythme de l'année juive: Fêtes de pèlerinage et Fêtes commémoratives
7. Souviens-toi du jour du Sabbat pour le sanctifier
8. Racisme et antisémitisme: la tentation du racisme
9. Racisme et antisémitisme: l'antisémitisme chrétien
10. Qui a tué Jésus ? 11. L'espérance messianique juive
12. Le sionisme
13. Du berceau à la tombe: les quatre étapes d'une vie juive
14. Du lever au coucher: la piété juive au quotidien.

Edité et diffusé par
"ETUDE DU JUDAÏSME"
sous les auspices de la Commission "Eglise et Peuple d'Israël"
de la Fédération Protestante de France.
(inspiré d'une série analogue, publiée par les Eglises luthériennes, VELKD, RFA)

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