Introduction

 

Le personnage de Pierre avec sa complexité et ses revirements, m'a semblé un bon compagnon pour une méditation. Le Christ lui a confié l'autorité sur son troupeau alors qu'il n'était ni le plus courageux ni sans doute le plus le plus intelligent de ses disciples. Cette confiance et cette acceptation des défauts de Pierre par le Christ se trouve très bien exprimée dans l'évangile de Luc 22-31 à 35, juste après la Cène :

 

 

" Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés, vous, mes disciples, pour vous cribler comme le froment ; mais moi j'ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères. Seigneur, lui répondit Pierre, je suis prêt à aller avec toi et en prison et à la mort. Jésus répondit : Pierre, je te le dis, le coq ne chantera pas aujourd'hui que tu n'aies nié trois fois de me connaître. "

 

Deux peintres se sont tout de suite imposés sur ce thème. Ils sont contemporains l'un de l'autre, ils peignent dans la première moitié du XVII° siècle. L'un travaille pour les vice-Rois de Naples, au moment où la ville appartient à la très catholique Espagne. L'autre peint à Amsterdam, dans la très protestante ville du Nord qui vient, avec toute la Hollande, de vaincre l'Espagne après 40 ans de guerre. Tout semble les séparer et pourtant, je crois que beaucoup les rassemble. Ce sont Jusepe de RIBERA et REMBRANDT.

REMBRANDT n'est plus à présenter. Il naît à Leyde, puis s'installe à Amsterdam qui entre dans son siècle d'or. Il connaît très rapidement la réussite et la richesse. Mais vers l'âge de 40 ans, il rompt volontairement avec le succès et avec son public pour cheminer seul, dans ce que j'appellerai, en parallèle avec Jacob, son combat avec l'ange, ou, autrement dit son cheminement vers Dieu. Il n'a plus que faire du succès mais tente, au travers de l'art, de représenter ce qui fait le tragique de l'homme.

RIBERA, né près de Valence, en Espagne et se forme en Italie. Il passe par Parme, Bologne et Rome pour s'installer définitivement à Naples en 1616 où il connaît le succès. Aussi connu que Vélàsquez, il connaît la gloire d'être exposé de son vivant dans les salons et les galeries de roi Philippe IV. Pourtant Ribéra choisit de demeurer en Italie. Il disait : " Je pense que l'Espagne est une tendre mère pour les étrangers, mais une marâtre très cruelle pour ses propres enfants. " Cela ne l'empêcha pas de garder toute sa vie sa fierté nationale en faisant suivre sa signature de la mention espagnol.
Peintre des supplices et des martyrs, Ribera montre là la volonté orgueilleuse de l'Espagne à vouloir rivaliser avec les souffrances du Christ pendant la Passion ou celle des saints agonisants dans d'horribles tortures pour l'amour du Père Céleste. Il régnait en Espagne un tel esprit de dévotion, une telle soif de Dieu, que chaque fidèle, comme par exemple Thérèse d'Avila, dans un élan d'enthousiasme spirituel s'identifiait avec les figures sublimes et désespérantes des sacrifiés consentants de la foi catholique. Ces saints étaient véritablement les héros de cette Eglise de la Contre Réforme.

REMBRANDT et RIBERA sont tous deux de magnifiques représentants de la peinture baroque. Ils firent preuve de la même virtuosité à jouer des oppositions entre l'ombre et la lumière afin de faire ressortir les formes et les volumes.
Ils ont été très influencés par Titien et Le Caravage. Si RIBERA éclaire sa palette au contact de Guido Reni et des Carrache, REMBRANDT l'assombrit et l'empâte pour terminer par peindre, dans les dernières œuvres avec les doigts.
Le malheur a pareillement marqué les deux artistes. REMBRANT a perdu sa jeune épouse Saskia puis son fils unique Titus, à l'âge de 20 ans, RIBERA, malade dans les dernières années de sa vie, a vu sa fille enlevée par un fils bâtard du roi d'Espagne. Abandonnée, elle termine sa vie dans un couvent.
Voici donc deux artistes éloignés géographiquement et idéologiquement qui parviennent à montrer, en se complétant l'itinéraire de Pierre, l'histoire de sa passion.