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Pierre, histoire d'une passion Commentaire
de tableaux de Rembrandt
et de Ribera |
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Rembrandt. Le reniement de Saint Pierre. Rijksmuseum. Amsterdam. Il fait froid à Jérusalem cette nuit. Des groupes se sont formés autour des feux allumés. Quelques soldats, une servante, des hommes. Ils parlent, discutent. On vient d'arrêter celui qu'on appelle le Nazaréen au Jardin des Oliviers. Il est en prison maintenant. Oui,
cet homme qui se disait Roi d'Israël et même Fils de Dieu.
Vous pensez, Fils de Dieu. Un pauvre type, oui. Qui ne sait pas faire
de magie pour ouvrir des portes. Pourtant on raconte que la fille de Jaïrus
et Lazare
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Mais au fait, toi, bonhomme, ne le connais-tu pas ce Jésus ? Enlève un peu ton manteau, découvre ton visage, un regard a du mal à mentir. Ta barbe est blanche, comme ton vêtement, ton front dessine des rides qui racontent des jours et des jours enfuis. Viens plus près de la lampe.La lumière contourne les casques, les glaives, les armures et les profils de deux soldats et de la servante, triangle renversé qui répond à l'ellipse de l'autre groupe, celui de l'autre feu, autres casques dans la pénombre.Tout le monde te regarde, Pierre. Et toi, tu ne regardes personne, tu es seul, si seul, avec les lambeaux de tes rêves. Tu y avais cru si fort Roi, Seigneur, Fils de Dieu. Des rêves de lumière, de succès, Jérusalem en liesse. Oui, encore un peu et la pourpre allait vêtir celui qui avait apaisé la tempête sur le lac où tu pêchais depuis ton enfance. Le Christ. Pour le suivre, tu as tout laissé. Le petit monde où tu vivais, les anémones qui colorent de rouge les rives du lac de Tibériade au printemps, ces rives douces et ombreuses qui miroitent sous la caresse des rayons. Mais il fait froid ce soir, et si sombre. La nuit a la saveur amère, si triste de l'absence, elle dessine la mort et ton désespoir.Et cette femme qui insiste. Oui, je t'ai vu bonhomme, je crois bien, avec ce Nazaréen.Il n'y a presque plus de lumière, les feux se meurent, la main cache la bougie. Alors, réponds bonhomme, ce Nazaréen, tu le connais ?Je le connais ? Ce Nazaréen qui se disait Fils de Dieu, qui dort maintenant dans un cachot et qui va mourir ? Cet homme qui parlait d'une lumière qui devait illuminer mon chemin ? Non, je ne le connais plus, et même, je ne le connais pas. Il m'a volé toute mon espérance. Elle gît sur la paille sale de la prison, elle est devenue désespoir, et a blanchi mes cheveux. Il n'y a plus que la nuit sur les murs de ma vie. Et j'ai froid, femme, si froid. _________________________________ |
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Et le coq a chanté, chanté. Tant de fois, que le nombre n'a plus d'importance. Lâche, malheureux, tu t'es effacé, pendant que ton Seigneur suivait sur le chemin poudreux du Golgotha son dernier destin. L'amertume de la défaite, les espérances brisées se sont effeuillées sur les ailes du vent. La nuit a baissé tes paupières et fermé de sa pierre noire la dernière demeure Tu es resté seul, enveloppé des plis du silence et de la mort.
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Puis il y eut ces femmes, ces trois exaltées qui sont venues annoncer un après d'une démarche légère. Elles ont raconté l'incroyable, l'été de toutes les saisons, le soleil des jours sans déclin, le Christ ressuscité. Tu t'es dit, qu'elles étaient vraiment devenues folles, mais aussi, qu'il faudrait vérifier Qu'as-tu ressenti sur le chemin du sépulcre ? En te dépêchant sur la route bordée d'arbres qui commençaient à bruire d'oiseaux ? Sous le ciel où s'éteignaient les étoiles ? Et puis tu as couru, parce que c'était plus fort que ton désespoir et que nul n'est sûr de la nuit éternelle.Après, tu t'es précipité au combat, brandissant la torche de clarté. Oui, mon Seigneur est ressuscité ! Malgré ton ancien désespoir, tu as appris que c'était Dieu qui te lançait dans l'avenir.Tu es devenu un des piliers de l'Eglise nouvelle. Ordonnant le remplacement de Judas dans le groupe des disciples, prêchant aux Juifs après la Pentecôte, demandant l'intégration des païens convertis dans la communauté. Bien sûr, la cohabitation avec Paul n'était pas toujours facile , et tu as de nouveau été lâche en n'assumant pas devant Jacques, le tenant de l'orthodoxie juive, l'accueil que vous faisiez aux païens.Ensuite, comme au début de toute l'histoire, un Hérode s'est déchaîné. Il a fait exécuter Jacques, le frère de Jean et il t'a fait arrêter. Et te voilà en prison, dans l'antichambre de la mort, comme ton Seigneur. Les geôliers t'ont couché et attaché les mains. Ton corps, le mur et son soupirail grillagé dessinent le triangle de ton avenir. Les souvenirs ont dû revenir en foule l'abandon, les lâchetés, les mensonges, la vie qui n'est plus que mort, la danse arrêtée des étoiles, le ciel noir et la nuit au cur même de Dieu. Dans l'épuisement de la veille, dans le froid du cachot, un bruissement et le claquement des menottes qui se brisent. Un regard noyé de ténèbres, creux, opaque et fragile, coquillage où la mer n'a laissé que rumeur de silence. Mémoire de la mort, tombeau des vivants, entends le messager qui force l'aube et présage le jour. Sa robe se teinte de larmes de lumière, ses ailes irisées rappellent la promesse faite à Noé. Il n'y a pas eu de miracle pour le fils de Dieu dans la prison de Pilate, et tu l'as renié. Mais pour toi, cette nuit, en dépit de tout, s'ouvre un destin d'espérance. Ton Maître t'a donné un nom : Pierre, et il est auprès de toi. Les mains de l'ange ouvrent une autre route que le mur et le cachot. Elle n'est pas montrée, mais tes pas, nos pas y feront frémir les pierres et surgir les amandiers. Car c'est Dieu qui fait à nos foulées immobiles, à nos bras sans moisson, à nos yeux lassés de miroirs et de mensonges, le geste éternel de l'accueil. |
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