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Colloque 29 janvier au 1er février 2004 à Strasbourg
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Approche philosophique La mémoire ? Une dynamite qui passe de main en main
Mémoire collective, mémoire officielle, politiquement correcte, manipulée ? Une mémoire en tout cas vitale car touchant à l'identité, à l'affectif, à l'irrationnel. Olivier Abel professeur de philosophie à la Faculté de théologie protestante de Paris expose et commente. "
On ne change pas de mémoire comme de chemise " Olivier
Abel souligne d'entrée la difficulté du sujet. Il est
explosif de vouloir toucher à l'histoire telle qu'on la raconte
car elle touche à des fondements profonds de l'être. Depuis
Verdun, estime-t-il, on ne peut plus raconter de grands récits
narratifs. L'Etat n'a plus le monopole de l'histoire légitime.
C'est en ces années-là que l'art de tenir un beau discours
narratif et épique s'est effondré. Deux agacements Le premier
s'exprime quand l'histoire est trop pédagogique car elle évoque,
dit - Olivier Abel -, l'absence de débats. Bien au contraire
estime-t-il, il faut un " dissensus " au lieu du consensus
pour bénéficier d'une bonne mémoire. Le "
politiquement correct " est douteux. La mémoire fait aussi mesurer le risque de l'oubli. S'il est vrai que la nation a besoin de paix sociale et que par-là elle pousse à l'oubli de fautes passées, l'amnésie mène à des manipulations scandaleuses. Sans mémoire l'on ne doit rien à personne et actuellement ce n'est pas une idéologie révolutionnaire qui voudrait effacer toute mémoire. C'est le marché économique qui l'interdit. Le Front National et la mémoire En quoi
le sujet de la mémoire concerne-t-il le Front National ? C'est
que ce parti tue et méduse les débats qui devraient pourtant
avoir lieu. Une juste mémoire devrait se créer à
partir de points de vue différents et justement la peur du Front
National, de son score passé ou à venir, empêche
l'expression. A nous de parler, dit - Olivier Abel-, sans
hantise ni ressentiment. Il n'est d'ailleurs pas inquiet d'une éventuelle
victoire du FN. Il lui semble évident qu'il se dissoudrait face
à l'expérience du pouvoir. Lutter contre l'extrême-droite ? Nous le
pouvons, il faudrait dans ce cas dire ce qu'il y a en nous de "
petit ", de fidèle, qui est vrai, qui vient du peuple s'adressant
au peuple. Mais l'extrême-droite a pris la place de petits. Une
place qu'il faut reprendre, en même temps que celui du "
comique ", du " gros ". Rire et faire rire des travers,
de nous-mêmes, des autres. Et parvenir aussi à exprimer,
à mettre en avant, " le corps souffrant ". Une piste d'avenir ? Racontons
la France et l'Europe aux français en une histoire plus vaste
que l'histoire nationale. Ce sont des mémoires dit Olivier Abel
qui doivent se mêler à une même histoire. Il faut
faire place au " dissensus " sur la mémoire. L'Europe
doit se faire ainsi. Bruno Holcroft
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