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Vos 100 questions sur le protestantisme
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L'espérance

 

L'espérance comme attente
L'espérance chrétienne est une attente et un désir de l'accomplissement de la promesse de Dieu : celle de la Résurrection, du Royaume et du Salut. Selon la théologie de Paul, elle est associée à la foi et à la charité (1Corinthiens 13,13). En effet, même si l'objet de son espérance est invisible, le chrétien, par la foi, est assuré de la constance de cette espérance : "Car notre salut est objet d'espérance ; et voir ce qu'on espère, ce n'est plus l'espérer : ce qu'on voit, comment pourrait-on l'espérer encore ? Mais espérer ce que nous ne voyons pas, c'est l'attendre avec constance" (Romains 8,24-25). L'espérance reste le soutien du chrétien : elle est comme une lampe qui brille dans l'obscurité jusqu'à ce que viennent les premières lueurs du jour (2 Pierre 1,19).
Les symboles de la confession de foi offrent le plus primitif de l'espérance chrétienne en affirmant l'attente de la "résurrection des morts" (ou"de la chair") et de la vie d'un monde à venir (ou "vie éternelle"). Ces articles de la confession nous offrent la compréhension de l'espérance comme une "attente certaine de la béatitude à venir" (selon l'expression de Thomas d'Aquin).

L'espérance comme action
L'espérance, parce qu'alimentée par la foi, est une certitude qui n'est pas une quiétude mais une dynamique. Elle est une attente active en vue d'un avenir, elle est action plutôt que connaissance (1) : l'espérance n'est plus comprise comme une manière vertueuse de vivre dans un temps qui n'est que provisoire, mais un appel à donner un sens au temps où le passé ne définit plus l'avenir et où le présent n'est pas dévalué. Dans les années 60, des théologiens protestants comme J. Moltmann (2) et W. Pannenberg (3) nous emmènent au-delà de la vision d'un Dieu éloigné (le Dieu "en haut" de K. Barth) ou présent dans la seule réalité de l'individu (l'espérance d'un Dieu qui vient dissiper nos craintes sur la mort selon R. Bultmann). L'espérance tient à l'action de Dieu mais aussi à notre propre engagement.

L'espérance comme responsabilité
L'annonce de l'Evangile consiste-t-elle à répondre à des espérances où à éveiller des espérances en donnant des raisons d'espérer ? Aujourd'hui au "principe d'espérance" répond le "principe de la responsabilité" (H. Jonas), à l'interrogation sur ce qu'il nous est permis d'espérer, nous devrions savoir si nous sommes encore capables d'espérer. Longtemps, la théologie chrétienne a affirmé que les promesses transmises venaient combler le désir d'éternité, de béatitude et d'un monde meilleur à venir. L'événement de la résurrection du Christ nous apprend que nous n'avons plus à subir la mort comme une fatalité. Nous ne devons plus envisager notre finitude comme une réalité ultime, car l'espérance nous permet de renouveler notre relation avec Dieu et avec les hommes. Croire en l'accomplissement des promesses de Dieu nous laisse libres pour discerner nos véritables responsabilités et pour évaluer la réalité présente. La foi nous contraint à être présents dans le monde en luttant contre le déterminisme, la résignation et l'inertie, et l'espérance nous procure le courage, l'imagination et le dynamisme nécessaires. "La foi est la garantie des biens que l'on espère, la preuve des réalités qu'on ne voit pas"(Hébreux 11,1).

(1) E. Kant plaçait l'espérance dans le domaine du savoir : l'espérance se place entre un possible attendu et un impossible reconnu. E. Kant, "Que m'est-il possible d'espérer ?", in Critique de la raison pure, P.U.F., 1963, pp. 543-544. Voir aussi P. Ricoeur, "La liberté selon l'espérance", in Le Conflit des interprétations, Seuil, 1969, pp. 393-415.
(2) Voir par exemple J. Moltmann, Théologie de l'espérance, trad. française, Cerf-Mame, 1978
(3) Voir W. Pannenberg, Esquisse d'une christologie, trad. française, Cerf, 1971

Gwenaelle BRIXIUS
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