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NOUVELLES OECUMENIQUES INTERNATIONALES
Service de nouvelles
31 mars 2005
Soixante ans après son exécution,
Dietrich Bonhoeffer reste une source d'inspiration
ENI-05-0113\F
Flossenbürg, le 31 mars (ENI\Keith Clements) - Flossenbürg se trouve à quelques kilomètres de la frontière allemande avec la République tchèque. Des pentes douces et boisées entourent l'ancien camp de concentration où se trouve, dans un coin, une petite cour entourée d'un mur de béton.
C'est ici qu'à l'aube du 9 avril 1945 - juste un mois avant la capitulation allemande à la fin de la deuxième guerre mondiale - que le pasteur Dietrich Bonhoeffer et six autres membres d'une conspiration contre le dictateur nazi Hitler ont été pendus par les forces spéciales, les SS.
Près de l'endroit où se trouvaient les potences il y a aujourd'hui une plaque commémorative sur laquelle figure la phrase du Nouveau Testament: "Car ce n'est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d'amour et de maîtrise de soi" (2 Timothée 1.7).
La mort de Dietrich Bonhoeffer, à l'âge de 39 ans, est extraordinaire pour plusieurs raisons. Sa tradition luthérienne lui avait inculqué le sens du devoir qui est d'obéir à l'Etat comme autorité dictée par Dieu, et non pas de comploter contre lui. Dans les années 1930, il avait milité en faveur du pacifisme comme réponse chrétienne à la violence, et pourtant le complot contre Hitler impliquait une complicité dans une tentative d'assassinat. Les changements de circonstances ont plusieurs fois obligé Dietrich Bonhoeffer à réexaminer ce que l'obéissance à Dieu exige dans un contexte où le mal politisé prend une dimension apocalyptique.
En 1935, il aurait pu entamer une carrière de professeur d'université mais il a choisi d'enseigner dans un séminaire illégal de l'Eglise confessante qui s'opposait au nazisme. En 1939, il aurait pu rester indéfiniment en sécurité aux Etats-Unis mais il a choisi au contraire de revenir en Allemagne pour témoigner de sa solidarité avec son Eglise et son peuple. Dans l'Allemagne en guerre, il aurait pu se plonger dans ses livres mais, informé par des proches occupant des fonctions au sein du gouvernement, il ne connaissait que trop bien le sort réservé aux juifs et aux autres victimes du nazisme et il a décidé de rejoindre la résistance, transmettant des informations grâce à ses contacts avec des chrétiens de l'étranger.
Il a choisi de participer à la conspiration, avec toutes ses ambiguïtés morales, comme la seule façon authentique d'aider les autres à vivre face à Dieu. Choisir de rester à l'écart, en avançant sa vocation de pasteur, aurait pu préserver son innocence à un certain point mais, en se protégeant alors que des millions d'êtres humains étaient assassinés, il se serait senti encore plus coupable. Il a accepté de devenir coupable pour les autres, d'avoir du sang et non de l'eau sur les mains.
Au lieu de se plonger dans un introspection angoissée, durant ses deux années d'emprisonnement avant son exécution, Dietrich Bonhoeffer, dans les lettres secrètes qu'il a adressées à son ami Eberhard Bethge, s'est lancé dans un nouvel examen de la signification de la foi chrétienne dans "Le monde devenu majeur".
Dans ces lettres, il pose une question simple mais brûlante: "Qui est le Christ pour nous aujourd'hui?". Le christianisme a trop souvent fui le monde tel qu'il est, essayant de trouver pour Dieu un dernier refuge dans un coin "religieux" à l'abri de la science et de la pensée critique.
Mais comme Dietrich Bonhoeffer a osé le dire, Dieu appelle l'humanité précisément dans sa force et son humanité pour la transformer en Jésus "l'homme pour les autres".
A Flossenbürg, Dietrich Bonhoeffer a montré ce que signifie cette sorte de foi. La blanchisserie du camp est toujours là, un long bâtiment gris où la dernière cour martiale s'est tenue la nuit avant les exécutions. Des marches conduisent à la porte: six marches pour entendre le jugement, six pour redescendre, chacune franchie avec le courage civique qui assume l'entière responsabilité devant Dieu et ne cherche pas à s'y soustraire.
Un récit souvent cité et assez pieux d'un médecin du camp de Flossenbürg parle d'une mort rapide pour Dietrich Bonhoeffer. Des recherches plus récentes font état de cruautés et de souffrances pour lui et les autres exécutés ce matin d'avril. De toute façon, se tenir dans cette cour et devant cette plaque commémorative est une expérience qui apporte humilité et inspiration.
Et l'on quitte Flossenbürg en espérant être fidèle à ce que Dietrich Bonhoeffer écrivait depuis sa prison: "L'Eglise n'est l'Eglise que lorsqu'elle existe pour les autres."
Le pasteur Keith Clements est secrétaire général de la Conférence des Eglises européennes et l'un des rédacteurs de la nouvelle traduction anglaise des oeuvres de Dietrich Bonhoeffer. Cette version est tirée d'un article paru en anglais dans Reform, la revue de l'Eglise réformée unie en Grande-Bretagne. (789 mots)
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