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Jean-Sébastien Bach, de Leipzig à Dresden. (1685 -1750)

Alberto Basso, d'origine italienne a publié une biographie de Jean Sébastien Bach en deux grands volumes avec de nombreux détails. Mais l'obstacle à son étude était le fait que Bach lui-même n'avait pas écrit lui-même de biographie. Basso a donc analysé la vie de Bach de manière chronologique ainsi que son œuvre en citant des journaux, des quittances ou des lettres.
Notre exposé s'appuie essentiellement sur le 7ème livre du second volume de " La vie de Bach à Leipzig ". Nous y résumerons en trois parties la biographie de Johann Sebastien Bach. Dans cet extrait Basso n'aborde pas de description d'intention ni ne fait d'analyse d'œuvres mais il retrace les grands événements de la vie quotidienne de ce grand musicien allemand du XVIIème siècle et plus particulièrement son travail et ses responsabilités. Nous verrons que la musique a été à quelques reprises source de conflits entre Bach et les autorités de son époque.

L'histoire familiale
Jean Sébastien Bach a dû signer un engagement définitif en tant que Kantor le 5 mai 1723 un peu avant l'arrivée de sa famille de Köthen à Leipzig le 22 mai de la même année. Celle-ci s'installa dans l'appartement qui lui était réservé à la " Thomasschule ".
L'engagement de Jean Sébastien Bach fut double : il dû assurer l'enseignement vocal (chœur et solistes) et instrumental à l'école Saint Thomas.
Lorsque Bach prit possession de sa charge à la Thomasschule (le système scolaire de Leipzig, primaire et secondaire s'appuyait principalement sur deux écoles dépendant de la municipalité, la Thomasschule et la Nikolaischule, auxquelles s'ajoutaient quelques très modestes écoles privées) la ville comptait environ 28500 habitants et constituait un carrefour obligé au long de la route qu'empruntait le trafic des marchandises entre l'orient et l'occident. Depuis le XVIme siècle, Leipzig est également un centre littéraire accordant une place particulière aux livres [Roland de Candé Jean-Sébastien Bach. Paris : Seuil, 1984. p 135.]. Par ailleurs cette ville est réputée pour ses foires à Pâques, à la Saint-Michel et au Nouvel An.
Si l'on considère attentivement la vie du virtuose, on s'étonnera d'un fait ; il faut en premier lieu connaître ses conditions de subsistance, en d'autres termes son environnement familial. Au début de cette époque, il installa ses six enfants à Leipzig mais sa famille s'agrandie de plus en plus et il dut cohabiter quelques temps avec des membres de l'imposante lignée des Bach ; tel son neveu Johann Heinrich d'Ohrdruf, fils de son frère aîné Johann Christoph, ainsi qu'avec Samuel Anton Jacob de la branche de Meiningen, et deux autres parents, Johann Ernst et Johann Elias. Avec sa deuxième épouse, Anna Magdalena, il eut treize enfants (sept filles et six garçons) mais quelques uns sont morts en très bas âge, et l'un était né handicapé. Il avait d'autant plus de problèmes et d'histoires tristes qu'il avait de plus en plus d'enfants. Alors que sa famille ne cessa de s'agrandir, Bach touchait toujours le même salaire à Leipzig.
Il faut donc considérer la manière dont sa source est composée: il touche le salaire réglementaire, l'aide venu de ses familles, des rémunérations pour expertises d'orgues ou pour essais d'orgues, et des honoraires particuliers pour la composition d'œuvres de circonstances. Nous ne pouvons pas déterminer les revenus issus des enseignements privés, n'ayant aucun document.
Le jeudi 30 juillet 1750, le grand musicien est mort chez lui : un communiqué anonyme dans un journal de Berlin relatait que Bach était mort " des suites malheureuses d'une opération aux yeux, fort mal réussie, pratiquée par un oculiste anglais bien connu.[Ibid., p.237.]"
En effet, Bach avait subi deux fois une intervention des yeux par Taylor. On peut supposer que l'affection dont il souffrait était un glaucome.

Les deux querelles à Leipzig
Bach s'adonna officiellement à ses activités musicales à Leipzig le 30 mai 1723, premier dimanche après la Trinité, à la Nikolaikirche. La cantate était BWV 75 " Die Elenden sollen essen ". Il dut alternativement exécuter cette cantate à l'église Thomasschule et à l'église Nikolaikirche. Les conflits à l'égard des activités musicales furent importants. Résumons-les simplement en deux parties : la première se distingue par deux incidents majeurs, d'une part le problème de rémunération concerné à sa composition et exécution par les fêtes, d'autre part le fait d'être lié à des musiciens de moindre envergure artistique et avec des églises principales. La deuxième partie du conflit concerne sa relation avec Ernest, le recteur de l'université.

La première polémique
Avant d'expliquer cette polémique, rappelons la conception de culte nouveau et de culte ancien ; le culte nouveau " Neu-Gottesdienst " est relatif aux dimanches et autres fêtes ordinaires, alors que le culte ancien " Alt-Gottesdienst " désigne les célébrations des quatre fêtes et des cérémonies universitaires.
L'ancien culte est attribué au Thomaskantor, alors que le nouveau est attribué aux autres musiciens. Bach fit la cantate pour le service liturgique de la Pentecôte à l'église de l'Université mais on ne lui versa que la moitié des honoraires alors que l'autre moitié fut versée à Görner. Bach adressa une requête au Concilium Dominorum Decemvirorum mais dut attendre la réponse pendant deux ans. Elle fut transmise de la cour de Dresde à l'Université de Leipzig qui finalement ne lui paya pas l'autre moitié des honoraires. Suite à cela il envoya un rapport au Consistoire Supérieur, Friedrich August I.
Le souverain n'honora la requête de Bach qu'en ce qui concernait l'inclusion de l'ancien culte dans les attributions du Thomaskantor. Toutefois, Bach toucha des arriérés sur l'ancien culte. Par la suite, l'Université évita de lui confier des tâches officielles et de lui commander des musiques pour des cérémonies particulières.

Les musiciens de moindre envergure artistique et ceux des églises principales
Le formalisme bureaucratique posa de gros problèmes. Nous avons déjà vu le conflit entre l'autorité universitaire et Bach qui se heurtait souvent aux autorités supérieures et religieuses. Le formalisme bureaucratique restreignit les activités des musiciens, ceux-ci furent victimes spontanément d'aliénation de droits civil et religieux. Lorsque Bach fut officiellement introduit dans ses fonctions de Thomaskantor, il choisit donc de se tourner vers l'autorité laïque pour se défendre mais le fait n'a jamais été résolu comme il l'appréhendait. Le problème aurait pu se résoudre à la mort du recteur de la Thomasschule, Johann Heinrich Ernesti, puisque son successeur Gersner, voulait supprimer cette farouche polémique. Cependant le résultat de l'entrevue fut négatif. Finalement le conseil municipal le condamna, décida en punition, la diminution de certains honoraires de Bach et la mise en garde contre toutes insistances à réclamer une réforme ou une modification de la musique de culte. Cette période était peut-être la plus triste pour Bach et sa femme Anna Magdalena, qui souffrait de la perte de sa fille aînée.

Le deuxième conflit
Cette querelle concerne le nouveau recteur de la Thomaschule, Johann August Ernesti qui était un écrivain de valeur, philologue réputé, théologien et responsable de nombreuses éditions d'œuvres en latin classique. Il ne semblait pas nourrir d'intérêts bien particuliers pour la musique, bien au contraire il estimait que la musique déclassait les autres activités scolaires et culturelles. Cette attitude de défiance à l'égard de la musique était l'inévitable conséquence des modifications dans les domaines de l'enseignement et de la pédagogie. On peut interpréter cette attitude en développant les sciences naturelles et l'humanisme. Bien sûr, Bach contestait les programmes d'Ernesti exilant la musique dans des institutions spécialisées. Ensuite, il ne comprenait pas la méthode scientifique selon laquelle Ernesti abordait l'exégèse néo-testamentaire, appliquée aux textes sacrés.
Dans un premier temps, les rapports entre Ernesti et Bach étaient bons. Mais tous les deux commençaient de plus en plus à se séparer, en particulier, lorsque Ernesti décida de s'élever au rang de premier préfet du chœur. Il empiétait alors sur les fonctions du Kantor, Bach contesta la sélection, et fit des requêtes au Conseil à plusieurs reprises. Finalement la polémique dégénéra en conflit. Ernesti traitait Bach de menteur, l'accusait de manquer à ses devoirs et de négliger sa fonction.
Après l'examen des documents de Bach, la Chancellerie, lui fut favorable et rétablit le 5 février 1738 son honneur bafoué et entamé.
Bach, jusqu'à la fin de ses jours, n'avait plus à se plaindre ni d'Ernesti, ni de la Thomasschule, ni des autorités constituées. Notons par ailleurs qu'il vivait sous le même toit qu'Ernesti et que par conséquent sa vie quotidienne n'en fût que plus douloureuse[Albert Basso Jean Sébastien Bach II. 1723-1750. Paris: Fayard, 1985, p.193.].

Sa fonction de Kapellmeister
On remarque que Bach avait coutume d'utiliser les titres de " Directeur Musices " et de Thomaskantor ou le terme de Kapellmeister pendant dix années après 1731. Cette appellation traduit un certain statut social, c'est-à-dire, qu'il dut en tant que " Directeur Musices ", faire présence à toutes les fêtes organisées pour l'anniversaire du prince, aux cérémonies de mariage, funérailles, cérémonie de prise de fonction…
Avec " Kapellmeister ", on peut vérifier les signatures de Bach confirmant l'expertise des orgues, surtout lorsqu'il était interdit d'exécuter des cantates à Leipzig de 1723 à1727. Il composait également des œuvres pour la famille royale au nom de Kapellmeister à Dresde.

Au service des familles royales
Les musiques à l'intention des familles royales sont essentiellement à caractère solennel. Leur composition était une occasion pour Bach, découragé par de multiples conflits avec les autorités, de retrouver son calme et sa sérénité.
Toutefois les autorités royales lui sont plus favorables à Dresden qu'à Leipzig. Les œuvres écrits par Bach pour célébrer les fêtes de la cour de Saxe ont été exécutées à Leipzig. Sans doute avait-il espéré que l'appellation de compositeur de cour lui attribuerait une sorte d'exclusivité pour la composition des musiques officielles.

Ses activités concernant des orgues ou des instruments de musique
" Le Directeur Musices " a été appelé à examiner des orgues récemment fabriquées ou restaurées à Störmthal, Gera, Stöntzsch, Kassel et à Mühlhausen. Les localités de la banlieue de Leipzig ou les paroisses nouvellement équipées d'orgues demandaient à Bach d'en faire l'expertise, certifiée par " Kantor ". Cette activité se poursuivit jusqu'à la fin de sa vie. Les dix dernières années de Bach de 1740 à 1750 consistèrent en quelques voyages avec Johann Georg Silbermann pour examiner des orgues ou visiter son fils aîné, Carl Philipp Emanuel.
A propos du pianoforte, Johann Friedrich Agricola rapporte que Gottfried Silbermann s'était ingénié par deux fois à le fabriquer. Bach avait eu l'occasion d'examiner les premiers exemplaires et les avait jugés " faibles dans le registre aigu et difficiles à jouer ". Silbermann fut en colère contre Bach mais s'appliqua à en fabriquer d'autres et au bout de quelques années construisit un nouveau type de pianoforte. Bach lui-même en possédait un.

Conclusion
A la mort de Bach, sa femme Anna Magdalena présenta une requête au Conseil communal, demandant le prolongement du salaire et du logement à la " Thomasschule ". Son patrimoine m'étonne : il n'a jamais possédé de maison à son nom mais il avait chez lui de nombreux livres théologiques et philosophiques. En ce qui concerne les livres à caractère religieux, les cantates de Bach sont la preuve d'un contenu évangélique. L'une des erreurs que nous commettons souvent est causée par l'illusion que nous avons des grands hommes qui auraient tout le confort, une vie aisée (argent, pourvoir, honneur, etc..). C'est une idée fausse ou un pré-jugé. En réalité, Jean Sébastien Bach dut aussi vivre en marge de la société comme beaucoup d'autres artistes. Mais ce sont ses œuvres qu'il ne faut pas oublier même si elles nous font oublier les traces de la vie quotidienne et nous arrachent à la dure réalité qui nous entoure.
Finalement, nous pouvons imaginer la vie de Bach dans cette phrase citée " le bonheur, c'était un verre de vin, une chope de bière, une coupe de cidre ; et lorsque café et tabac, chocolat et thé devinrent à la mode, la petite bourgeoisie elle-même eut le sentiment d'être au paradis " .

Mr Lee Bong-Seok, étudiant coréen à la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg.