logo Protestants.orgFédération protestante de France
Vos 100 questions sur le protestantisme
Accueil > Cent questions - Recherche alphabétique   -  Petite bibliographie   - Nous écrire

 

La souffrance

La souffrance, une réalité

La souffrance est l'une des grandes questions posées à la conscience des hommes. Elle fait partie de notre vie ; tout homme y est confronté tôt ou tard. A juste titre elle est souvent perçue comme un scandale. Elle revêt diverses formes, la maladie, la douleur, la souffrance morale ou la dépression. Elle peut susciter la marginalisation.

La Bible ne la passe nullement sous silence ; elle l'évoque dès les premières pages, dès le commencement. Et tout au long de la Bible des hommes ont exprimé, même crié leur souffrance et leur douleur. Par exemple Job, un homme juste, dit : "moi si je parle, ma douleur n'en est point calmée, mais c'est que maintenant Il m'a poussé à bout" (Job 16, 6-7). L'auteur du psaume 22 s'en prend à Dieu : "mon Dieu, mon Dieu pourquoi m'as-tu abandonné?".

Et Dieu ! Peut-il être lié à la souffrance? D'emblée nous découvrons qu'il se révèle comme celui qui entend les cris des hommes, voit la misère de son peuple (par exemple Exode 4, 31).

D'où vient la souffrance ?

Il n'y a pas de réponse toute faite. Il est impossible à notre raison d'expliquer la souffrance. Pourtant la Bible peut ouvrir une voie en nous invitant surtout à sortir d'un schéma tout fait qui rendrait Dieu responsable de tous les malheurs du monde et des hommes. Dieu n'est pas la cause première de nos souffrances ; au contraire, la Bible nous montre que Dieu, qui est à l'origine de la vie, ne voit aucun bien dans la souffrance. Il ne lui attribue aucune valeur positive.

Dieu a créé l'homme pour le bonheur de la vie, à son image, libre d'agir, responsable, capable d'inventer et de gérer ce monde. Le désordre et le mal sont apparus dans l'univers, provoqués par la créature qui s'oppose au Dieu créateur. Nous ne connaissons pas son origine et sommes là devant un fait qu'on peut appeler mystère. Le coeur de l'homme s'est laissé aller à cette connaissance du mal et du désordre. L'orgueil, la révolte, la haine, les maux de toutes sortes ont envahi l'humanité.

La souffrance, conséquence du mal, est liée au risque de notre liberté, mais ce mal est le fait de l'homme.

La souffrance n'est pas une punition

Jésus est très clair sur ce point lorsqu'il dit à propos de l'aveugle-né: "qui a péché ou qui a fait le mal, lui ou ses parents? Ni lui ni ses parents" (Evangile selon Jean 9, 2-3), et de la tour de Siloé : "et ces dix-huit personnes sur lesquelles est tombée la tour de Siloé et qu'elle a tuées, pensez-vous qu'elles étaient plus coupables que les autres habitants de Jérusalem?" (Evangile selon Luc 13, 4). Pour Jésus la souffrance ne saurait être le châtiment d'un péché.

Le théologien suisse Karl Barth nous rappelle : "l'homme malade est simplement l'homme en qui sont visibles les signes de la création gâchée, sans que celui-ci en soit personnellement responsable".

II faut aussi distinguer entre la souffrance causée par les hommes (l'intolérable torture infligée par le bourreau, les guerres etc ... ), celle dont je suis responsable (alcoolisme, drogue, tabagisme etc ... ), et qui est donc évitable, et la souffrance dont le destin nous accable. Cependant les frontières entre souffrance évitable et souffrance fatale sont très floues et difficiles à cerner.

En tout cas la souffrance n'est pas quelque chose que l'homme doive offrir à Dieu. Elle n'est pas non plus un prix à payer. Il ne s'agit pas de racheter le mal. Dieu n'est pas un Dieu vengeur, ni un Dieu qui prendrait plaisir à la souffrance de l' homme.

La souffrance n'est pas non plus rédemptrice : elle n'est pas une oeuvre qui nous fait gagner la faveur de Dieu. Dans la Bible la rédemption est toujours libération. La souffrance, elle, n'est en aucun cas libératrice ; au contraire elle aliène, elle est un handicap. Seul l'amour, l'humanisation peuvent nous libérer.

Il ne faut pas se résigner

Se résigner est contraire à la volonté de Dieu. Ainsi parle Dieu: "J'ai entendu ta prière et j'ai vu tes larmes... Je te délivrerai" (Esaïe 38, 5-6). Dieu est sensible à notre cri, même à notre révolte. Dans la souffrance, il est proche de nous. L'homme n'a pas à se résigner. Job, le juste, ne supporte plus le discours de ses amis qui ont vainement essayé de le consoler, à leur manière, et même de donner une explication à sa souffrance. Il en appelle à Dieu, car il veut en savoir davantage. La prière confiante de Job n'est pas déçue, Dieu intervient, il n'élude pas ses questions. Au contraire il les prend en compte. Une relation s'établit entre lui et Dieu. Job découvre en Dieu un vis-à-vis qui a la volonté de le rétablir. Il en témoigne : "maintenant mes yeux t'ont vu" (Job 42, 5), "je sais que mon rédempteur est vivant" (Job 19, 25).

Dans nos détresses, la prière reste primordiale. Elle nous invite à partager nos soucis, nos préoccupations, à dire notre révolte à Dieu. Elle établit avec Dieu un dialogue qui arrache à la solitude de la souffrance.

Jésus a été ému de compassion envers les malades et les souffrants. Il a réalisé des guérisons physiques, mais il n'a pas voulu être un magicien. Sa mission était de guérir l'homme dans tout son être, corps et âme, et surtout de montrer par des signes, quel est le projet de solidarité et de renouvellement de Dieu pour l'humanité.

Les premiers chrétiens ont eu le privilège de poser les mêmes signes au nom du Christ ; plusieurs guérisons ont été réalisées par les apôtres. Aujourd'hui encore, aucun chrétien ne doit douter que Dieu puisse guérir aujourd'hui comme autrefois. Le don de guérison figure parmi ceux que Dieu accorde à l'Église. La prière, l'imposition des mains, parfois l'onction d'huile par les membres de la communauté sont génératrices de promesses et de guérisons intérieures. "C'est la prière de la foi qui relèvera le malade" (Épître de Jacques 5, 15). La non-guérison n'est nullement liée à un manque de foi. Mais la prière du malade, de la communauté ouvriront de nouveaux horizons et permettront de discerner que Dieu est proche, solidaire, et qu'il nous réserve des possibilités insoupçonnées. Jésus-Christ a lui-même vécu l'absurde de la souffrance humaine. Il a crié au moment ultime "pourquoi ?" (Évangile selon Marc 15, 34). Il a été crucifié, il est mort, il a connu l'ultime passage. Mais il est ressuscité. Ainsi la souffrance est déjà vaincue par le Christ mais, il est vrai, non encore anéantie. Nous possédons dès maintenant le gage de la victoire, de la vie nouvelle, de la guérison.

Notre responsabilité chrétienne

En tant que chrétiens nous sommes invités à porter les fardeaux les uns des autres (Épître aux Galates 6, 2), à être attentifs à la personne toute entière. Nous avons à participer au projet d'humanisation, d'écoute et d'accompagnement de Dieu. Par ailleurs nous devons nous engager dans la lutte contre la maladie. Nous sommes appelés à participer aux efforts et aux progrès de la médecine. Nous avons notre place dans cette dynamique de la société d'aujourd'hui pour rendre moins lourd le fardeau de la maladie, de la souffrance, pour le bien-être et la santé de nos contemporains.

La souffrance peut avoir un sens

De toute façon la maladie, la souffrance et la mort nous bouleversent. Nos certitudes, notre foi sont mises à rude épreuve ! Il nous sera de plus en plus difficile de tricher avec nous-mêmes et avec les autres. Face à la souffrance on change, on ne peut pas ne pas être vrai.

La souffrance sera aussi l'occasion de multiples rencontres avec les soignants, nos proches, les visiteurs etc... Il est important de pouvoir en parler. Ce dialogue nous permet de ne pas nous recroqueviller sur nous-mêmes, et de découvrir les valeurs essentielles de notre vie, de voir changer l'ordre de nos priorités. Des relations pourront s'intensifier, des réconciliations pourront s'opérer, des tendresses s'épanouir qui seront des renouvellements et des guérisons intérieures.

L'écrivain Paul Claudel rappelle : "Dieu n'est pas venu supprimer la souffrance. Il n'est même pas venu l'expliquer. Il est venu la remplir de sa présence. Oui, il est venu l'assumer, la transcender, la glorifier. Et, par sa résurrection nous assurer que l'acceptation de la croix est le gage de notre délivrance".

Désormais parmi les multiples rencontres, la souffrance peut devenir le lieu de la rencontre avec Dieu. Puissions-nous reconnaître, comme les disciples d'Emmaüs sur ce chemin difficile, la présence du Ressuscité : "Alors leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent" (Évangile selon Luc 24, 3I).

Ce texte a été rédigé par P. Heilmann et édité à l'initiative de la Commission de formation biblique et théologique de l' Eglise de la Confession d'Augsbourg et de l'Eglise Réformée d'Alsace et de Lorraine.