Deux peintres
se sont tout de suite imposés sur ce thème. Ils sont
contemporains l'un de l'autre, ils peignent dans la première
moitié du XVII° siècle. L'un travaille pour les
vice-Rois de Naples, au moment où la ville appartient à
la très catholique Espagne. L'autre peint à Amsterdam,
dans la très protestante ville du Nord qui vient, avec toute
la Hollande, de vaincre l'Espagne après 40 ans de guerre. Tout
semble les séparer et pourtant, je crois que beaucoup les rassemble.
Ce sont Jusepe de RIBERA et REMBRANDT.
REMBRANDT
n'est plus à présenter. Il naît à Leyde,
puis s'installe à Amsterdam qui entre dans son siècle
d'or. Il connaît très rapidement la réussite et
la richesse. Mais vers l'âge de 40 ans, il rompt volontairement
avec le succès et avec son public pour cheminer seul, dans
ce que j'appellerai, en parallèle avec Jacob, son combat avec
l'ange, ou, autrement dit son cheminement vers Dieu. Il n'a plus que
faire du succès mais tente, au travers de l'art, de représenter
ce qui fait le tragique de l'homme.
RIBERA,
né près de Valence, en Espagne et se forme en Italie.
Il passe par Parme, Bologne et Rome pour s'installer définitivement
à Naples en 1616 où il connaît le succès.
Aussi connu que Vélàsquez, il connaît la gloire
d'être exposé de son vivant dans les salons et les galeries
de roi Philippe IV. Pourtant Ribéra choisit de demeurer en
Italie. Il disait : " Je pense que l'Espagne est une tendre mère
pour les étrangers, mais une marâtre très cruelle
pour ses propres enfants. " Cela ne l'empêcha pas de garder
toute sa vie sa fierté nationale en faisant suivre sa signature
de la mention espagnol.
Peintre des supplices et des martyrs, Ribera montre là la volonté
orgueilleuse de l'Espagne à vouloir rivaliser avec les souffrances
du Christ pendant la Passion ou celle des saints agonisants dans d'horribles
tortures pour l'amour du Père Céleste. Il régnait
en Espagne un tel esprit de dévotion, une telle soif de Dieu,
que chaque fidèle, comme par exemple Thérèse
d'Avila, dans un élan d'enthousiasme spirituel s'identifiait
avec les figures sublimes et désespérantes des sacrifiés
consentants de la foi catholique. Ces saints étaient véritablement
les héros de cette Eglise de la Contre Réforme.
REMBRANDT et RIBERA
sont tous deux de magnifiques représentants de la peinture
baroque. Ils firent preuve de la même virtuosité à
jouer des oppositions entre l'ombre et la lumière afin de faire
ressortir les formes et les volumes.
Ils ont été très influencés par Titien
et Le Caravage. Si RIBERA éclaire sa palette au contact de
Guido Reni et des Carrache, REMBRANDT l'assombrit et l'empâte
pour terminer par peindre, dans les dernières uvres avec
les doigts.
Le malheur a pareillement marqué les deux artistes. REMBRANT
a perdu sa jeune épouse Saskia puis son fils unique Titus,
à l'âge de 20 ans, RIBERA, malade dans les dernières
années de sa vie, a vu sa fille enlevée par un fils
bâtard du roi d'Espagne. Abandonnée, elle termine sa
vie dans un couvent.
Voici donc deux artistes éloignés géographiquement
et idéologiquement qui parviennent à montrer, en se
complétant l'itinéraire de Pierre, l'histoire de sa
passion.